Pas de censure, pas de violence

radio-micro2

On est habitué aux amalgames. Chaque fois qu’un terroriste islamiste mitraille un journal ou une salle de concert, fonce dans une foule avec un camion, égorge un prêtre dans son église ou abat un soldat en faction devant le Parlement, c’est toute la communauté musulmane qui est montrée du doigt et de qui on exige une autoflagellation sur la place publique.

Pour une fois que le terroriste est un Québécois pure laine islamophobe amateur d’armes à feu – un étudiant renfermé et déboussolé d’après le peu qu’on en sait – on n’allait pas rater cette occasion de briller en identifiant les «vrais» coupables: le nationalisme, la laïcité, la liberté d’expression à la radio et bien sûr Donald Trump.

Ce sont là d’autres raccourcis intellectuels stériles, même pas nouveaux pour qui lit et écoute depuis longtemps les médias canadiens-anglais, que certains des nôtres ont surpassés cette fois-ci.

Commençons par la bizarre réaction de stupéfaction de certains politiciens et commentateurs le soir de la tuerie à la Grande Mosquée de Québec: «Pas chez nous?» «Pas ici à Québec?» «Pas un Québécois qui a fait ça?»

Ben oui, le Québec n’est pas sur une autre planète. C’est une société multiculturelle, majoritairement francophone mais à part ça pas si différente de celle de l’Ontario ou de l’Ohio, branchée sur le hockey mais aussi sur l’actualité mondiale, intéressée à ses vedettes mais aussi aux grands enjeux modernes.

Personne ne pensait que ce qui s’est passé à Orlando, Nice ou Berlin en 2016 ne pouvait pas se produire à Québec en 2017. Ces dernières années, des attentats motivées par des considérations politiques ou religieuses ont été empêchés à Toronto et ailleurs au pays. Montréal a connu des événements semblables en octobre 1970, à Polytechnique en 1989, le soir de l’élection de Pauline Marois en 2012…

Ce n’est jamais «normal», mais ce n’est jamais «impossible» non plus.

Nationalisme

La nationalisme a le dos large: il fouetterait à la fois ceux qui attaquent les minorités et ceux qui s’en prennent à la majorité. Il répond pourtant à des besoins fondamentaux d’identification à une grande famille et de simplification de la vie en société.

Les six victimes de Québec sont nées au Maroc, en Algérie, en Tunisie et en Guinée: des pays indépendants, l’objectif légitime des souverainistes québécois (le fédéralisme canadien, un pays bilingue d’un océan à l’autre, est un objectif tout aussi légitime). Ces immigrants ont fondé une mosquée à Québec et portent des vêtements distincts: c’est aussi du communautarisme, proche du nationalisme, comme nos écoles françaises à Toronto.

On comprend que les diasporas se méfient des nationalismes, surtout les juifs, victimes du plus virulent qu’on ait connu, en Allemagne nazie. Leur pays Israël est pourtant aujourd’hui le plus «nationaliste» au monde. Comme quoi le nationalisme n’est pas intrinsèquement bon ou mauvais, c’est ce qu’on en fait qui compte.

Les vrais «citoyens du monde», ces gens qui voyagent beaucoup, parlent plusieurs langues et s’adaptent facilement à la vie dans un nouveau pays, sont encore trop rares. Le métissage est en progression exponentielle, résultat des voyages et des migrations. Un jour, le «multiculturalisme» sera peut-être la norme partout, même si, paradoxalement, il y aura probablement un plus grand nombre de «pays»: le triomphe du «penser global, agir local».

Laïcité

Le crime de Québec a relancé le débat sur la promotion de la laïcité qui aurait pu stimuler, chez le criminel, la haine des musulmans.

Ce sont eux, bien sûr, qui sont visés par les projets de loi (comme celui du gouvernement libéral de Philippe Couillard) visant à s’assurer que nos services publics soient «offerts et reçus à visage découvert» – un objectif parfaitement légitime et un compromis acceptable, selon moi, entre le multiculturalisme à tout crin de Justin Trudeau et l’interdiction des signes religieux ostentatoires du PQ ou de la France.

