Des milliers d’enfants haïtiens n’existent pas

Gabriel Osson, Hubert, le restavèk, roman, Ottawa, Éditions David, coll. Indociles, 2017, 312 pages, 21,95 $.

Gabriel Osson, Hubert, le restavèk, roman, Ottawa, Éditions David, coll. Indociles, 2017, 312 pages, 21,95 $.


11 avril 2017 à 0h04

Hubert, le restavèk est le premier roman de Gabriel Osson. Il raconte comment un jeune Haïtien d’une douzaine d’années est placé dans une famille, obligé de «rester avec» elle et de la servir comme un esclave.

Bien qu’Haïti ait signé des conventions internationales sur les droits des enfants, la législation nationale est loin de protéger les enfants contre la maltraitance. En 2013, on estimait qu’il y avait encore 400 000 restavèks en Haïti. Le roman de Gabriel Osson est une œuvre de fiction, mais les faits relatés sont basés sur la réalité.

Hubert, alias ti-Ibè, naît et grandit à Jérémie au sein d’une famille qui vit dans la misère. Sa mère pense bien faire en le confiant à une tante à Port-au-Prince pour qu’elle s’occupe de son éducation.

Or, aussitôt arrivé dans la capitale, ti-Ibè est placé chez les Mirevoix; le milieu est luxueux, mais le pré-ado ne jouit d’aucune liberté. Tous les membres de la famille profitent du ti-gason (petit garçon) pour se gratifier sexuellement. Il est sévèrement puni au moindre faux pas.

Monsieur et madame Mirevoix ne connaissent même pas le nom d’Hubert. «Je ne suis rien à leurs yeux, donc je ne peux pas exister vraiment. Me parler ou prononcer mon nom serait me rendre vivant et important.»

Gabriel Osson montre comment des milliers d’enfants n’existent dans aucun registre, n’ont aucune identité. Pas de reconnaissance, bien entendu, pour le travail qu’ils abattent douze ou quinze heures par jour.

«Nous sommes les sans-voix, les invisibles de la terre et de ce pays. […] Le gouvernement a aboli la coutume des restavèks. Sur papier et aux yeux du monde, quel beau geste. La réalité pour nous est tout autre, j’en suis la preuve.»

Haïti est un pays majoritairement catholique. Ti-Ibè se demandent comment des gens chrétiens qui vont à la messe chaque semaine, parfois chaque jour, peuvent laisser «autant de méchancetés prendre place dans leur cœur et leur esprit».

Hubert va réussir à se sauver de la famille Mirevoix, pour se joindre ensuite à un gang de rue et se laisser attirer par la prostitution. Sans vous dévoiler le dénouement de l’intrigue, je signale que la citation en exergue du roman se lit comme suit: «Une fois que vous avez appris à lire, vous êtes libre à tout jamais.» C’est de Frederick Douglass, esclave africain devenu homme d’État au xixe siècle.

Le roman regorge de mots, expressions ou phrases en créole. Un manje kwit est un mets préparé d’avance et prêt à emporter. Les tiouls sont des gigolos. Les masisis et les madivinèses sont respectivement les gays et les lesbiennes.

Bon Dye bon veut dire Dieu est bon. Ou tande mwen signifie Tu m’entends. He, ti-gason, leve, chef la vle pale avèk ou veut dire Lève-toi garçon, le chef veut te parler.

Le style de Gabriel Osson est direct et parfois incisif. Il excelle dans l’art de décrire des situations difficiles. Les mauvais traitements subis par ti-Ibè en sont un bel exemple, tout comme les quelques pages consacrées au tremblement de terre.

Je vous signale que le 16 avril est la Journée mondiale contre l’esclavage des enfants. Le roman de Gabriel Osson tombe on ne peut plus à point.

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