Voyage au bout du monde: la Gaspésie et le golfe du Saint-Laurent

Partagez
Tweetez
Envoyez

Publié 27/07/2010 par Charles-Antoine Rouyer

Gaspésie vient de Gespeg, qui signifie en langue autochtone micmac «le bout des terres», soit le bout du monde. La péninsule gaspésienne et l’ensemble du golfe du fleuve Saint-Laurent, rive Nord comprise, regorgent d’attraits touristiques naturels de toute beauté, entre mer et montagne.

Mais un voyage dans ce «bout du monde» pourra aussi permettre au voyageur, qui sait, de tirer certains enseignements du passé, pour éclairer l’avenir de ce dit monde.

À l’image peut-être de la nouvelle Route de la morue gaspésienne, un circuit judicieusement créé l’an dernier pour regrouper différents attraits touristiques de la région sur ce thème. Mais le circuit mène le visiteur sur les traces d’un fantôme de nos jours, puisque les stocks de morue ne semblent pas remonter malgré l’interdiction de la pêcher en 1992, suite à la surexploitation de la ressource… Et la morue consommée sur place provient vraisemblablement de Nouvelle-Écosse.

Sans parler des fous de Bassan de l’île Bonaventure, à la pointe Est de la péninsule gaspésienne. L’île abrite l’été la plus grosse colonie au monde de cet élégant oiseau blanc immaculé, au cou d’un délicat jaune d’or pastel, où se détache un œil fardé de noir.

Mais ces oiseaux pourraient bien faire les frais de la marée noire du golfe du Mexique où ils hivernent. Autrement dit: la présente saison estivale risque fort d’être le meilleur moment d’aller admirer la colonie à son apogée actuelle, car le nombre d’oiseaux pourrait chuter considérablement dans les prochaines années, suite à la pollution par le pétrole.

Publicité

Sans parler des bélugas du Saint-Laurent, atteints de cancer pour certains, en raison de la pollution.

Les fous de l’île

L’excursion d’une demi-journée pour observer les fous de Bassan dans le parc national (québécois) de l’Île-Bonaventure-et-du-Rocher-Percé restera le haut point d’une récente virée nature de quelques jours autour du golfe du Saint-Laurent.

La sortie en bateau pour atteindre l’île Bonaventure permet de faire le tour du fameux rocher percé et de contourner les falaises de l’île. L’occasion de voir des nuées de petits pingouins et autres fous de Bassan, partis pêcher avant de retourner à leur nid. Sans oublier les phoques qui se prélassent au soleil sur des rochers.

Une fois débarqué (dans ce qui était un village entier centré sur l’exploitation de la morue), divers sentiers permettent de rejoindre l’extrémité Est de l’île, où nichent les oiseaux. Le spectacle est alors hypnotisant et il est facile de rester là, de longues minutes, voir des heures, à contempler la scène.

Plusieurs milliers d’oiseaux nichant au sol, à une trentaine de centimètres les uns des autres. Il est possible de s’approcher à quelques centimètres des nids les plus proches, à peine séparé d’une corde.

Publicité

Deux belvédères en bois permettent même de s’avancer au-dessus de certains oiseaux et d’admirer notamment leur ballet amoureux, lorsque le conjoint rentre de la pêche. Le couple s’enlace, enroulant ces longs cous jaune d’or et claquant doucement ces becs gris liseré de noir, dressés vers le ciel.

Ou bien assister à un raffut territorial, ailes grandes déployées avec force de nombreux coups de bec, pour remettre à sa place un voisin qui déborde de sa zone, voire égaré. Un reportage animalier télévisé sous vos yeux, TV on ne peut plus réalité! Avec en prime un guide du parc sous la main pour répondre aux questions.

Mais l’avenir de la colonie est incertain. La relève des jeunes, qui ne migrent qu’après 3 ou 4 ans, est restée dans le Sud où sévit la marée noire dans le Golfe du Mexique. Et les fous de Bassan présentement en Gaspésie redescendront passer l’hiver à proximité des nappes de pétrole et pour se nourrir de poissons contaminés…

Au retour à l’embarcadère, la visite guidée de l’ancienne maison du gérant du village de pêcheurs de l’Île est excellente et permet de comprendre l’organisation de la vie sociale et économique autour de la morue. À terre, à Percé, le centre d’interprétation Le Chaffaud, très réussi, explique les différentes étapes de la transformation de la morue.