On a blâmé une «obsession» des Québécois pour les questions identitaires, qui empoisonnerait le discours public depuis trop longtemps: les accommodements déraisonnables, la Charte des valeurs, le serment de citoyenneté derrière le niqab…

Le problème ne vient-il pas plutôt du fait que ces questions – qui titillent d’ailleurs aussi un grand nombre de Canadiens-Anglais – n’ont pas été réglées rapidement? On voudrait bien passer à autre chose; ce sont nos politiciens, par calcul ou par couardise, qui ont procrastiné.

Liberté d’expression

Toute phobie, par définition, est pathologique, irrationnelle, et l’acte terroriste de Québec, ce dimanche 29 janvier, est certainement un crime «islamophobe».

Mais ce ne sont pas toutes les critiques adressées aux pratiquants de l’islam qui sont irrationnelles et donc islamophobes. Cette distinction est présentement absente du débat public… sur le débat public.

Car l’autre victime du massacre de Québec, c’est la liberté d’expression, que s’est empressé de dénigrer un nombre affligeant de commentateurs professionnels – souvent les mêmes qui s’affichaient «Je suis Charlie» il y a deux ans – accusant spécifiquement certains chroniqueurs de radio de la Vieille Capitale d’entretenir la haine des musulmans et d’avoir «du sang sur les mains».

Cette bien-pensance n’a cependant rien de concret à proposer, puisque nos lois contre la diffamation, l’incitation à la haine et les menaces de mort balisent déjà correctement la liberté d’expression protégée par nos chartes. OK pour les appels à la modération, non à la censure.

Plusieurs chroniqueurs des «radios poubelles» de Québec (les médias montréalais seraient plutôt sous le joug de la «clique du Plateau») remettent régulièrement en question nos seuils toujours plus élevés d’immigrants et de réfugiés, le port du voile chez les femmes musulmanes et leurs demandes d’accommodements dans les piscines ou les écoles, l’endettement des gouvernements et les égarements de la bureaucratie, les excès des syndicalistes, des environnementalistes ou des féministes…

Parfois la discussion est intelligente, parfois ça dérape.

Et alors? Il y a des sujets dont on ne devrait plus discuter dans les médias parce que ça pourrait inciter des chrétiens à tuer des musulmans ou vice-versa? On ne devrait plus parler d’inégalités économiques: ça pourrait exciter des militants anti-capitalistes? Pas d’environnement ou de climat non plus: certains passionnés de la planète pourraient en venir à poser des gestes désespérés? Pas d’égalité des sexes ou de sexe tout court: qui sait ce que les gens refoulent?

Désolé, le génie s’est échappé de la bouteille. Et c’est bien pire sur les réseaux sociaux, où la police québécoise s’est mise à intervenir depuis une semaine, avec des résultats plutôt comiques jusqu’à maintenant.

Une liberté d’expression maximale est toujours salutaire, même si elle comporte des risques. C’est en discutant des sujets qui nous divisent – ici l’inclusion et l’intégration des minorités dans nos sociétés – qu’on peut finir par favoriser le «vivre ensemble», pas en imposant le silence par la censure: une violence certaine d’en entraîner d’autres.

Trump

La faute à Donald Trump? Pas le temps de décortiquer toutes les «analyses poubelles» lues et entendues là-dessus.

Javascript est requis pour voir les commentaires alimentés par Disqus.

+Récents

Deux écoles élémentaires catholiques ajoutent le secondaire et des programmes spécialisés

Croquis représentant la nouvelle école élémentaire-secondaire catholique de Peterborough.

Deux écoles élémentaires du Conseil de district catholique Centre-Sud (CSDCCS), Monseigneur-Jamot à Peterborough et Pape-François à Stouffville, accueilleront dès septembre des cohortes d’élèves de la 7e, 8e et 9e année, et ajouteront progressivement des niveaux jusqu’en 12e, pour devenir des écoles élémentaires-secondaires. C’est actuellement le cas de seulement 2 des 58 écoles du CSDCCS (16 […]


24 mars 2017 à 15h04

Le «Quebec bashing» de Maclean’s: plus grave qu’un pet de cerveau

macleans

Andrew Potter, l’auteur d’un article dans le magazine Maclean’s dénigrant la moralité des Québécois, qui a provoqué un tollé de protestations sur la place publique, jusqu’au bureau du premier ministre Philippe Couillard, s’est rapidement excusé sur Facebook, puis a démissionné cette semaine de sa chaire d’études canadiennes de l’Université McGill… maintenant accusée dans certains milieux […]


