Le vieillissement: prochaine menace pour l’économie

Le Collège Glendon accueille une conférence sur l'après-crise

Les économistes conférenciers: Tim Besley, Pierre Fortin et George Akerlof

30 mars 2010 à 12h51

«Le Canada cueille le fruit de sa prudence budgétaire» expliquait Pierre Fortin, professeur d’économie à l’Université du Québec à Montréal lors d’une conférence au Collège Glendon organisée mercredi dernier par le Centre sur les défis mondiaux, associé avec l’école des Affaires publiques et internationales de Glendon. Avec lui, George Akerlof, prix Nobel d’économie et professeur d’économie à l’Université de Californie, Berkeley et Tim Besley professeur d’économie et de science politique à London School of Economics, ont participé à cette conférence intitulée Après la crise.

«Nous avons besoin d’un vrai dialogue entre politiciens et chercheurs», expliquait Mamdouh Choukri, président de l’Université York, qui estime qu’il n’y a pas assez de débats publics sur ce qui se passe au Canada dans le domaine financier.

De tels débats devraient en effet permettre d’avancer vers des solutions durables permettant de minimiser les risques de crise économique.

Cette conférence proposait donc de revenir sur certaines interrogations soulevées par la crise financière tout en envisageant des orientations possibles pour les années d’après la crise.

Esprit animal et économie

Pour expliquer les causes de la récession, Georges Akerlof a fait le lien entre psychologie humaine et économie, thème développé dans son ouvrage co-écrit avec Robert Shiller intitulé Animal Spirits: How Human Psychology Drives the Economy, and Why It Matters for Global Capitalism. L’économiste a démontré que les facteurs psychologiques sont déterminants dans la santé de l’économie. Parmi ces facteurs, la confiance a une influence considérable.

En simplifiant les choses, on pourrait dire que tant que l’on y croit, tout se passe bien. Georges Akerlof considère que chaque période de croissance est liée à une histoire apportant un certain confort psychologique dont la base n’est pas forcement rationnelle. Il évoque en effet des illusions de richesse, des remèdes de charlatan.

Expliquant qu’il y a des cycles en psychologie, il informe que ces mêmes mécanismes ont une part importante dans les récessions qui seraient elle aussi en partie basées sur des histoires, des illusions.

Pour parer à ces problèmes il évoque quatre lignes de défense: la régulation, le rediscounting, deposit guarantees, bankruptcy management. Pierre Fortin a de son côté fait état de la situation économique au Canada qui, selon lui, a «le système financier le plus solide du monde».

Les difficultés ne sont pas terminées

D’après l’économiste québécois, le fait que le Canada soit le pays le moins endetté du G7 a laissé une marge de manœuvre suffisante pour limiter les conséquences de la récession, ce qui lui fait dire que le pays «a cueilli le fruit de sa prudence budgétaire».

Néanmoins, il considère que «si le Canada avait visé un taux d’inflation de 3% au lieu de 2%, la reprise aurait été plus solide».

Il faudrait donc tirer trois leçons: «Mettre fin au complexe d’infériorité face aux États-Unis, car on a un meilleur système de régulation du système financier, rétablir l’équilibre entre les revenus et les dépenses budgétaires et relever la cible officielle d’inflation à 3 ou 4% au lieu de 2%, pour renforcer la flexibilité».

Les difficultés ne sont pas terminées pour autant. Pierre Fortin a rappelé les grands défis auxquels devra faire face le Canada dans les années à venir.

Le problème principal semble être le vieillissement de la population qui engendrera un revenu fiscal plus faible, vu la diminution du nombre d’actifs, et l’augmentation du nombre de retraités. Il faudra gérer l’énorme pression sur le système de santé et les services sociaux. Les dépenses de santé augmentent déjà beaucoup plus rapidement que les revenus nationaux et d’après l’économiste, «même l’augmentation de l’immigration ou du taux de natalité ne changeront rien».

Pour lui, il ne fait aucun doute qu’il faut changer la façon dont est géré le système de santé qui coûte 135 milliards $ par an et tout faire pour engendrer une accélération de la croissance économique.

Il semblerait, d’après Pierre Fortin, que le système de santé canadien, fierté nationale, soit aussi celui qui coûte le plus cher par habitant, «à part celui de l’Islande», et que ses performances soient nettement moins bonnes que celui des autres pays de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économique).

Toujours d’après l’économiste, il faut également pousser l’économie par des mesures fiscales appropriées et procurer formations, technologies et équipements pour produire plus et mieux dans un pays où «la productivité par heure travaillée est très faible, inférieure de 20% à celle des États-Unis».

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