Santé en français: de beaux efforts récompensés

Les partenaires de l’Entité 4 agissant pour développer les soins de longue durée en français ont reçu des Prix de Reconnaissance.

17 septembre 2013 à 10h45

Lentement, mais surement, les services de santé en français se développent dans le Grand Toronto. Des progrès ont été faits, notamment concernant l’accès aux soins de longue durée pour les francophones de la ville.

«Seul, on va plus vite, à plusieurs on va plus loin». C’est par ce dicton que Manon Lemonde, présidente du conseil d’administration de l’Entité 4, a conclu l’assemblée générale, mardi 10 septembre au soir, à l’École secondaire catholique Renaissance, à Aurora.

C’est justement pour valoriser ce travail collectif que cet organisme a remis des Prix de Reconnaissance aux partenaires avec qui elle travaille à la réalisation de sa mission: celle de conseiller les réseaux locaux d’intégration des services de santé (RLISS) dans le nord et l’est de Toronto, pour que les francophones puissent se faire soigner en français.

Accès prioritaire

Les actions de ces partenaires ont toutes contribué, d’une façon ou d‘une autre, à améliorer l’accès aux soins pour les francophones torontois.

Sur le banc des lauréats, on retrouve Sylvie Lavoie et Jean Roy, de la Fondation Hélène Tremblay-Lavoie. Cette fondation agit pour la mise en place de soins de longue durée en français pour les aînés qui le souhaiteraient.

Il n’existe actuellement pas d’établissement francophone de soins de longue durée dans le Grand Toronto. Seuls 37 lits français sont disponibles au Pavillon Omer Deslauriers, dans le centre de Bendale Acres, à Scarborough. La plus proche résidence de soins de longue durée francophone se trouve à Welland.

Une des victoires de la Fondation et de l’Entité 4 a été de rendre l’accès au Pavillon Omer Deslauriers prioritaire pour les francophones, en juin dernier. «Les francophones sont maintenant en haut de la liste d’attente, et surtout, ils y restent», affirme Jean Roy, président du conseil d’administration de la fondation.

De nombreux aînés ont des troubles cognitifs qui peuvent aller jusqu’à la maladie d’Alzheimer. «Avec ces signes de démence, il n’est pas rare de voir une personne qui était entièrement bilingue se retrancher derrière sa langue maternelle : le français dans le cas des francophones», ajoute Sylvie Lavoie, présidente de la Fondation.

Margaret Aerola, administratrice de Bendale Acres, espère que ce prix augmentera la visibilité du pavillon Deslauriers. «Nous allons continuer à développer ce programme de francisation des soins.»

Mais il reste encore beaucoup à faire pour renforcer les services de santé en français. Car pour qu’il y ait des lits, il faut qu’il y ait une demande importante. Or, il est difficile de l’évaluer. «Il nous manque des données de base: dans quels hôpitaux vont les francophones? Pour quels genres de soins souhaitent-ils le plus s’adresser en français? Autant d’informations qui pourraient nous être utiles», souligne Dominique Auger, directrice générale de l’Entité 4.

Les moyens et le budget manquent, selon Sylvie Lavoie, pour cerner la demande francophone pour les soins de longue durée. «Un des buts de la fondation est justement d’aller chercher cette information, de trouver la population qui aura besoin de ces services en français», conclut-elle.

«Et ce n’est pas facile, ajoute Jean Roy. Car prévoir l’école dans laquelle vous mettrez vos enfants peut être plaisant. Mais prévoir l’établissement où vous placerez votre parent malade est plus compliqué. C’est difficile à gérer et pour la famille et pour l’aîné, car ce n’est pas le genre de chose qu’on aime anticiper des années avant. »

Augmenter la visibilité

Dans le domaine des soins de longue durée, le manque de communication entre les différents organismes apparaît également comme une lacune majeure à combler. Les centres d’accès aux soins communautaires jouent un rôle majeur dans la répartition des aînés dans les services de longue durée. La fondation Lavoie s’applique à communiquer davantage dans ces centres pour que les patients soient informés des différentes possibilités qui s’offrent à eux.

Ces centres d’accès aux soins communautaires sont là pour aider les personnes à se repérer dans la complexité du système de santé ontarien. Subventionnés par les RLIIS, ils ont l’obligation depuis peu de proposer des services en français. Ils aident les patients à avoir accès aux services qui leur sont le mieux adaptés, et les orientent vers les établissements adaptés à leur maladie.

