Quand l’historique et le fantastique font bon ménage

Jean-Claude Larocque et Denis Sauvé, John et le Règlement 17, roman, Ottawa, Éditions David, coll. 14/18, 2014, 244 pages, 14,95 $.

1 avril 2014 à 9h57

Après l’immense succès de leur trilogie sur Étienne Brûlé, Jean-Claude Larocque et Denis Sauvé publient un roman pour ados sur la crise scolaire engendrée par la mise en application du Règlement 17 dans l’Ontario de 1912-1927. Véritable quête identitaire d’un ado franco-ontarien, John et le Règlement 17 permet de revisiter des moments charnières de l’histoire franco-ontarienne.

Il n’est pas évident d’intéresser des ados à une histoire de crise scolaire qui s’est déroulée cent ans passés. Une narration linéaire, respectant les tenants et aboutissements de cette sombre affaire, aurait certainement ennuyé le jeune lectorat visé par Larocque et Sauvé.

Les coauteurs ont opté pour un récit oscillant entre 2012 et 1915, entre le réel, l’historique et… le fantastique.

Juste avant de mourir, le grand-père de John Ménard lui remet une boîte de coupures de presse. Elles racontent la crise scolaire de Green Valley, petit village situé près d’Alexandria (lieu de résidence des coauteurs). John ne va pas lire les articles du journal Le Droit, il va les vivre grâce à la présence de revenants, comme dans Le Horla de Guy de Maupassant.

La citation en exergue du roman est d’ailleurs de Maupassant: «La vraie peur, c’est quelque chose comme une réminiscence des terreurs fantastiques d’autrefois.»

Aux soubresauts de la crise scolaire de 1915 à Green Valley se greffent les trépidations d’un jeune homme énergique et sympathique. John Ménard fréquente une élève qui cherche à lui dicter ses quatre volontés. Il console une mère atteinte du cancer du sein. Et il cherche à éviter à sa sœur cadette les faux pas de la crise de l’adolescence.

Plus le fantôme de Florence Quesnel (institutrice de 1914-1915) se confie à John, plus il veut en savoir au sujet de la crise scolaire de Green Valley. Habité par une présence d’outre-tombe, il se réveille en sursaut à 1 h 11, puis à 4 h 44 (j’ai terminé la lecture du roman à 2 h 22). John vit dans deux mondes, le sien (2012) et celui de ses ancêtres. Son univers «se transforme et devient le leur». Le pari historico-fantastique des coauteurs est on ne peut plus réussi.

Les dialogues respectent les deux époques. Un commissaire d’école (1914) s’exprime ainsi: «Coup donc, y’a parsonne qui a fait comprendre à ce maudit Écossais-là qu’on avait le droit d’être icitte autant que lui. Y’as-tu quelqu’un qui va y écraser sa flûte pis la poche dans le fond du gorgoton? Je vous dis qu’en m’en retournant, su y’a un Écossais qui passe su mon chemin, y va en manger toute une!»

Et un jeune Franco-Ontarien d’aujourd’hui lance: «C’est too much, man! Disparaître comme ça à son âge, ça peut être freakin dangereux! À votre place, j’appellerais les cops.»

Il y a parfois des clins d’œil nostalgiques, comme ce passage où un enfant de 6 ans visite un magasin général pour la première fois et a droit à un bonbon à la menthe: «c’est la meilleure paparmane au monde»!

Quand John découvre que le combat épique des Français de Green Valley a mené à la fondation de l’École «libre» du Sacré-Cœur, il souligne tout de suite à son grand-père que ces Canadiens français sont «des vrais héros, pourtant l’histoire les a complètement oubliés». John et le Règlement 17 corrige cet oubli cent ans plus tard.

Jean-Claude Larocque et Denis Sauvé, John et le Règlement 17, roman, Ottawa, Éditions David, coll. 14/18, 2014, 244 pages, 14,95 $.

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