24 mars 2017 à 12h56

Décès du journaliste Adrien Cantin

Adrien Cantin

Journaliste, éditorialiste, animateur, grand communicateur, Adrien Cantin s’est éteint le 22 mars à l’âge de 68 ans. Il aura marqué la scène médiatique franco-ontarienne par son approche toujours franche et directe, notamment au journal Le Droit et à l’antenne de TFO. «Souffrant d’un double cancer des poumons et de la gorge, M. Cantin était hospitalisé […]


24 mars 2017 à 10h06

Le 2e budget Morneau: grand parleur…

Le ministre Bill Morneau place le budget fédéral sous le signe de la formation et de l'innovation.

D’abord les chiffres. De nos jours, ils sont presque superflus, voire encombrants, dans les discours annuels du budget comme celui que vient de livrer le ministre fédéral Bill Morneau, «la prochaine étape du plan à long terme du gouvernement pour créer des emplois et renforcer la classe moyenne»… En 2017-18, le gouvernement canadien se propose […]


23 mars 2017 à 18h01

Yann Perreau et Mehdi Cayenne en concert samedi soir

Yann Perreau et Mehdi Hamdad.

Drôles et décalés, les chanteurs et musiciens Yann Perreau (Québécois) et Mehdi Cayenne (d’Ottawa), bêtes de scène notoires, clôturent la Semaine de la francophonie torontoise ce samedi 25 mars à 20h à la salle Brigantine de Harbourfront. Yann Perreau propose des textes «surprenants, planants et créatifs», disent les critiques. Entre une atmosphère pop et électro, […]


22 mars 2017 à 14h19

Une tempête de neige qui a exposé un déficit de solidarité chez les Québécois?

Andrew Potter

L’ex-rédacteur en chef du Ottawa Citizen, aujourd’hui à l’Université McGill, s’excuse d’avoir insulté les Québécois dans son analyse de la tempête de neige sur l’autoroute 13. Mais le magazine Maclean’s persiste et signe.

Le Journal de Montréal
22 mars 2017 à 11h27

Notre cerveau préfère les fausses nouvelles

Contrairement à une nouvelle qui a circulé dans les médias sociaux l'an dernier, le pape n'a pas appuyé officiellement la candidature de Donald Trump.

La politique à l’ère des médias sociaux offre l’opportunité d’un cours accéléré en psychologie de la désinformation. Entre les biais de confirmation et les Facebookiens qui partagent un texte sans l’avoir lu, journalistes et communicateurs tentent de s’ajuster. Jusqu’à six personnes sur 10 ne liront que le titre d’un article, rappelle le psychologue Gleb Tsipursky dans […]

Présidence française: débat à cinq

debat France

Marine Le Pen, François Fillon, Emmanuel Macron, Benoît Hamon et Jean-Luc Mélanchon, les cinq principaux candidats au premier tour de l’élection présidentielle française, le 23 avril, ont débattu à la télévision pendant plus de trois heures le 20 mars.

TF1
21 mars 2017 à 9h05

Des jeunes Franco-Ontariens veulent profiter de l’engouement pour l’humour

Neev, JC Surette, Chloé Thériault, Mickaël Girouard, Ilann Morissette, Brooke Jenicek et Jérémie Larouche.

L’industrie de l’humour est en pleine expansion au pays, et des jeunes francos sont bien placés pour en profiter. «Il a un boum dans l’humour, c’est une bonne période», confirme l’humoriste acadien J-C Surette, qui clôturait samedi soir le Gala des Rendez-vous de la Francophonie animé par un autre humoriste, Neev, à l’auditorium de l’école secondaire Saint-Frère-André […]


21 mars 2017 à 0h34

Des cohortes de Restavèks maltraités en Haïti

Gabriel Osson

«J’ai vécu à Haïti quand j’étais jeune. Un enfant, proche de ma famille, était resté chez nous. C’était un Restavèk», se souvient l’écrivain Gabriel Osson. L’écrivain aux multiples talents vient de publier son nouveau livre, Hubert, le Restavèk, une histoire fictive, mais portant si représentative de la réalité pour des milliers d’enfants de l’île. Il s’agit du […]


21 mars 2017 à 0h32
Voir tous les articles

Pour la meilleur expérience sur ce site, veuillez activer Javascript dans votre navigateur