Le parc de l’Île Bonaventure est l’un cinq attraits touristiques de la Route de la morue, qui racontent chacun un volet différent de l’épopée de l’exploitation de la morue, aux côtés, entre autres, du Parc national (fédéral) de Forillon près de Gaspé et du site historique du banc de pêche de Paspébiac.

Publicité

Le circuit suit la route 132, qui forme une boucle de près de 900 km autour de la péninsule de 30 000 km2. (En hiver, avis aux aventuriers, la traversée de la Gaspésie en ski de fond permet de rejoindre Rimouski à Gaspé, par étapes, pendant une semaine.)

Le jardin des glaciers

De l’autre côté du golfe du Saint-Laurent, sur la rive Nord, un autre aspect de la même histoire, l’exploitation effrénée de ressources naturelles et le pénible retour de flamme, est superbement raconté au Jardin des glaciers de Baie-Comeau.

Ouvert en 2009 et aménagé dans une ancienne église, ce centre d’interprétation du passé glaciaire emporte tout d’abord les visiteurs dans un formidable voyage multimédia dans le temps et au cœur des glaciers: casque audio sans fil, projections de films sur écrans multiples, effets sonores et même fontaine d’eau réelle, ce spectacle réussit à utiliser la fine pointe de la technologie pour expliquer au grand public les évolutions du climat de la terre depuis des millions d’années.

Suivent alors une série d’expositions sur les répercussions de la société de consommation sur l’environnement naturel et comment en réduire les conséquences négatives.

Mais le jardin des glaciers, ce sont aussi des activités en plein air. Pour exploiter tout d’abord une mine d’or géologique locale: des gisements de coquillages sur plusieurs mètres d’épaisseur, déposés lors de la fonte des glaciers (ces mêmes glaciers qui, un plus à l’Ouest, ont creusé l’élégant fjord du Saguenay).

Publicité

Une promenade en véhicule électrique amène les visiteurs au cœur de l’une de ces montagnes de coquillages. Par la suite, des activités fortes en adrénaline proposent d’explorer d’autres traces de l’activité des glaciers dans les rochers, à flan de falaise (équipé d’un baudrier et retenu par un câble, voire même traverser suspendu à une tyrolienne une petite crique du Saint-Laurent.)

L’équipement touristique et la variété des activités (éducatives et pratiques) sont excellents, mais le défi sera à présent de pouvoir attirer suffisamment de visiteurs aussi loin de Tadoussac (200 km, soit 410 km de Québec).

Festival de jardins éphémères

Presqu’en face de Baie-Comeau, les Jardins de Métis (à l’ouest de Matane, sur la rive Sud) proposent un autre regard sur la nature. D’une part, l’horticulture conventionnelle, soit la flore guidée par l’être humain en superbes jardins fleuris traditionnels. D’autre part, le paysagisme contemporain, dans un festival de jardins éphémères où le naturel est la palette du créateur.

Pour sa 11e édition cette année, le festival propose 21 jardins contemporains, soit un chiffre record. Deux des six jardins inédits cette année, (aux côtés des 14 autres retravaillés), confirment la vocation de l’événement: repousser les limites de la conception paysagée en encourageant les démarches multidisciplinaires.

Imaginez une plate-bande de barbelés observée depuis le fond d’une tranchée creusée dans le sol, pour l’un (Land Use Observatory – Violence in the Garden). Des centaines de livres de classe enterrés dont la tranche dessine un tapis, ou empilés pour former des bancs et des cloisons entières, pour l’autre (Jardin de la connaissance).

Publicité

Ce festival vient en contrepoint aux jardins plus conventionnels, plantés par Élise Reford à partir de 1926, sur les berges du golfe du Saint-Laurent dominant le fleuve. Parmi la quinzaine de jardins traditionnels, Métis est célèbre pour son jardin de pavots bleus (originaire de l’Himalaya).

Au cœur de la propriété trône la Villa Esteban, ancienne demeure du riche industriel George Stephen qui créa le domaine à la fin du XIXe siècle pour venir pêcher, qui léguera ensuite son domaine à sa nièce Élise. La Villa abrite un musée sur l’histoire de la demeure ainsi qu’un restaurant de haute gastronomie.

