Le rêve américain est un mythe

Americandream.ca de Claude Guilmain

Geneviève Dufour, Bernard Meney, Louise Naubert et Pier Paquette, sur la scène de Glendon. Photo:Mikael Lavogiez

25 juin 2013 à 11h25

Il y a quinze jours, on se demandait si l’écrivain Claude Guilmain parviendrait à brasser la cage avec sa nouvelle œuvre AmericanDream.ca, création du Théâtre la Tangente mise en scène au Théâtre Glendon. Nous voulions savoir si ne serait-ce qu’un soupçon d’attention, qu’une once de réflexion, ou au mieux une large introspection naîtraient chez les spectateurs. Enfin présentée au Théâtre Glendon, la semaine passée, Americandream.ca a levé tous ces doutes, a répondu aux attentes et la cage a, semble-t-il, réellement brassé.

Un propos clair et pertinent

AmericanDream.ca nous raconte l’histoire d’une famille canadienne des années 2000, composée de quatre baby-boomers, Alain, son épouse Pat, Claude et Maude, et de deux enfants probablement nés dans les années 80, Brigitte et Emilie.

Ces six personnages se voient tous confrontés à un drame personnel, si terrible qu’ils se croient contraints de dissimuler ce lourd secret à leur famille, de peur de semer panique et sinistrose. Seul le public est conscient de ces problèmes. Seul le public fait face à ce déclin certain. Mais, outre cette histoire réaliste et bien construite, AmericanDream.ca est une pièce avant tout placée sous le signe de la subversion.

Claude Guilmain cherche, constamment, à désacraliser la notion de rêve américain dans son œuvre, pure illusion, simple mythe aux répercussions contemporaines ravageuses selon lui. Cette chimère est le parfait symbole d’un égocentrisme latent et d’une arrogance unanime des Américains. Par exemple, par le biais du personnage de Brigitte, lors d’un monologue, à la fin de la pièce, Claude Guilmain jette un regard dédaigneux sur la politique étrangère américaine.

Il blâme entre autres les interventions militaires trop nombreuses (au Guatemala, à Cuba, en Afghanistan), parfaits exemples d’une volonté des États-Unis d’avoir la mainmise sur tout. Il va même jusqu’à suggérer que les attentats du 11 septembre sont le résultat d’une longue provocation américaine. «Pour les États-Unis, la guerre est un business», s’indignait Claude Guilmain, lors d’une séance de questions-réponses improvisée à la suite de la première représentation. Globalement, c’est donc d’abord grâce au message clair et pertinent véhiculé par l’auteur, qu’AmericanDream.ca a répondu aux attentes.

Une bonne distribution

Mais c’est aussi et surtout à la troupe de comédiens que nous devons tirer un grand coup de chapeau. Alliant expérience et jeunesse, la distribution d’AmericanDream.ca est parfaitement adaptée à l’œuvre de Claude Guilmain. Bernard Meney, dans son rôle de Claude, quinquagénaire qui voit sa vie basculer lorsqu’il gagne à la loterie, représente l’expérience dans cette distribution, lui qui a par exemple déjà collaboré de nombreuses fois avec le Théâtre la Tangente.

Gisèle Rousseau, comédienne incontournable du Théâtre français de Toronto, se range aussi dans cette catégorie, elle qui s’amuse subtilement de la personnalité fade et effrontée du personnage anglophone qu’elle interprète: Pat. Geneviève Dufour représente quant à elle la jeunesse, la relève. Jeune perle du théâtre québécois, elle joue brillamment, avec insouciance et innocence le rôle d’Emilie, militaire en route pour l’Afghanistan. Ensemble, tous ces comédiens permettent à la pièce de passer le test d’authenticité et de réalisme, avec brio.

Une scénographie au service de la pièce

De longs et hauts panneaux noirs au recto, blancs au verso, souvent en rotation (grâce au travail de Duncan Appleton) ainsi que six chaises en bois sombre, composent à eux seuls le décor d’AmericanDream.ca.

Épurée donc, volontairement minimaliste, sombre ou claire dépendamment du contexte, la scénographie se prête parfaitement au jeu des acteurs et au texte de Claude Guilmain.

Elle reflète la crainte parfois, la joie passagère d’autres fois, la tristesse et l’apathie souvent. L’univers musical de Claude Naubert, ponctué de roulements de tambour et de battements de cœur, met aussi en relief ce monde en suspension, ce monde encore silencieux, prêt à entrer en ébullition. Premier chapitre d’une trilogie, AmericanDream.ca a donc su relever tous les défis liés aux aléas de la création. Dans notre cage, on attend désormais qu’à être de nouveau secoué.

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