L’Entité 4 a exprimé sa détermination à se rendre plus visible du grand public, pour améliorer la communication entre les fournisseurs de services de santé et le public francophone. Elle participe de plus en plus à toutes sortes d’événements, scolaires notamment, et souhaite renforcer ses liens avec les centres d‘accès aux soins communautaires. D’où la présence de ces derniers, mardi soir, dont certains ont aussi reçu un Prix de Reconnaissance.

La chef de la direction du RLISS Centre Est, Deborah Hammons, a, quant à elle, réaffirmé sa volonté de réduire les disparités entre les anglophones et les francophones pour l’accès aux soins dans leur langue maternelle. Le sous-ministre adjoint aux Affaires francophones, Daniel Cayen, invité de la soirée, a insisté sur le fait que «le domaine de la santé était prioritaire pour la francophonie» et qu’il fallait «s’assurer que la province respecte la loi en la matière».

La Fondation Hélène Tremblay-Lavoie planche actuellement sur deux nouveaux projets avec le RLISS Centre-Est, toujours en vue d’améliorer les services de soin pour les aînés francophones. La RLISS Centre-Est a rappelé que la population francophone était sa cible privilégiée dans son plan d’intégration des services de santé 2013-2016.

Maladies chroniques

L’organisation Kay Créole d’Entraide et de Services Professionnels a également reçu un Prix de Reconnaissance pour son investissement dans la création d’atelier de gestion des maladies chroniques. Ces ateliers ont, notamment, été accueillis à Bendale Acres, à Scarborough.

Erline Germain, une des animatrices, est venu à la tribune pour témoigner de l’importance pour les francophones de l’existence de tels ateliers. Gérer sa maladie parait alors moins insurmontable.

L’Entité 4 s’est, enfin, félicitée de la création sur leur site internet d’une carte exhaustive de tous les médecins et spécialistes de santé francophones exerçant dans le Grand Toronto.

Malgré l’existence de nombreuses organisations dans le secteur de la santé (toutes aux missions différentes), et la cacophonie qui peut en résulter, ce soir-là, tout le monde semblait parler d’une même voix. Et pas qu’en français.

Améliorer les trajectoires de soin pour Reflet Salvéo

Jointe par téléphone, Rosine Usseglio, agent de planification à Reflet Salvéo (nouveau nom de l’Entité 3, qui couvre le centre et l’ouest de Toronto) affirme qu’une des priorités de l’année est de créer des trajectoires de soins, notamment en santé mentale, pour le public francophone. «L’objectif est de rendre leur navigation plus facile dans le système de santé qui est complexe», ajoute-telle.

Comme l’Entité 4, Reflet Salvéo travaille à évaluer la capacité des fournisseurs à proposer des services francophones, pour, ensuite, les rendre plus visibles. «Il y a des services où il devrait y avoir une capacité francophone, et d’autres où il y en a une mais qui n’est pas connue. Notre priorité est de mettre de l’ordre dans tout ça en aidant ceux qui proposent des soins en français à promouvoir cette capacité.»

Reflet Salvéo a, au cours de l’an passé, développé ses réseaux. Environ 15 000 francophones appartiennent au réseau de Reflet Salvéo, qui compte sur ce chiffre encourageant pour améliorer sa visibilité auprès des particuliers.

Pour les professionnels de la santé, l’entité a organisé des forums de développement de capacité pour que les fournisseurs de services francophones puissent se rencontrer «car souvent, ils ne se connaissent pas entre eux», explique Rosine Usseglio.

Renseignements

Les RLISS ont été créés par la Loi 2006 sur l’intégration du système de santé local. Ce sont ces réseaux qui mettent en place tous les services de santé locaux. Il y en a 14 en Ontario.

Au total six entités de planification des services de santé en français les appuient. Dans le Grand Toronto, l’Entité 4 conseille les RLISS Centre, Centre-Est et Simcoe Nord Muskoka, tandis que Reflet Salvéo (nouveau nom de l’Entité 3) conseille les RLISS Centre-Ouest, Mississauga Halton et Toronto-Centre.

entite4.ca
refletsalveo.ca/sante/index.php/fr/home
fondationlavoie.ca

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