100 jours plus tard, l’opposition est en déroute

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Publié 29/04/2009 par François Bergeron

L’animateur de radio Rush Limbaugh s’est proclamé récemment chef de l’opposition aux États-Unis, un statut, toutefois, que la gouverneure de l’Alaska Sarah Palin semble lui disputer. Si ce sont là les meilleurs atouts des conservateurs et/ou des Républicains, le président Barack Obama sera facilement réélu en 2012.

Et comme pour symboliser la déroute de l’opposition, en ce 100e jour de présidence de Barack Obama, le vieux sénateur républicain « modéré » de Pennsylvanie Arlen Specter est passé dans le camp démocrate, estimant qu’il n’a aucune chance d’être réélu au sein même de son parti de plus en plus dominé par les « radicaux ».

L’émission de Rush Limbaugh, diffusée par plus de 600 stations, serait la plus écoutée aux États-Unis. Depuis plusieurs années, malgré quelques petits scandales personnels, cette grande gueule s’est imposée comme l’un des porte-parole les plus en vue du conservatisme « social » ou « culturel » américain. C’est aussi la clientèle de la colistière de John McCain en 2008, Sarah Palin, qui serait ces temps-ci la conférencière la plus en demande dans les événements-bénéfice du Parti Républicain.

Il est important de distinguer entre trois conservatismes aux États-Unis, trois courants parallèles plutôt que convergents, qu’on retrouve majoritairement mais pas exclusivement chez les Républicains: les conservatismes « social », « sécuritaire » et « économique ».

Le premier, anti-moderniste, prône l’intervention des pouvoirs publics pour promouvoir des valeurs « traditionnelles », recriminaliser l’avortement, conserver la peine de mort, limiter les droits et la visibilité des homosexuels, censurer la musique et le cinéma, décourager l’immigration, ignorer la science quand celle-ci paraît contredire la religion…

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C’est le conservatisme dont on entend le plus souvent parler parce que c’est le plus sensationnaliste et à contre-courant dans l’ensemble de la société occidentale. C’est sans doute aussi celui dont les adeptes sont les plus actifs et les plus concentrés au sein du Parti Républicain. Sa clientèle, presque captive, est réfractaire aux idées nouvelles ou différentes. Ces « conservateurs » le sont au sens propre, étymologique, du mot.

Le second conservatisme, impérialiste, cherche à mettre la puissance économique et militaire américaine au service du rayonnement de ses valeurs et de son système politique partout dans le monde. Cette proposition pouvait se défendre face à la menace nazie, puis soviétique, mais elle est aujourd’hui truffée de contradictions.

Sous George W. Bush, elle a provoqué partout un ressac anti-américain que Barack Obama commence à peine à atténuer. Le mot « conservateur » ici réfère à une certaine nostalgie du rôle des États-Unis au 20e siècle. Ce sentiment a malheureusement dégénéré en une paranoïa sécuritaire face aux défis du 21e siècle après le 11 septembre 2001. On trouve des militaristes chez les Démocrates, mais les Républicains leur promettent toujours de meilleurs budgets et, surtout, de l’action!

Le troisième courant « conservateur », mal nommé ici car il prône d’importants changements, est libertarien. Les conservateurs « économiques » ou « fiscaux » se retrouvent souvent au Parti Républicain parce que les « libéraux », encore plus mal nommés parce qu’il s’agit en fait de dirigistes ou d’étatistes, sont plus nombreux au Parti Démocrate et particulièrement influents auprès du président Obama.

Les libertariens, intéressés surtout à un État minimaliste, peu interventionniste dans l’économie comme dans la vie privée des gens, voire isolationniste sur la scène mondiale, sont minoritaires même au sein du Parti Républicain, comme l’a démontré l’insuccès de leur candidat Ron Paul l’an dernier, facilement distancé par les Mike Huckabee (religieux), Mitt Romney (militaristes) et John McCain (soi-disant « modéré » qui s’est cependant adjoint Sarah Palin).

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C’est pourtant chez les libertariens qu’on trouverait le ressourcement intellectuel susceptible d’offrir en 2012 ou 2016 une alternative crédible à l’administration démocrate, qui sera définie avant tout par sa gestion de la crise économique.

La droite économique est malmenée par cette « crise du capitalisme », mais elle est outillée pour répondre aux critiques et expliquer ses prescriptions. Déjà une foule d’universitaires, d’analystes, d’entrepreneurs – et quelques élus – s’élèvent contre la stratégie d’endettement débridé de la nouvelle administration, et contre les hausses de taxes, l’inflation, la dépendance envers les créanciers extérieurs, l’invasion bureaucratique et l’anémie qui en résulteront.

La droite religieuse ou morale ou sociale ou culturelle – comme on l’appelle alternativement – va continuer de ramer à contre-courant, surtout face au premier président noir des États-Unis, symbole d’une renaissance culturelle. La droite militariste, déjà discréditée par le fiasco irakien, ne sera pas aidée par le fiasco afghan qui se prépare, tandis qu’une réduction des tensions internationales résultant du nouveau pacifisme de Washington ne pourrait que favoriser Obama.

La cohabitation des trois courants « conservateurs » au sein d’un même parti (Républicain, forcément) ou autour d’un même candidat présidentiel (Palin, par exemple) sera de plus en plus compliquée par le fait que les électeurs intéressés surtout aux libertés individuelles, donc aux libertés économiques, valeurs fondatrices et fondamentales des États-Unis, seront de plus en plus nombreux à refuser d’être embrigadés dans les croisades liberticides contre l’avortement, la drogue ou le « terrorisme ».

Les Républicains devront probablement essuyer d’autres défaites électorales avant de comprendre et de retrouver le bon chemin.

Auteur

  • François Bergeron

    Rédacteur en chef de l-express.ca. Plus de 40 ans d'expérience en journalisme et en édition de médias papier et web, en français et en anglais. Formation en sciences-politiques. Intéressé à toute l'actualité et aux grands enjeux modernes.

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