Pour que les enfants du Paris de l’après-guerre ne soient plus «invisibles»

Des photographies uniques à l'Alliance française

Enfants qui jouent, Cité Lesage-Bullourde, 1949-1954, Marilyn Stafford,

Enfants qui jouent, Cité Lesage-Bullourde, 1949-1954, Marilyn Stafford,


13 mars 2017 à 22h06

Paris 1949, la guerre est terminée, la ville est libérée et les enfants regagnent les pavées. À la galerie de l’Alliance française de Toronto jusqu’au 1er avril, Julia Winckler nous invite à découvrir des photographies de ces enfants, par l’Américaine Marilyn Stafford, encore peu connues du grand public.

Mémoires photographiques des coins perdus montre des scènes des quartiers les plus pauvres du Paris de l’après-guerre: la Cité Lesage-Bullourde et Boulogne Billancourt.

En décembre 1948, Marilyn Stafford déménage à Paris. Jusqu’en 1954 elle capturera des bouts de quartiers parisiens. À travers ces photos, la commissaire de l’exposition Julia Winckler, touchée par le travail de cette photographe, voulait rendre visibles ces enfants et ces coins perdus.

Elle se demande sans cesse:  «que sont-ils devenus; où sont-ils aujourd’hui; leurs parents ont-ils des photos d’eux durant cette période; je ne voulais plus qu’ils soient invisibles». Professeur de photographie de l’Université de Brighton, au Royaume-Uni, c’est en 2014, durant le Shoreham Wordfest qu’elle rencontre pour la première fois Marilyn.  La photographe exposait une vingtaine de photographies dans un petit café, le Tomfoolery Café.

«On pouvait y voir Édith Piaf, Albert Einstein, Henri Cartier Bresson, Indira Gandhi… Marilyn Stafford avait été une très grande amie de ces personnalités. Je l’ai ensuite invitée à participer à des cours; nous sommes devenues amies; elle a eu une vie extraordinaire», rapporte Julia Winckler.

Aujourd’hui Marilyn a 91 ans et vit dans une petite maison de Brighton. La relation de confiance qui s’est établie entre les deux artistes a donné jour à une véritable collaboration. La photographe lui a un jour offert une enveloppe contenant 4 négatifs, 6 clichés et 3 images, celle-là même exposées dans la galerie de l’AFT.

marilyn-stafford
Petite fille ramenant du lait, 1949-1954, Cité Lesage-Bullourde, MS

Julia Winckler, déterminée à faire revivre ces coins et les enfants qui y ont flâné, s’est documentée sur la Cité Lesage-Bullourde. Disparu, démoli, le quartier a laissé place en 1984 à la construction du quartier de la Bastille et de son Opéra.

En 1959, une étude sociologique sur le quartier avait été réalisée par Jean-François Thery, apportant ainsi une plus-value aux images de Marilyn. Pour cet auteur, l’entrée dans la Cité était particulièrement saisissante. «Lorsqu’on y pénètre vers sept heures du soir, on est frappé par la nuée d’enfants qui occupent la chaussée, tandis que le linge sèche aux fenêtres (…) On sent qu’à l’intérieur chaque centimètre compte.»

Durant les nombreux voyages de Marilyn Stafford, beaucoup de pellicules ont disparu. Parmi les photographies exposées, deux clichés étaient numérisés et imprimés pour la première fois. Les photos ont été agrandies, ce qui a permis à Marilyn Stafford de se rendre compte de certains détails oubliés, mais aussi de se souvenir de ce que les enfants lui disaient, et ainsi retrouver la mémoire de ces coins perdus.

C’est une exposition hommage à ces enfants, souvent issues de l’immigration d’après-guerre, polonais, ashkénazes, algériens et tunisiens appelés à la reconstruction. Un hommage à ces quartiers de la Cité Lesage-Bullourde et Boulogne-Billancourt.

Adrienne Chambon, professeur à l’Université de Toronto, s’est intéressée à l’évolution du quartier. «Ces endroits n’abritent plus aujourd’hui que des bâtiments modernes, des blocs sans âme, même si une petite partie du quartier garde les restes d’un tissu urbain, mais la population a changé.»

En s’y promenant, Adrienne Chambon a été frappée par la difficulté de s’y repérer. «On découvre un passage un jour, et on ne le retrouve pas le lendemain, comme s’il avait disparu.»

Pour la suite, Julia Winckler aimerait retrouver ces enfants et connaître leurs histoires. «Je ne sais pas si cela sera possible, mais oui, j’aimerais savoir ce qu’ils sont devenus.»

Fille sur haut talons, Cité Lesage- Bullourde, 1949-54, MS
Fille sur haut talons, Cité Lesage-
Bullourde, 1949-1954, MS

Une exposition satellite

Grâce au soutien du Conseil de recherches en sciences humaines du gouvernement canadien, cette exposition a été organisée en marge d’une vaste exposition sur des images des Archives de Toronto. From street to playground, representations of children in early 20th century, rouvrira autour du 20 mars à la galerie des Archives de Toronto, récemment fermée pour rénovation.

Tout comme Mémoires photographiques des coins perdus à l’AFT, cette exposition parlera d’enfants des quartiers, avec des clichés datant de 1905 à 1920. Il aura fallu 4 ans pour réaliser cette exposition réunissant Adrienne Chambon, Bethany Good, Ernie Lightman de l’Université de Toronto, Vid Ingelevics et Mary Anderson de l’Université Ryerson, et Julia Winckler de Brighton.

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