Un jeune en «exil» à Ottawa

Témoignage

Des vidéoblogues sur le site des États généraux sur le postsecondaire en Ontario français. En haut à droite: Lucas Egan, qui a participé aux consultations d’Ottawa et de Toronto.

10 décembre 2013 à 9h46

Ce qui suit est l’intervention de Lucas Egan, étudiant en première année à l’Université d’Ottawa, lors de la session à Ottawa des États généraux sur le postsecondaire en Ontario français le 30 novembre.

Le Rassemblement étudiant franco-ontarien (RÉFO) a organisé cet automne six consultations régionales, qui ont fait l’objet de vidéoblogues sur le site http://etatsgeneraux.ca

Un sommet est prévu au printemps prochain, devant permettre de développer un plan d’action pour améliorer l’offre de programmes postsecondaires en français en Ontario.

Déjà, cependant, les vidéoblogues permettent de dégager quelques tendances: on veut des institutions collégiales et universitaires gérées par et pour les Franco-Ontariens; on n’aime pas les cours par vidéoconférences, on préfère les vrais campus offrant un environnement francophone; le modèle de l’Université du Québec, avec ses campus régionaux, est évoqué.

Le témoignage de Lucas Egan:

Depuis trois mois, je vis hors ma région natale de cette province, car je ne peux y étudier dans la langue de mon choix.

Si vous ne l’avez pas constaté par mon accent ou mon manque d’habitude quant à toute cette neige, oui, viens du sud de l’Ontario. Mon parcours dans le système éducationnel francophone s’est malheureusement conclu le 28 juin 2013.

J’ai du faire un choix: l’exil ou l’assimilation.

Évidemment, si je suis ici, c’est que j’ai choisi de conserver ma culture, ma langue, et mon identité. Malheureusement, ce choix est coûteux, et je dépenserai plus de 5000$ cette année afin de garder mon appartenance à ma communauté.

Si ce n’était pas évident, je suis dans la minorité. La grande majorité de ma classe graduante ont choisi une de deux institutions à proximité – n’offrant ni un ni l’autre des programmes en français.

Si je suis ici, c’est que j’ai besoin de vous. J’ai besoin de vous non pas pour mon avenir, mais pour celui de ma petite sœur, celui de mes futurs enfants, un avenir dans lequel l’entièreté de leur éducation pourra se faire en français.

J’ai besoin de vous puisque, contrairement à ce qu’on vous dirait, nos campus universitaires ne sont pas équitablement bilingues. J’ai besoin de vous pour démontrer que l’Ontario français est bel et bien vivant et audacieux.

J’ai besoin de vous, tout simplement, parce que ce combat n’est pas le mien. Ce n’est pas celui du RÉFO, pas celui de la FESFO, ni de l’AFO. Ce combat est celui du peuple franco-ontarien dans son entièreté.

À maintes reprises dans son histoire, le peuple franco-ontarien s’est uni sous la banderole de l’éducation – la résistance au règlement 17, le combat pour les écoles secondaires, les manifestations pour les conseils scolaires, la lutte pour les collèges.

Cette revendication-ci est la conclusion d’un historique de combat – c’est un passage de notre histoire qui sera enseigné le 30 novembre 2030 dans un cours d’histoire canadienne dans l’université franco-ontarienne, une université nécessaire pour le peuple franco-ontarien, nécessaire pour le notre province, nécessaire pour nous tous.

Nous ne sommes pas des citoyens de deuxième classe. Nous ne sommes pas un peuple non-éduqué, nous ne sommes pas un peuple exilé, nous ne sommes pas un peuple perdu. Nous sommes un peuple de combat, un peuplé ancré dans l’histoire de cette province et de ce pays.

Je conclus avec une citation du député provincial Napoléon Champagne, le jour de la défaite du règlement 17, en 1927: «Ceci est notre pays; le français notre langue; nous allons y rester et aucun tyran ne pourra nous voler nos droits.»

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