165 ans d’engagement auprès de la francophonie de la capitale nationale

Connaissez-vous l’Institut canadien-français d’Ottawa?

Jean Yves Pelletier tenant l'Album biographique sur l'Institut lors du lancement en 2006, entouré des membres  
Jean-Marie Leduc (à sa droite), Bernard A. Gingras et Camille Cheff (Archives de l'Institut)

Jean Yves Pelletier tenant l'Album biographique sur l'Institut lors du lancement en 2006, entouré des membres Jean-Marie Leduc (à sa droite), Bernard A. Gingras et Camille Cheff (Archives de l'Institut)


23 janvier 2017 à 20h36

Fondé en 1852, quinze ans avant l’adoption de la Loi constitutionnelle de 1867, l’Institut canadien-français d’Ottawa (ICFO) est un pionnier dans la promotion des droits des francophones et demeure un acteur important du rayonnement de la culture et de la langue française à Ottawa.

Agissant à titre de club privé apolitique depuis sa création, l’ICFO a vu passer dans ses salons d’illustres personnalités, notamment ses présidents Pierre St-Jean, Stanislas Drapeau, Joseph Tassé, Benjamin Sulte, Augustin Laperrière, Pascal Poirier, Alphonse Lusignan et Rodolphe Girard.

En 1908, Sir Wilfrid Laurier fut le premier à être nommé président d’honneur par l’Institut. Lui succèderont des hommes politiques, des avocats, des juges, des diplomates, parmi lesquels Thibaudeau Rinfret (juge), Ernest Lapointe (homme politique), Louis-Philippe Brodeur (avocat-homme politique), Yvon Beaulne (diplomate), Marcel Beaudry (ex-maire de Hull et président de la Commission de la Capitale Nationale).

icfo_logo-archives-de-linstitutJean Yves Pelletier est chercheur et historien, également conseiller en patrimoine et spécialiste de l’histoire de l’Institut depuis 1998. Il est l’auteur de l’album biographique ayant pour titre L’Institut canadien-français d’Ottawa (1852 à 2002): survol historique et biographies des patrons, des présidents d’honneurs et des présidents, suivis de la liste des membres. Jean Yves Pelletier a également écrit un essai sur l’histoire générale de l’Institut, un ouvrage de 300 pages encore inédit.

Interviewé par L’Express, il nous raconte un peu plus sur cet organisme discret qui travaille dans l’ombre, contribuant à la qualité de vie de ses membres et de la communauté.

«L’Institut a longtemps été un secret bien gardé, ses membres – pères et fils, oncles et cousins – ont maintenu vivant ce club social privé, dont l’histoire est riche, peu connue, et surtout bien longue… Parmi la vingtaine d’instituts canadiens qui existaient au  XIXe,  il est le seul à avoir survécu dans sa constitution d’origine. Les critères d’admission sont essentiellement les mêmes qu’en 1852, c’est-à-dire: parler couramment la langue française et la comprendre, avoir au moins 18 ans, avoir une bonne réputation et… être du sexe masculin! Il faut aussi que le formulaire de demande soit contresigné par un membre en règle à titre de parrain et par un membre du conseil.

Un cercle littéraire

C’est Joseph-Balzara Turgeon (Terrebonne 1816-1897 Hull), premier maire francophone de Bytown (l’ancien nom de la ville d’Ottawa pour laquelle il proposa cette nouvelle dénomination), qui fonde en 1852, à l’occasion de la célébration de la fête de Saint-Jean-Baptiste, le «cercle littéraire» qui deviendra l’Institut canadien-français d’Ottawa.

Joseph-Balzara Turgeon
Joseph-Balzara Turgeon

«C’était un forgeron, un entrepreneur, qui a été tour à tour échevin et maire de Bytown, capitaine de milice, commissaire et syndic des écoles séparées et juge de paix. C’était un chef de file, un initiateur, il est également l’un des membres fondateurs de la Société Saint-Jean-Baptiste… Il s’était joint au Bytown Mechanics’ Institute, un cabinet de lecture fondé en 1847, regroupant notamment des orangistes, des protestants anglophones, des Irlandais, des Écossais… Certains d’entre eux à l’époque voyaient d’un mauvais œil les catholiques francophones, les qualifiant de papistes, d’indésirables… et puis toutes les activités de ce club se déroulant en anglais, Turgeon et quelques membres canadiens-français, décidèrent de créer leur propre groupe, dédié aux intérêts des francophones. Turgeon avait d’ailleurs prédit que son groupe connaîtrait une plus longue vie que celle du Mechanics’ Institute. Et l’histoire lui a donné raison puisque ce dernier cesse ses activités en 1869.»

