Se laver tous les jours, mauvais pour la santé?

Qu'on prenne sa douche plus ou moins souvent, notre corps conserve son équilibre microbien. (Photo: http://www.dreamstime.com/stock-photo-water-flowing-shower-image12103790)

Qu'on prenne sa douche plus ou moins souvent, notre corps conserve son équilibre microbien. (Photo: http://www.dreamstime.com/stock-photo-water-flowing-shower-image12103790)


28 juin 2017 à 14h08

Votre ado se traîne les pieds pour aller prendre sa douche et s’interroge sur la nécessité de se laver tous les jours. Il n’est pas le seul. Aux États-Unis et ailleurs, les adeptes du «cleansing reduction» gagnent du terrain, invoquant pour réduire la fréquence des douches, les risques pour la peau, le microbiome ou le système immunitaire.

La pratique du diminution du lavage recommande d’espacer les douches pour réduire les risques de problèmes de peau, mais  en continuant de se laver quotidiennement certaines zones  — aisselles, pieds et parties intimes — pour limiter les odeurs désagréables.

Leurs arguments font notamment appel à un «retour au naturel», soit à une époque avant celle où l’hygiène avait pris la place qu’elle occupe aujourd’hui dans la société. La partie la plus controversée de leur argumentaire est celle qui concerne la santé.

La peau

La peau est une barrière de quelques millimètres qui protège le corps des dommages extérieurs, des germes et des substances toxiques. Elle se renouvelle, se répare et conserve une stabilité étonnante en dépit des multiples agressions provenant de l’environnement.

Bien que certains savons puissent causer des allergies chez certaines personnes, dont des enfants, et bien que certains produits soient déconseillés pour les personnes souffrant d’acné, rien ne permet de croire que la douche quotidienne puisse avoir un impact négatif sur la peau.

«Certaines personnes ont la peau plus facilement irritée et donc, sont plus susceptibles de faire de l’eczéma. Mais il ne faut pas étendre la réalité de quelques-uns à la majorité», souligne l’allergologue du CHU de Québec, Jean-Nicolas Boursiquot.

«Ce qui est recommandé, c’est de prendre une douche ou un bain par jour. Si l’on a la peau sèche ou de l’eczéma, il faut penser à l’hydrater lorsqu’elle est encore un peu humide», souligne Joseph Doumit, dermatologiste de la Clinique Clini-Derma.

Par ailleurs, l’une des fonctions de la peau est de réguler la température corporelle. C’est la raison pour laquelle il importe de se laver quotidiennement, particulièrement si l’on fait du sport et qu’on transpire beaucoup.

«Espacer les douches déclenche des conditions dermatologiques, comme des mycoses (champignons) ou des folliculites (furoncles). Par contre, il ne faut pas se laver trop souvent pour ne pas agresser la peau», ajoute le Dr Doumit.

Le microbiome

Le Journal de Montréal posait récemment la question: combien de fois par semaine faut-il se laver?

Interpelés par une récente recherche sur l’importance du microbiome (les «bons» microbes) pour la santé, trois de ses journalistes ont même cessé de se laver pendant une semaine, afin de conserver leurs colonies microbiennes intactes.

Mais le résultat s’est avéré mitigé… sans compter les odeurs!

De fait, il n’existerait pas de preuves scientifiques qui relient la fréquence du lavage et la perte des bons microbes au bénéfice des mauvais. «Le bain et la douche débarrassent le corps de bactéries — qu’elles soient bonnes ou mauvaises —, mais pour une courte période. Les bactéries qui sont délogées et tombent seront bientôt remplacées par l’efficace reproduction de celles qui restent», explique le microbiologiste de l’Hôpital général juif de Montréal, Yves Longtin.

Une étude parue l’an dernier dans la revue Cell a précisément étudié cette question. Elle en conclut que le microbiome humain reste constant malgré les lavages réguliers et les habitudes de vie. «Le corps est extrêmement efficace pour maintenir son homéostasie, sa capacité de garder son équilibre bactérien», ajoute le Dr Longtin.

Les auteurs de cette dernière étude ont observé à travers le temps — selon une durée de 1 mois à 2 ans — que les communautés microbiennes conservaient leur signature distincte, et ce, sur 17 régions du corps des participants. Autrement dit, de la paume des mains au conduit d’oreille, la faune microbienne associée à chaque région demeurait constante à travers le temps.

N’en déplaise aux détracteurs du Dr Gaétan Barette, le ministre québécois de la Santé, qui soutenait l’année dernière qu’un bain par semaine, c’était bien assez, lorsqu’il parlait des soins à donner aux patients des centres de soins de longue durée, se laver tous les jours ne modifierait pas le microbiome.

Prendre une douche par jour ou une douche aux trois semaines, cela a peu d’impact sur notre microbiome. Il suffit de 2-3 heures pour être revenu au même point pour le nombre de bactéries. «Je n’ai pas d’arguments pour contredire la déclaration du Dr Barette», ajoute le Dr Longtin.

Pour s’assurer que le lavage n’éliminait pas les bons microbes, des chercheurs se sont intéressés aux nouveau-nés. Dans leur étude, 140 bébés ont été baignés soit avec de l’eau et du savon au pH neutre, soit simplement avec de l’eau. Résultat: 24 heures après, le travail de recolonisation bactérienne avait fait son œuvre, ne montrant aucune différence entre le nombre et le type de bactéries, avant et après le lavage.

Le système immunitaire

À défaut de nuire au microbiome, est-ce que se laver tous les jours compromettrait le système immunitaire? «Les gens confondent hygiène et propreté et pensent que s’ils se lavent moins, ils vont diminuer les risques d’attraper des allergies et d’être malades. Mais en fait, c’est tout le contraire, ils augmentent le risque d’infections», souligne le Dr Jean-Nicolas Boursiquot.

Depuis la fin des années 1980, l’hypothèse «hygiéniste» soutient que notre environnement trop propre modifierait le développement normal du système immunitaire et expliquerait l’origine des allergies. C’est en partie là-dessus que s’appuient les adeptes de la diminution du lavage, alléguant qu’il faut laisser le corps «se défendre naturellement contre les pathogènes».

Or, l’hypothèse hygiéniste a fait l’objet d’études, et elle ne fait pas l’unanimité.

«Les allergies ne sont pas survenues du jour au lendemain, à commencer par le fameux rhume des foins de nos grands-parents», rapporte l’expert en immunoallergologie.

On cite souvent en exemple les Amish, qui semblent moins souffrir des allergies, comme en témoigne cette étude, mais cela tiendrait plutôt à leur vie moins urbaine, davantage qu’au nombre de douches. «Le milieu urbain est plus pollué et l’on sait que la pollution est un facteur d’allergie respiratoire qui fragilise les poumons et augmente le risque d’allergie», relève-t-il.

Se laver permet d’enlever les peaux mortes, la saleté et d’éliminer les mauvaises odeurs liées à la transpiration et de se sentir frais, détendu et même plus réveillé lorsque la douche est prise le matin.

«Si on fait abstraction du côté hygiène corporelle, il y a encore plein de bonnes raisons pour se doucher tels que le bien-être et le respect de soi qu’elle procure. De nombreuses religions accordent d’ailleurs une grande importance aux ablutions», rappelle le Dr Longtin.

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