Bonne chère, boisson, jeu, tout y va!

Robert-Lionel Séguin, La Vie libertine en Nouvelle-France au XVIIe siècle, essai, préface de Denis Vaugeois, Québec, Éditions du Septentrion, 2017, 544 pages, 44,95 $.

Robert-Lionel Séguin, La Vie libertine en Nouvelle-France au XVIIe siècle, essai, préface de Denis Vaugeois, Québec, Éditions du Septentrion, 2017, 544 pages, 44,95 $.


12 juin 2017 à 11h39

L’ancêtre canadien «levait aussi allègrement le coude que le cotillon». Robert-Lionel Séguin l’a démontré en 1972 lorsqu’il a publié La vie libertine en Nouvelle-France au XVIIe siècle. On vient de publier une nouvelle édition de cet ouvrage qui parle aussi bien de marivaudage, rapt, viol et adultère que de meurtre passionnel, inceste et homosexualité.

Le 14 juin 1684, le baron de Lahontan écrit que les trappeurs et voyageurs «s’en donnent à cœur joie au retour». Les hommes mariés retrouvent leurs femmes et en profitent allègrement, mais les célibataires, eux, «se plongent dans la volupté jusqu’au cou. La bonne chère, les femmes, le jeu, la boisson, tout y va.»

Séguin ajoute qu’«une bonne partie de la population masculine est constamment dans le Haut [forêts], à la course aux castors. Comment homme et femme peuvent-ils se fréquenter assidûment dans un climat de perpétuel déplacement?»

«Les cabarets sont des lieux de divertissements et de libertinage, surtout ceux tenus par une femme.» Sans compter que l’indigence et la pauvreté conduisent à la prostitution.

En Nouvelle-France, l’homme est nomade par nécessité et par goût aussi. «Jaloux de sa liberté, il aime courir à droite et à gauche, au gré de ses fantaisies. Dans les Hauts, l’Indienne recherche le partenaire blanc. Le voyageur peut y marivauder comme nulle part ailleurs.»

Tant à Québec qu’à Montréal, les jésuites et les sulpiciens font pleuvoir des sanctions ecclésiastiques pour maintenir un haut degré de moralité publique. «À la rigueur, certains curés dénoncent leurs ouailles au bras séculier.»

La mode est en partie responsable de la corruption des mœurs. En 1690, Mgr de Saint-Vallier défend à ses curés «d’absoudre les filles et les femmes qui portent la gorge et les épaules découvertes, soit dedans, soit dehors leurs maisons».

Les cas d’homosexualité seraient rarissimes en Nouvelle-France. Séguin note deux procès pour crime contre nature et deux autres pour sodomie. Il écrit que la colonie laurentienne est une rude contrée; «soldats, coureurs de bois et habitants débordent de virilité», selon lui. «Les mignons et les éphèbes ne les intéressent pas».

Ce n’est pas tout à fait exact, comme en fait foi Bougrerie en Nouvelle-France, que j’ai publié aux Éditions Asticou en 1983.

L’auteur note que l’éloignement et la lenteur des communications entre la mère-patrie et la colonie canadienne favorisent la bigamie. Il arrive que le nouvel arrivant prenne femme en débarquant, alors qu’il en a déjà une dans sa province d’origine. Le bigame finit presque toujours par se faire prendre à la longue.

La Nouvelle-France a longtemps été décrite comme une contrée où travail, résignation, mortification et prière demeuraient les seules préoccupations de ses habitants. Cette image traditionnelle ne tient pas la route. «Galanterie, libertinage et marivaudage ont leur place en la nouvelle comme en l’ancienne France.»

Cette nouvelle édition présente plusieurs extraits d’archives en français moderne, réduit le nombre de notes en bas de page (presque dix fois moins) et révise l’index pour tenir compte des surnoms et des variantes orthographiques.

Écrivain, ethnologue et historien québécois, Robert-Lionel Séguin (1920-1982) a publié une vingtaine de livres et a gagné plusieurs prix, dont le Prix du Gouverneur général du Canada en 1967 et le prix Jean-Hamelin en 1973 pour La Vie libertine en Nouvelle-France au XVIIe siècle.

Robert-Lionel Séguin, historien, ethnologue et muséologue. (Photo: Encyclopédie du patrimoine culturel de l’Amérique française)
Robert-Lionel Séguin. (Photo: Encyclopédie du patrimoine culturel de l’Amérique française)

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