Une nouvelle génération de Trudeau à la tête du Parti libéral du Canada

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Publié 07/04/2013 par Fannie Olivier et Julian Beltrame (La Presse Canadienne)

à 20h40 HAE, le 14 avril 2013.

OTTAWA – Certains diront que c’était écrit dans le ciel: Justin Trudeau, l’étoile montante des libéraux fédéraux, a été élu chef du Parti libéral du Canada dimanche à l’issue d’une longue course qu’il a conclue par un appel à l’unité.

Avec 80 pour cent des points comptabilisés par les votes des militants et sympathisants, Justin Trudeau prend les rênes d’un parti qui a connu des jours meilleurs et dont la santé, si elle a pris du mieux au fil de la course au leadership, demeure fragile.

Le successeur à Michael Ignatieff a récolté 24 658 points, devançant largement Joyce Murray, qui a dû se contenter de 3130 points. Martha Hall Findlay s’est classée troisième avec 1760 points, devant Martin Cauchon (815 points) et deux autres candidates moins connues, Karen McCrimmon, une ancienne militaire, et Deborah Coyne, la mère de la demi-soeur de Justin Trudeau.

Fraîchement élu, le nouveau chef du PLC a fait appel à trois groupes de la population: les jeunes, la classe moyenne et les Québécois, qui ont déserté graduellement son parti au cours des dernières élections.

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«Le temps est venu pour nous d’écrire un nouveau chapitre dans l’histoire de notre pays. Laissons à d’autres les vieilles chicanes et les vieux débats qui alimentent la grogne (…). Québécoises et Québécois, soyons à nouveau des bâtisseurs du Canada», a-t-il lancé à un auditoire qui se réjouissait de sa victoire.

M. Trudeau espère être en mesure de mettre un point final aux guerres intestines qui se sont succédées au PLC.

«Ça m’importe peu si vous croyiez que mon père était exceptionnel ou arrogant. Ça m’importe peu si vous êtes un libéral de Chrétien, un libéral de Turner, un libéral de Martin ou n’importe quel autre type de libéral. L’ère des clans au sein des Libéraux prend fin dès maintenant, ce soir.»

Pour parvenir à cette unité tant désirée, mais surtout à une éventuelle victoire en 2015, il entend miser sur la classe moyenne, comme il l’a fait dans sa campagne l’ayant mené au fil d’arrivée.

«Sous mon leadership, la raison d’être du Parti libéral du Canada, ce sera vous. Je vous promets que chaque jour, du début à la fin de ma journée, je penserai et travaillerai fort afin de résoudre vos problèmes», a-t-il affirmé.

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Reconstruction

Le fils aîné de Pierre Eliott Trudeau, âgé de 41 ans, aura comme principale tâche de reconstruire le parti, troisième aux Communes. Lors des dernières élections générales, le 2 mai 2011, les libéraux n’ont fait élire que 34 députés, avec seulement 18,9 pour cent des suffrages.

Le temps dira si M. Trudeau aura été le sauveur tant attendu par les militants du parti, alors qu’il lui reste un peu plus de deux ans pour élaborer une plate-forme crédible, regagner le coeur des électeurs et tenter de prouver qu’il a ce qu’il faut pour enfiler les chaussures d’un premier ministre.

Les sondages parus au cours des derniers jours placent les libéraux en position avantageuse, disputant avec les conservateurs la première place dans les intentions de vote des Canadiens. Mais un tel engouement pourra être difficile à maintenir sur une période de deux ans.

M. Trudeau sera mis à l’épreuve dès lundi, lors de sa première période de questions aux Communes à titre de chef. Il y affrontera le premier ministre Stephen Harper, réputé parlementaire redoutable, et tentera de se démarquer du chef néo-démocrate Thomas Mulcair.

Il sait par ailleurs qu’il devra riposter aux publicités négatives, qui s’abattront inévitablement sur lui comme elles l’ont fait pour les chefs précédents, Michael Ignatieff et Stéphane Dion.

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«Le Parti conservateur fera ce qu’il sait faire. Il tentera de répandre la peur. Il récoltera le cynisme», a soutenu M. Trudeau dans son discours.

Les conservateurs n’ont d’ailleurs pas perdu de temps en lançant une première salve par communiqué.

«Justin Trudeau peut avoir un nom célèbre, mais en une période d’incertitude économique mondiale, il n’a ni le jugement, ni l’expérience requis pour être premier ministre», a écrit Fred DeLorey, directeur des communications du Parti conservateur du Canada.

Les autres partis ne risquent pas eux non plus de lancer des fleurs à celui qui prendra la siège du chef intérimaire Bob Rae en Chambre. Après la désignation de M. Trudeau comme nouveau leader, le député néo-démocrate Peter Julian a ironisé sur le fait qu’il représentait le quatrième sauveur du PLC, mais que les problèmes au sein de cette formation politique perduraient.

«Il y a un nouvel emballage, mais qu’est-ce qu’il y a dans le cadeau?», s’est demandé, de son côté, le chef bloquiste Daniel Paillé.

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Record

Parmi les quelque 127 000 militants et sympathisants qui s’étaient enregistrés pour le scrutin, un peu plus de 104 000 auront finalement voté, soit 82 pour cent, sélectionnant en ordre de préférence les six candidats: Justin Trudeau, Martin Cauchon, Joyce Murray, Martha Hall Findlay, Karen McCrimmon et Deborah Coyne.

Selon les organisateurs libéraux, il s’agit d’un sommet historique, tous partis confondus. En comparaison, la dernière course à la chefferie des néo-démocrates avait pu compter sur les votes de 65 000 militants, et celles des conservateurs, 97 000.

