Santé en français: penser à l’extérieur de la boîte

Mais les agences doivent se mettre à «l’offre active»

François Boileau.

19 novembre 2013 à 10h01

Les agences de santé ne devraient pas offrir des services en français parce qu’elles y sont obligées, mais bien parce que «c’est la bonne chose à faire».

C’est ce qu’a plaidé le commissaire aux Services en français de l’Ontario, François Boileau, lors d’une conférence sur «les communautés en santé», à Toronto le mercredi 13 novembre dernier.

L’allocution de 45 minutes en français avec traduction simultanée de l’avocat de formation, intitulée «Parce que les plus vulnérables ne se plaignent jamais», aura convaincu certains des délégués anglophones présents, semble-t-il.

M. Boileau a rappelé l’importance de «l’offre active» de services en français – offrir le service avant d’attendre qu’on le demande – car bon nombre de Franco-Ontariens auront tendance à ne pas exiger des services dans leur langue puisqu’ils comprennent et parlent l’anglais.

Confidentialité

Mais certains francophones ne sont pas bilingues et, dans le cas de services psychosociaux, il est important de pouvoir s’exprimer dans sa langue. Dans les cas d’urgence aussi. Ou lors de l’annonce d’un diagnostic médical grave ou confidentiel.

«Je me souviens avoir reçu une plainte d’une dame de 68 ans qui s’est vu demandée d’être accompagnée de son fils pour la traduction simultanée chez le médecin», a raconté M. Boileau, «et elle a appris qu’elle avait une maladie transmise sexuellement…»

«Ou le cas d’une femme dont l’enfant venait de subir une chirurgie à l’hôpital. L’enfant s’est réveillé. Il s’est mis à dire des choses incohérentes et donc ils l’ont rendormi. Mais l’enfant, tout ce qu’il demandait, c’est de voir sa mère, en français.»

«Cela peut avoir des impacts médicaux assez importants», a souligné M. Boileau. «On a malheureusement beaucoup de ces histoires. Et il y en beaucoup qui ne vont pas se plaindre, parce que justement ce sont des populations qui sont dans une situation vulnérable.»

Traitement inférieur?

François Boileau a ainsi rappelé que certains francophones ontariens pourraient aussi hésiter à demander des services dans leur langue, de crainte d’être peut-être traités moins favorablement.

M. Boileau a d’ailleurs confié lui-même avoir adopté cette démarche en tant que citoyen à une reprise dans le passé. D’où l’importance d’offrir les services activement, et non d’attendre qu’une personne les demande.

François Boileau a souligné que cette offre active doit être planifiée à l’avance au sein des organismes pour s’assurer de disposer des ressources humaines nécessaires et que cela ne se bornait pas simplement à des services de traduction.

Réseau provincial

Le commissaire aux services en français a noté que les organismes francophones eux-mêmes devraient «penser à l’extérieur de la boîte» et chercher à trouver des spécialistes francophones au-delà de leur région, à savoir dans l’ensemble de la province.

«Il y a 611 000 Franco-Ontariens dans la province», a rappelé François Boileau, soulignant qu’au sein de cette masse critique de personnes, il existait de nombreuses personnes très qualifiées.

Dans la foulée, François Boileau a insisté sur la grande diversité du visage de la nouvelle francophonie ontarienne, notamment dans le Centre-Sud-Ouest de la province, qui rassemble près de 200 000 Franco-Ontariens. Dans le Grand Toronto, «un francophone sur deux est né à l’extérieur du Canada», a-t-il précisé.

François Boileau, avocat de formation qui remplit son troisième mandat de Commissaire aux Services en français de l’Ontario, était le conférencier-principal de la deuxième journée de la conférence «Se rassembler pour des communautés en santé — Collaborer au changement», organisée par l’organisme Réseau CS.

Qui fait quoi

Le rôle du commissaire (www.csf.gouv.on.ca) consiste à recevoir les plaintes du public et à faire des recommandations sur les questions touchant à l’application de la Loi sur les services en français. François Boileau est le premier à occuper ce poste, créé par le gouvernement de Dalton McGuinty en 2007.

Le Réseau CS (www.reseaucs.ca) est un organisme sans but lucratif qui appuie les groupes communautaires, les organismes locaux et régionaux ontariens pour créer des communautés dynamiques et en santé, en fournissant notamment des services de consultation en promotion de la santé, des ressources sur des sujets pertinents et des activités d’apprentissage en français et en anglais.

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