Et en prime cette année, un film sur cette dualité des jardins de Métis, classique et contemporain (Il était deux fois un jardin, récompensé au Festival International du Film sur l’Art de Montréal en mars dernier.)

Renseignements

Parc national de l’Île-Bonaventure-et-du-Rocher-Percé:
www.sepaq.com/pq/bon/frJardin des glaciers:
www.jardindesglaciers.caJardins de Métis:
www.jardinsdemetis.com
Centre d’interprétation des mammifères marins (Tadoussac):
www.gremm.org
Traversée de la Gaspésie:
www.brisebise.ca/tdlg

Reportage réalisé avec la collaboration de Québec Maritime www.quebecmaritime.ca
et de Tourisme Québec www.bonjourquebec.ca
. Pour visionner des vidéos: .www.carouyer.net

Publicité

À voir et à faire dans la région

À Saint-Anne-des-Monts, le musée de la mer Exploramer www.exploramer.qc.ca
propose une initiation à la vie marine dans le golfe du Saint-Laurent à renfort de nombreux aquariums (surtout pour les familles) ainsi qu’avec des excursions en mer.

Près de Matane, la réserve faunique de Matane www.sepaq.com/matane
permet de se mettre au vert dans de charmants chalets, rustiques mais confortables, ou en camping. Le parc propose des activités d’observation de la nature (à pied ou en kayak). Le trajet vers certains lacs en altitude offre des vues à vous couper le souffle et permet de réaliser qu’effectivement la chaîne montagneuse des Appalaches se termine en Gaspésie.

À La Martre, un arrêt obligé sur la route 132 au Musée des phares, pour visiter le phare rouge en bois datant de 1906 et encore équipé d’un système d’horlogerie mécanique en fonctionnement. Pour parcourir l’exposition d’innombrables lentilles optiques grandeur nature. Enfin, pour son propriétaire et guide, passionné et passionnant, Yves Foucreault, «l’ange gardien du phare» (10, avenue du Phare, 418 288-5698)

À Gaspé, de récents panneaux d’information historique permettent de découvrir le patrimoine de ce ravissant petit village, qui semble retrouver un certain dynamisme après le choc du moratoire sur la pêche à la morue. À retenir le restaurant-bistro-concerts le Brise bise (www.brisebise.ca) ou le lieu de spectacle «La petite Églize» (dans une église reconvertie). À ne pas manquer l’excellente table de l’Auberge La Maison William Wakeham .www.maisonwakeham.ca

À Percé, à recommander l’Hôtel-Motel Le Mirage pour le point de vue imprenable sur le rocher et la qualité de l’accueil (www.hotellemirageperce.com). Le restaurant la Maison du Pêcheur(www.maisondupecheur.ca) permet de déguster les spécialités de fruits de mer locales. Ne pas rater à l’étage des «graffitis» d’indépendantistes du FLQ, lors d’un séjour prolongé en 1969, dans ce qui était alors qu’une vulgaire baraque sur le port. Croisières Julien Cloutier, 9 rue du Quai, 418 782-5606

Publicité

Tadoussac et le Parc marin du Saguenay-Saint-Laurent www.parcmarin.qc.ca
demeurent LE lieu des sorties en mer pour aller voir les baleines grâce à la confluence des courants marins (descendant du Saint-Laurent et du fjord du Saguenay, montant de l’océan dans le golfe) qui concentre le plancton, la principale nourriture des cétacés. Le Centre d’interprétation des mammifères marins www.gremm.org
est une figure imposée avant de partir en partir, pour tout savoir sur les différentes espèces de baleines visibles dans le golfe; sans parler de l’écologie du golfe et la pollution (industrielle, agricole, sonore) qui menace les cétacés, notamment les Bélugas, les seules à vivre en permanence dans le golfe du Saint-Laurent. Leur site Internet Baleines en direct www.baleinesendirect.netregorge d’information scientifique sur le sujet. Pour les croisières en zodiak: Croisières AML www.quebecmaritime.ca/aml

Auteur

Partagez
Tweetez
Envoyez
Publicité

Pour la meilleur expérience sur ce site, veuillez activer Javascript dans votre navigateur