Âge d’or

C’est entre les années 1850 et 1947 que l ’Institut canadien-français d’Ottawa a connu son âge d’or, accueillant près de 4000 membres (depuis sa fondation), et présentant plus de 1000 conférences, ainsi que de nombreuses soirées musicales et littéraires et une centaine de séances dramatiques, faisant de l’ICFO, l’un des centres intellectuels et culturels les plus importants de la capitale.

Sa magnifique bibliothèque – la plus ancienne bibliothèque de livres en français à Ottawa – compte aujourd’hui près de 3,000 ouvrages et périodiques, de grande valeur. «Sa création remonte à 1856 et elle précède de 50 ans l’établissement de la Bibliothèque publique d’Ottawa, la Bibliothèque Carnegie, inaugurée en 1906», précise Jean Yves Pelletier.

Ce sont des traducteurs – membres de l’Institut – qui ont fondé en 1919-1920, l’Association technologique de langue française d’Ottawa la plus ancienne du genre au Canada. Et de 1922 à 1925, l’Institut fait paraître Les Annales, la première revue mensuelle de langue française en Ontario.

Témoin de l’histoire et des luttes pour les droits des francophones, contributeur à la vie culturelle et intellectuelle, collaborant à la défense de la langue française et de la diversité, l’Institut canadien-français d’Ottawa respecte depuis sa création «le développement moral, intellectuel et physique de ses membres».

800 membres

Situé au 316 Dalhousie au coin de York, l’ICFO compte aujourd’hui près de 800 membres dont les 2/3 sont des membres à vie: 1/3 environ provenant de la région de Gatineau et 2/3 de celle d’Ottawa.

Des membres de l'Institut au salon L'Escale, dans les années 1980. (Archives-de-lInstitut)
Des membres de l’Institut au salon L’Escale, dans les années 1980. (Archives-de-l’Institut)

Ce sont les membres qui collaborent au financement des activités socio-culturels qui ont fait la réputation de l’Institut depuis le 19e siècle, et qui perdurent encore aujourd’hui, tels le souper annuel aux huîtres créé vers 1870, le souper annuel de la «rigolade des dindes», qui a lieu depuis 1940, ainsi que le tournoi de golf, institué en 1934. Les profits de ces activités auxquelles assistent, nombreux, les membres et leur famille élargie, servent aux œuvres caritatives de l’Institut.

Un volet éducatif et culturel incluant – causeries, conférences, expositions, concerts et cercles littéraires – est ouvert au grand public et libre de droits d’entrée.

«L’Institut est non seulement un point de rencontre, une deuxième famille accueillante et chaleureuse pour les membres», confie le président actuel, Michel Downs, «mais aussi un endroit où l’on promeut la vitalité de la culture et de la langue française avec notre volet culturel rassembleur, nos jeux et nos activités sociales.»

Le président Michel Downs dans la bibliothèque de l'Institut.
Le président Michel Downs dans la bibliothèque de l’Institut.

165e et 150e

À l’occasion de son 165e anniversaire, l’ICFO entend célébrer de multiples façons, et tout au long de l’année, les personnes qui se sont démarquées par leur avant-gardisme, leur courage et leur persévérance pour permettre à la collectivité francophone canadienne de prendre son essor et de briller dans les domaines de l’éducation, des affaires, de la justice, de la politique, des arts et de la culture.

L’Institut marquera aussi les 150 ans de la Fédération canadienne en mettant en valeur ces héros francophones, qui malgré l’adversité, ont travaillé sans relâche pour le bien-être et le bien-vivre des communautés francophones et francophiles de la région de la capitale nationale. L’historien, essayiste et activiste Yves Breton, donnera une conférence à ce sujet le 29 janvier prochain dans la grande salle de l’ICFO. Il y présentera une série de points à considérer sur le 150e anniversaire de la Fédération canadienne.

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