Les «Canadiens errants» se racontent

Nos migrations passées au peigne fin par le CRÉFO

Anne-Sophie Roussel, Monica Heller et Tessa Bonduelle

Anne-Sophie Roussel, Monica Heller et Tessa Bonduelle


3 avril 2017 à 23h42

Le Centre de recherches en éducation franco-ontarienne (CRÉFO) de l’Université de Toronto mène depuis deux ans, et pour trois autres années, une vaste études des migrations au Canada pour tenter de distinguer la mobilité actuelle des francophones de celles du passé, comment les franco-mobiles vivent et racontent leur mobilité, et comment cette mobilité peut renforcer ou remettre en question nos idées sur la francophonie canadienne.

Intitulée Un Canadien errant: ancrages, mobilités et restructurations transformatrices de l’identité nationale», l’étude implique une dizaine de chercheurs et de doctorants à travers le Canada. Il regroupe des spécialistes en anthropologie, en histoire, en sciences politiques et en sociolinguistique.

Un premier regard, présenté lors d’une conférence le 28 mars, a déjà pu être dressé sur les migrations au sein du Canada et au-delà de nos frontières.

Une carte interactive

Inspirée du titre de la chanson Un Canadien errant (1842), dont les paroles et la trame incarnent les émotions rattachées à la nation canadienne-française, cette étude met en lumière la complexité de la mobilité et des modèles de migrations qui existent chez nous depuis plusieurs siècles.

Monica Heller, chercheure principale, et son équipe, situent leurs recherches sur des régions rurales du Québec, mais aussi sur des provinces où notre langue est minoritaire comme en Ontario ou au Manitoba. Ce sont au total sept terrains qui ont été déterminés pour mener à bien cette étude.

«Nous mettons en parallèle un travail historique et un travail ethnographique en nous intéressant à des histoires de vie, à l’histoire de ces familles migrantes. On s’intéresse aussi à l’imaginaire et à la représentation de la francophonie canadienne», explique Monica Heller.

Aujourd’hui, l’étude en est à sa seconde phase: une vingtaine d’études de cas ont été répertoriées et les chercheurs travaillent désormais à la création d’une carte interactive qui permettra de voir les déplacements de ces individus à travers le globe, mais surtout au Canada.

Les Arabes de Rimouski

Anne-Sophie Roussel, doctorante à l’Université de Toronto, s’est intéressée au cas de figure d’une région dévitalisée du Québec, le Bas-Saint-Laurent et en particulier à la ville de Rimouski. Une ville de 49 000 âmes où le français est la langue maternelle de 98% de la population. Mais la population vieillissante et les départs des jeunes forcent la ville à s’imposer comme une terre d’accueil pour les migrants syriens: «Rimouski veut sa part du gâteau de l’immigration».

Cependant, le Bas-Saint-Laurent peine à être attractif, rattrapé par le rayonnement de Montréal. Le gouvernement ne peut rien faire pour forcer les migrants à s’établir à Rimouski. C’est pour cela que la ville a établi des partenariats exclusifs avec des universités de l’île française de la Réunion, dans l’océan Indien, pour faire venir, et pourquoi pas rester, des étudiants étrangers.

Anne-Sophie Roussel s’est intéressée au profil de Eissa. Originaire d’Iran, il est désormais ingénieur chez Telus. Le jeune homme a immigré seul en 2013, après une première tentative infructueuse en 2010. Il est passé par Ottawa et par Montréal avant d’arriver à Rimouski. Il reflète donc bien cette immigration vers le Canada, mais aussi interne au pays.

Et Eissa ne s’arrête pas là. Pendant son séjour à Rimouski, il a rencontré sa petite-amie et va souvent lui rendre visite dans les environs de Québec, et ils prévoient tous deux de déménager… à Toronto. Ce sont là des déplacements symptomatiques d’une époque où les mouvements de population sont courants.

Témoignages et généalogie

Tessa Bonduelle, elle aussi doctorante, mène un travail de mémoire en s’appuyant sur des témoignages et sur la généalogie. Elle a placé en coeur de sa recherche la présence libano-syrienne dans la région du Bas-Saint-Laurent. «À une époque où la présence des Arabes et des Musulmans semble poser problème et est très présente dans les débats politiques, il semblait pertinent de montrer qu’elle n’était pas nouvelle, surtout dans une telle région.»

Elle prend alors l’exemple de la famille Aboussafy-Kirallah. Malgré ses consonances arabes, le nom Kirallah est désormais reconnu comme un nom rimouskois. En étudiant les registres de recensements, Tessa Bonduelle s’est rendu compte qu’en 1901 on comptait 20 Syriens dans la petite ville québécoise sur les 481 présents sur le territoire canadien. «Malgré des dates floues, grâce aux recoupages d’informations, on commence à pouvoir décerner l’établissement de la famille Aboussafy dans le Bas-Saint-Laurent en 1897.»

Elle explique aussi que ses recherches sont compliquées par la documentation de l’époque. «Les recensements et les archives ne se concilient parfois pas. Nous rencontrons des problèmes de retranscription des noms. De plus, la duplicité des prénoms et les homonymes compliquent le travail de généalogie. On ne sait pas de quelle génération il s’agit, de quelle branche familiale…»

Enfin, d’autres limites impactent le projet de recherche. «On a l’impression de démêler une pelote de laine. C’est pour cela que nous avons opté pour l’étendue plutôt que la profondeur», conclut Monica Heller.

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