Wikileaks: le soldat Manning plaide coupable et s’explique

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à 21h55 HNE, le 28 février 2013.

FORT MEADE, Maryland – Le jeune soldat américain accusé de la plus grande fuite d’informations secrètes de l’histoire des États-Unis a donné une première explication de son geste, jeudi, tout en offrant de plaider coupable à une partie des accusations qui pèsent contre lui.

C’était la première fois que Bradley Manning admettait directement avoir transmis des documents confidentiels au site WikiLeaks et qu’il expliquait les frustrations qui l’ont poussé à le faire.

Assis devant une juge militaire, le soldat âgé de 25 ans a lu une déclaration de 35 pages pendant plus d’une heure. Il parlait rapidement et de façon posée, montrant peu d’émotions, même quand il a décrit à quel point il a été troublé par ce qu’il a vu sur le champ de bataille.

«Je pensais que si le public en général, et en particulier le public américain, avait accès à l’information, (…) cela pourrait déclencher un débat national sur le rôle de l’armée et de notre politique étrangère en général», a dit Bradley Manning.

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La juge militaire, la colonelle Denise Lind, a annoncé plus tard dans la journée qu’elle acceptait le plaidoyer de culpabilité du soldat sur 10 des 22 accusations portées contre lui. Ces accusations pourraient lui valoir jusqu’à 20 ans de prison.

Les procureurs ont annoncé leur intention de le poursuivre devant la justice militaire pour les 12 autres accusations, dont celle d’avoir aidé l’ennemi, passible de la prison à vie.

Le soldat a déclaré qu’il ne pensait pas que les documents divulgués pourraient nuire aux États-Unis. Il a expliqué qu’il avait décidé de les transmettre à WikiLeaks parce qu’il était troublé par la façon dont se déroulaient les guerres en Afghanistan et en Irak et par l’apparent mépris des militaires américains pour la vie des citoyens ordinaires de ces pays.

«J’ai eu l’impression que nous prenions tant de risques pour des gens qui ne semblaient pas disposés à coopérer avec nous, créant de la frustration et de la haine des deux côtés», a-t-il dit. «J’ai commencé à être déprimé par la situation dans laquelle nous nous enfoncions année après année. En tentant des opérations de contre-insurrection, nous sommes devenus obsédés par la capture et l’élimination des cibles humaines qui figuraient sur la liste.»

«Je voulais que le public sache que ce ne sont pas tous les gens en Irak qui étaient des cibles à neutraliser», a ajouté le soldat.

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Bradley Manning a admis avoir transmis des centaines de milliers de rapports de terrain sur les guerres en Irak et en Afghanistan, des câbles diplomatiques du département d’État, d’autres documents classifiés et deux vidéos tournées sur le champ de bataille en 2009 et 2010, alors qu’il était analyste du renseignement militaire à Bagdad.

Les rapports de terrain sont les premiers documents qu’il a décidé de transmettre, a-t-il expliqué. Il les a envoyés à WikiLeaks après avoir contacté sans succès le Washington Post et le New York Times. Il a eu l’impression que le journaliste du Washington Post qu’il a contacté ne le prenait pas au sérieux, tandis que son message laissé au New York Times est resté sans réponse.

Le soldat s’est dit interpellé par une vidéo de combat de 2007 montrant un assaut d’un hélicoptère américain ayant tué 11 hommes, dont un photographe de l’agence Reuters et son chauffeur. Le Pentagone a conclu que les soldats avaient confondu les appareils photographiques du reporter avec des armes.

«Pour moi, l’aspect le plus alarmant de cette vidéo était l’apparente soif de sang jubilatoire que les équipes aériennes semblaient avoir», a poursuivi Bradley Manning, en ajoutant que les actions de ses collègues «semblaient similaires à celles d’enfants qui torturent des fourmis avec une loupe».

Au sujet des câbles diplomatiques, il a déclaré qu’ils «documentaient des accords en coulisse et une criminalité qui ne renvoient pas l’image des soi-disant leaders du monde».

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«Je pensais que ces câbles étaient le meilleur exemple de la nécessité d’avoir une diplomatie plus ouverte», a-t-il expliqué. «Je ne pensais pas que ces câbles causeraient du tort aux États-Unis. Néanmoins, je pensais que ces câbles étaient embarrassants.»

L’administration Obama estime que la publication de ces documents a menacé d’importantes sources militaires et diplomatiques et nui aux relations des États-Unis avec d’autres gouvernements.

Les partisans de Bradley Manning, qui ont organisé des rassemblements samedi pour souligner son 1000e jour de détention, le considèrent comme un héros de la dénonciation, dont les actions ont contribué à exposer des crimes de guerre et à déclencher les soulèvements pro-démocratiques dans certains pays arabes en 2011.

Les responsables de WikiLeaks n’ont pas répondu à un message de l’Associated Press les invitant à commenter la déclaration de Bradley Manning. Le groupe a bien pris soin de ne jamais confirmer ou nier que le soldat a été la source des documents qu’il a publiés sur Internet.

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