Selon le mode de scrutin choisi par le parti, chacune des 308 circonscriptions du pays s’était vu attribuer 100 points. Le vainqueur devait donc remporter 50 pour cent des 308 000 points totalisant l’ensemble du Canada.

Justin Trudeau prend la tête du parti presque 29 ans après le départ de son père, Pierre, qui fut le chef du PLC d’avril 1968 à juin 1984.

Des attentes élevées depuis l’enfance

Il a grandi sous la loupe des Canadiens, nous titillant en nous rappelant les exploits de son père tout en insistant pour dire à quiconque voulait l’entendre qu’il ne pourra jamais répéter les exploits de son paternel.

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Justin Trudeau a reconnu qu’il a grandi en devant répondre à des attentes très élevées. Il a aussi admis qu’il n’aurait probablement pas suscité le même intérêt dans la course à la chefferie du Parti libéral du Canada si son nom de famille était différent.

Mais c’est comme ça, a-t-il expliqué pendant une entrevue accordée à La Presse Canadienne.

«Quand je suis arrivé pour ma première journée d’école au Collège Jean-de-Brébeuf les gens avaient des attentes extraordinaires», a-t-il dit à propos de l’école privée montréalaise que son père a fréquentée.

«Que ce soit lorsque je me suis présenté à l’Université McGill, pour commencer une carrière comme professeur ou en entrant dans une salle du conseil de Katimavik, chaque pas que j’ai fait a dû être pris en considérant les attentes.»

«C’est facile de décevoir quelqu’un qui a des attentes élevées. Je dis ouvertement que je travaille très, très fort pour répondre à leurs attentes à mon égard, mais je ne peux leur promettre que je serai porté sur un piédestal et serai en mesure de répondre à toutes les attentes déraisonnables que les gens placent en moi.»

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Destin politique

Justin Pierre James Trudeau, qui prend la barre du Parti libéral du Canada dimanche, serait, selon certains, la première étape dans l’accomplissement d’un destin politique qui semblait être écrit dans le ciel lorsqu’il est devenu le premier fils du premier ministre canadien le jour de Noël 1971.

Son nom est peut-être identique, mais la situation qui incombe à l’ex-professeur de 41 ans est pratiquement incomparable avec celle qu’a vécue son père il y a 46 ans.

Les libéraux formaient régulièrement le gouvernement à la tête du Canada. Pierre Elliott Trudeau, bien qu’il fût relativement nouveau à Ottawa, avait pris part aux nombreuses batailles politiques, notamment la grève de l’amiante à la fin des années 1940 et le débat sur l’indépendance du Québec. Il était considéré comme un intellectuel réputé et avait mis très peu de temps à apposer son nom sur une réforme judiciaire importante à titre de ministre de la Justice dans le gouvernement de Lester Pearson.

Les réalisations du fils sont autrement plus modestes. Élu deux fois député de la circonscription de Papineau au Québec, il s’est démarqué en devenant l’un des orateurs et des collecteurs de fonds les plus importants du parti. Il a également battu le sénateur conservateur Patrick Brazeau dans un combat de boxe, même si son rival était plus jeune et plus puissant que lui. Et, bien sûr, il profite de la popularité qui accompagne sa prestance et son prestigieux nom de famille.

Sa biographie officielle est plutôt mince. Bachelier ès arts de l’Université McGill et Bachelier en Éducation à l’Université de la Colombie-Britannique. Études sociales et professeur de français à l’Académie West Point Grey et à l’école Sir Winston Churchill Secondary à Vancouver.

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Il a présidé le programme Katimavik destiné aux jeunes entre 2002 et 2006, a inauguré en compagnie de son frère Alexandre le Centre Trudeau d’études sur la paix et les conflits à l’Université de Toronto en 2004, et il a animé le prix littéraire Giller en 2006.

Après avoir entamé des études afin d’obtenir une maîtrise ès arts en géographie environnementale, il a abandonné l’école pour entamer sa carrière politique en 2008.

Boxe et yoga

Interrogé sur ses goûts personnels, il a énuméré une panoplie d’éléments populaires, pratiques et surprenants.

Ses films favoris sont ‘La Guerre des étoiles’ et ‘À l’ombre de Shawshank’. Il lit présentement ‘Plutocrats’ de Chrystia Freeland à propos de la tranche d’un pour cent de la population la plus riche et la plus puissante, ‘Lettres à un jeune politicien’ de Lucien Bouchard, et le suspense de Lee Child ‘Die Trying’. Physiquement, il fait du yoga et de la boxe, ce qui convient parfaitement, selon lui, aux politiciens.

Sa personnalité est difficile à cerner. Les Canadiens ne le connaissent pas vraiment, même s’ils reconnaissent le nom. Mais il est davantage qu’un nom.

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«C’est un test Rorschach humain à lui seul. Chacun voit en lui ce qu’il veut voir, a indiqué Darrell Bricker, de la firme Ipsos Global Public. Il est la personnification du changement et si on est un électeur progressif, on veut voir du changement.»

Selon lui, Justin Trudeau représente une menace pour les politiciens de la vieille garde comme Stephen Harper ou Thomas Mulcair, lesquels n’ont, selon lui, aucune crédibilité à titre d’agents du changement.

Marc Lalonde, un ancien conseiller et un ancien ministre de Pierre Trudeau, croit que le fils est différent du père.

«Il ne lui ressemble pas au chapitre de la communication. Son père était charismatique et savait s’y prendre avec une foule mais il pouvait être très réservé, même distant, lorsqu’il faisait des rencontres individuelles. Justin est l’opposé de cela. Il aime se lier aux gens, les écouter et parler avec eux, individuellement, mais il n’est pas capable de captiver une foule comme son père pouvait le faire.»

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