Un pape canadien-français?

Le cardinal Marc Ouellet est considéré «papable»

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à 17h26 HNE, le 11 février 2013.

L’abdication du pape Benoît XVI était à peine annoncée, lundi matin, que déjà le nom du cardinal québécois Marc Ouellet circulait comme potentiel successeur au Saint-Siège.

Actuellement préfet de la Congrégation pour les évêques au Vatican, le cardinal Ouellet, âgé de 68 ans, fait partie de la garde rapprochée de Benoît XVI.

Rapidement, les preneurs de paris britanniques l’ont placé dans le peloton de tête aux côtés des cardinaux Peter Turkson, du Ghana, et Francis Arinze, du Nigeria.

«Décision inspirée»

Benoit XVI, âgé de 85 ans, a annoncé son départ en latin, à l’occasion d’une rencontre avec des cardinaux au Vatican lundi matin. Le devoir d’un pape nécessite «la vigueur du corps et de l’esprit», a-t-il expliqué.

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«C’est une décision inspirée», pense l’abbé Justin Desroches, curé de la paroisse francophone du Sacré-Coeur au centre-ville de Toronto. En entrevue à L’Express, le père Desroches ne se dit «pas vraiment surpris» de la décision du pape: «On en parlait déjà vers la fin du règne de Jean-Paul II quand on le voyait décliner physiquement».

Aux termes «démission», «abdication», «renonciation» pour décrire le geste du souverain pontife, le père Desroches préfère «départ». «Son geste est moderne, positif, et ça ouvre la porte à autre chose», ajoute-t-il, optimiste.

«Ça devrait même se faire tous les 10 ans», lance-t-il. Selon le curé de Toronto, l’Église catholique devrait en effet se remettre en question plus souvent et gagnerait à être plus transparente.

«Le Vatican c’est comme une paroisse», image le père Desroches. «Quand un curé qui est aimé et qui fait du bon travail commence à vieillir, il finit quand même lui aussi par prendre sa retraite.»

Un enseignant exceptionnel

Sébastien Lacroix, agent de communications du Conseil scolaire de district catholique centre-sud (CSDCCS), à Toronto, trouve lui aussi que la décision du pape de quitter ses fonctions est «très courageuse». Il s’exprimait ici en son nom personnel en réponse à une question de L’Express. M. Lacroix a participé à l’organisation de la Journée mondiale de la jeunesse lors de la visite du pape Jean-Paul II à Toronto en 2002.

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Toujours au CSDCCS, Réjean Sirois, le directeur de l’éducation, a rendu hommage à Benoît XVI, qui «a donné sa vie pour l’Église et son peuple. C’est aussi un enseignant exceptionnel qui a voulu manifester toute la beauté et la grandeur de la foi. Nous prions pour lui, pour le cardinal Collins et l’ensemble des cardinaux qui éliront son successeur.»

Le Vatican doit organiser un conclave d’ici le milieu du mois de mars, juste avant Pâques. Les cardinaux qui ont le droit de voter, soit ceux âgés de moins de 80 ans, sont alors séquestrés au Vatican et font un serment de confidentialité. Il y a présentement 118 cardinaux éligibles, dont 67 nommés par Benoît XVI.

Lors du conclave dans la chapelle Sixtine, une majorité des deux tiers est requise pour qu’un nouveau pape soit élu. Benoît XVI est revenu à cette règle des deux tiers en 2007, renversant une décision prise en 1996 par Jean Paul II, qui avait déclaré qu’une majorité simple pouvait être acceptée après environ 12 jours de votes non concluants.

Le dernier pape à avoir abdiqué était Grégoire XII, qui avait quitté ses fonctions en 1415 pour mettre fin au grand schisme d’Occident né de la rivalité entre différents prétendants à la papauté. Tous les autres papes sont demeurés en fonction jusqu’à leur décès.

Marc Ouellet?

La perspective de l’élévation du cardinal Ouellet à la papauté fait beaucoup jaser au pays. À la paroisse Sacré-Coeur comme au CSDCCS, on imagine que cela contribuerait à dynamiser l’Église catholique chez nous.

