La normalité ne sied pas à tout le monde

Catherine Bellemare, Une irrésistible envie de fuir, roman, Ottawa, Éditions David, coll. Indociles, 2017, 240 pages, 21,95 $.

Catherine Bellemare, Une irrésistible envie de fuir, roman, Ottawa, Éditions David, coll. Indociles, 2017, 240 pages, 21,95 $.


28 mars 2017 à 1h34

Catherine Bellemare publie un premier roman intitulé Une irrésistible envie de fuir, où elle traite tour à tour de l’usage abusif de drogues, de la prostitution, d’une famille dysfonctionnelle, de trouble identitaire en lien avec l’orientation sexuelle et d’anorexie. Tout un défi fort bien relevé.

Le roman raconte l’histoire d’Émilie, une jeune femme au parcours quelque peu marginal. On la voit d’abord en relation assez tiède avec son chum qui veut absolument des enfants. «Émilie aurait voulu vouloir», mais l’angoisse viscérale lui colle à la peau.

Dans un retour en arrière, on apprend qu’Émilie était devenue une escorte dans l’espoir de retrouver «le puits sans fonds. Le transfert du manque, d’un corps à l’autre.» Elle se plaisait dans des rapports abusifs, démesurés, obscurs.

Violette, la grand-mère d’Émilie, reconnaît assez rapidement que sa petite-fille perçoit et sent «des choses que peu d’entre nous avons la chance de voir.» Émilie est un esprit libre qui ne saurait se ranger «du côté de ceux qui renoncent, se complaisent dans l’idée d’un quotidien réconfortant». Ce genre de sécurité serait de nature à la briser.

Lorsqu’Émilie rencontre Anna, elle est hypnotisée. C’est la première fois qu’elle couche avec une femme, «submergée par l’équilibre parfait des corps, en cadence parachevée». Elle découvre que la normalité ne sied pas tout le monde.

Le style de l’auteure est loin d’être conventionnel. Elle s’écarte souvent des phrases sujet-verbe-complément. Elle écrit, par exemple: «Quitter. Se volatiliser. Par la fenêtre, les fissures du plancher.» Elle aime répéter un mot en lui donnant un autre sens, comme dans «prête à tout, tout balancer».

Une partie complète du roman porte sur Anna, adolescente qui passe à travers une période difficile. À 17 ans, elle n’est plus que la peau et les os. Ses parents s’inquiètent, mais leur fille répond que c’est la pression des cours, des sports, de son avenir.

Ce sont là des vérités qui l’arrangent. Son attrait vers une femme demeure la clef de l’interrogation du médecin qu’elle accepte de consulter dans un institut pour personnes atteintes de troubles d’alimentation.

La romancière résume la situation en quelques phrases lapidaires: «Scruter l’indice, la clé inavouée. Se couper du reste du monde. Émilie, dès la première fois, sans pouvoir se l’expliquer. Errer sans pouvoir s’arrêter.»

On assiste aussi au déclin, puis au trépas de la grand-mère d’Émilie. Mais avant de rendre son dernier souffle, la nonagénaire aura le plaisir de constater que sa petite-fille a finalement «retrouvé sa lumière» grâce au retour de l’unique personne dans sa vie.

Dans son premier roman, Catherine Bellemare décrit avec brio comment il importe de reconnaître sa sexualité pour établir sa propre identité.

Catherine Bellemare
Catherine Bellemare

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