Une exposition de 18 crimes

Sous la direction de Richard Migneault, Crimes au musée, nouvelles, Montréal, Éditions Druide, coll. Reliefs, 2017, 352 pages, 24,95 $.
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Publié 08/10/2017 par Paul-François Sylvestre

Directeur d’école à la retraite, fou de lecture depuis toujours, Richard Migneault s’est recyclé en amant du polar. Après Crimes à la librairie et Crimes à la bibliothèque, il dirige un troisième recueil de nouvelles intitulé Crimes au musée. Dix-huit textes, tous écrits par des femmes de talent de part et d’autre de l’Atlantique.

Les crimes ont lieu dans dix-huit lieux aussi variés que le Musée de la Police parisienne, le Musée d’art contemporain canadien à Toronto, le Musée à ciel ouvert en Turquie, le Musée Grévin, le Musée des beaux-arts de Montréal, le Palais des Doges à Venise, le Kigali Genocide Memorial ou le Musée de l’estampe «dans un tout petit et insignifiant bourg de province».

Impossible de parler de chaque nouvelle, mais sachez qu’elles sont toutes finement ciselées. Je vous en signale quelques-unes, en commençant par L’intérieur de Karine Giebel, où l’auteure s’inspire d’un tableau d’Edgar Degas qui s’intitule justement L’intérieur (1868-1869); il est communément appelé Le Viol, mais Degas n’a jamais accepté ce titre. Comme dans les nouvelles traditionnelles, le punch final est inattendu et fort bien réussi.

Claudia Larochelle situe son intrigue au Musée d’art contemporain canadien, à Toronto, bien que le lieu ait peu d’importance. Sa nouvelle Il faut savoir se salir les mains nous montre comment le crime peut se découvrir dans l’œuvre d’art elle-même, à l’insu des milliers de visiteurs au musée.

Avec Homme à la machette, Geneviève Lefebvre nous plonge dans le génocide au Rwanda. Elle invente un personnage qui a écrit un roman, nous renvoyant presque immanquablement à Un dimanche à la piscine à Kigali, de Gil Courtemanche.

Catherine Lafrance
Catherine Lafrance

L’ancienne chef d’antenne du Téléjournal Ontario, Catherine Lafrance, signe une nouvelle intitulée Le Christ couronné d’épines et campe son intrigue au Musée des beaux-arts de Montréal. Tout ressemble à un crime antisémite, mais Lafrance nous réserve une enquête digne d’un Armand Gamache…

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Andrée A. Michaud situe son action au National Museum américain où on honore la mémoire des mafiosi. Le personnage de Mobsters’ Memories se trouve ni plus ni moins dans un roman à la Raymond Chandler, comme le détective Philip Marlowe. L’auteure tisse allègrement ironie, critique sociale et étude psychologique.

Stéphanie de Mecquenem, elle, fait un clin d’œil au célèbre commissaire Brunetti, dans les romans de Dona Leon, en donnant à son inspecteur le nom de Bruschetti dans la nouvelle intitulée La mystérieuse affaire du codex maya.

C’est peut-être Elena Piacentini qui résume le mieux tous ces crimes au musée. Dans Dentelles et dragons, elle écrit que «le passé est un chiendent que le passage du temps est impuissant à sarcler».

Karine Giebel ajoute, pour sa part, que si certains travaillent pour gagner leur vie, il arrive parfois qu’on doive «travailler pour gagner sa mort».

Auteur

  • Paul-François Sylvestre

    Chroniqueur livres, histoire, arts, culture, voyages, actualité. Auteur d'une trentaine de romans et d’essais souvent en lien avec l’histoire de l’Ontario français. Son site jaipourmonlire.ca offre régulièrement des comptes rendus de livres de langue française.

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