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«Oui, ce serait excitant, mais tout dépend évidemment de la direction que prendra l’Église sous le nouveau pape», nuance le père Desroches, qui se définit volontiers comme un «moderniste», alors que la plupart des commentateurs ont qualifié le cardinal Ouellet – comme d’ailleurs les deux derniers papes – de «conservateurs».

Le curé de la paroisse du Sacré-Coeur reconnaît que l’Église catholique fait face à la «concurrence» de nouvelles églises évangéliques encore plus conservatrices, chez nous comme dans les pays en développement. En même temps qu’elle souhaite rester pertinente dans le monde moderne, l’Église tente donc aussi de garder ses fidèles qui sont motivés par la quête d’une boussole morale.

Guidés par l’Esprit-Saint

Dans une entrevue accordée en avril dernier à l’organisation de presse catholique Sel et Lumière, le cardinal Ouellet avait indiqué ne pas s’imaginer pape un jour, en raison de toutes les responsabilités que cela implique.

«Mais d’un autre côté, je crois que l’Esprit-Saint aidera les cardinaux à choisir un bon leader pour l’avenir de l’Église catholique», avait-il ajouté.

Marc Ouellet est né à La Motte, en Abitibi, en 1944. Le père Benoît Lacroix l’a fréquenté au fil des ans.

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«Sa famille, ce sont des gens de la terre, très près du concret, soutient le père Lacroix qui est également historien. Le cardinal Ouellet me paraissait plus près des études, c’est celui qui pense, qui réfléchit beaucoup. Cette coupure m’a toujours surpris.»

L’évêque du diocèse de Saint-Jean — Longueuil, Mgr Lionel Gendron, parle d’une famille tissée serrée. «Sa mère est la personne la plus chaleureuse que je connaisse. Le cardinal Ouellet a aussi cette qualité, mais certaines personnes n’ont pas encore découvert cet aspect de sa personnalité», mentionne-t-il.

Mgr Gendron raconte d’ailleurs que Marc Ouellet va rendre visite à sa mère chaque hiver en Abitibi et qu’il chausse encore ses patins pour disputer des parties de hockey avec ses neveux.

Hockey, lettres, langues

Grand amateur de hockey, ce serait d’ailleurs lorsqu’il soignait une blessure qui l’empêchait de sauter sur la glace, alors qu’il était adolescent, qu’il aurait décidé de devenir prêtre.

Homme de lettres et docteur en théologie, Marc Ouellet parle six langues. Conservateur avoué, son ascension au sein de l’Église catholique québécoise s’est terminée par un passage houleux à la tête de l’archevêché de Québec de 2002 à 2010.

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Il s’était alors posé en grand défenseur des positions dictées par le Vatican, allant jusqu’à affirmer que l’avortement était un crime même en cas de viol.

«L’expérience de Québec n’a pas été un succès ni auprès du clergé ni auprès du peuple», rappelle le père Lacroix qui estime que Marc Ouellet n’est jamais parvenu à «s’ajuster» à l’évolution du Québec après un séjour prolongé en Amérique latine.

Le professeur de théologie Jean-Claude Breton, de l’Université de Montréal, raconte même que certains membres du clergé de Québec lui auraient dit, sourires en coin, qu’ils étaient prêts à se «sacrifier» si Rome désirait l’appeler.

Un souhait qui fut exaucé en 2010 lorsque le pape Benoît XVI l’a promu préfet de la Congrégation pour les évêques et président de la Commission pontificale pour l’Amérique latine.

Résultats mitigés au Québec

«Il y a une expression en italien qui dit « on donne une promotion pour déplacer quelqu’un », fait valoir M. Breton. Dans le fond, c’est ce qui est arrivé, on lui a donné une promotion à Rome mais on lui a enlevé une charge qu’il ne parvenait pas à relever à Québec.»

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Son successeur à l’archevêché de Québec, Mgr Gérald Cyprien Lacroix, soutient qu’il n’a pas de parti pris en faveur de Marc Ouellet pour diriger l’Église catholique.

«Prions pour que le meilleur soit choisi. Si c’est Marc Ouellet, bravo. Si c’en est un autre, bravo!», a-t-il dit, soulignant faire confiance au collège des cardinaux.

«Ici au Canada, on pense beaucoup au cardinal qu’on connaît. En Colombie, ils pensent à leur cardinal et aux Philippines à leur cardinal», a-t-il fait valoir.

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