Syrie: les enquêteurs de l’ONU attaqués par des tireurs

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à 08h55 HAE, le 26 août 2013.

DAMAS, Syrie – Un véhicule appartenant aux experts des Nations unies qui doivent enquêter sur une attaque chimique présumée en Syrie a été attaqué par des tireurs embusqués, lundi.

Un porte-parole du secrétaire général de l’ONU, Martin Nesirky, a expliqué que le véhicule a été attaqué dans la zone-tampon qui sépare le secteur gouvernemental de celui contrôlé par l’insurrection.

Il a ajouté que les enquêteurs comptent retourner sur place après avoir remplacé leur véhicule.

L’équipe onusienne prévoit visiter les banlieues de Damas où une attaque chimique aurait fait des centaines de morts la semaine dernière.

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Le président Bachar el-Assad continue à nier que son régime ait utilisé de telles armes pour tenter d’écraser l’insurrection, mais les États-Unis estiment dorénavant qu’il y a peu de doutes que le régime soit responsable de l’attaque du 21 août, qui est survenue dans la banlieue orientale de la capitale.

Le groupe humanitaire Médecins sans frontières affirme que 355 personnes ont été tuées quand l’armée syrienne a pilonné le quartier, notamment à l’aide de gaz toxiques.

L’Observatoire syrien des droits de la personne, à Londres, affirme que le quartier est plutôt tranquille depuis dimanche soir, après avoir été le théâtre d’une vaste offensive au cours de la dernière semaine.

Un militant dans la banlieue orientale de Saqba a indiqué que les enquêteurs onusiens devraient visiter le secteur lundi, sous la protection d’un groupe rebelle qui compte des milliers de combattants dans la région.

Dans une entrevue publiée lundi par le quotidien russe Izvestia, le président Assad affirme que les accusations portées contre ses soldats sont motivées politiquement. Il a ajouté qu’il serait illogique d’attaquer un tel secteur à l’arme chimique, puisqu’il n’existe pas de ligne de front claire entre les insurgés et les soldats.

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Pour sa part, le ministre britannique des Affaires étrangères, William Hague, a déclaré à la BBC qu’une intervention militaire en Syrie est possible, même en l’absence d’un accord unanime au sein du Conseil de sécurité des Nations unies. M. Hague a accusé le Conseil de sécurité de ne pas s’acquitter de ses responsabilités, estimant que des désaccords entre les cinq membres permanents retardent depuis trop longtemps une intervention en Syrie.

Son homologue français, Laurent Fabius, a promis une «réponse proportionnée» à l’attaque chimique présumée. Il a ajouté que toutes les options sont sur la table. La Turquie a annoncé son intention de se joindre à une éventuelle coalition internationale pour frapper le régime Assad, si l’ONU n’arrive pas à s’entendre sur des sanctions contre la Syrie.

Le président Barack Obama a rencontré samedi son équipe de sécurité nationale pour étudier les prochaines étapes que les États-Unis pourraient entreprendre face au conflit en Syrie.

D’importants membres du cabinet israélien ont réclamé dimanche une intervention américaine après l’attaque alléguée à l’arme chimique. Le premier ministre Benyamin Nétanyahou a déclaré à ses ministres que la situation ne pouvait plus continuer ainsi.

La ministre de la Justice, Tzipi Livni, a affirmé à la radio qu’une réponse américaine à l’attaque alléguée aux armes chimiques en Syrie permettrait de dissuader d’autres attaques du même genre dans l’avenir, mais pourrait aussi avoir des conséquences pour la sécurité d’Israël.

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Un commandant de l’armée iranienne a mis Washington en garde contre une intervention dans la guerre en Syrie. Le général Masoud Jazayeri, cité dimanche par l’agence de presse Fars, a déclaré que «franchir cette ligne rouge aurait de graves conséquences pour la Maison-Blanche». L’Iran est l’un des principaux appuis internationaux du régime syrien, avec la Russie.

Les forces navales américaines postées en Méditerranée se sont rapprochées de la Syrie au cours des derniers jours. Des responsables de la Défense ont déclaré à l’Associated Press que la marine avait envoyé un quatrième navire de guerre armé de missiles balistiques dans l’est de la Méditerranée, sans toutefois avoir donné d’ordres immédiats en vue d’une attaque en Syrie.

Les navires de guerre américains peuvent entreprendre toute une série d’actions, notamment lancer des missiles de croisière Tomahawk.

La guerre syrienne déborde au Liban

Au Liban voisin, l’armée affirmait vendredi avoir saisi un camion contenant une quantité énorme des masques à gaz dans le village de Kfeir, dans le sud-est du pays, près de la frontière avec la Syrie. On ne sait pas à qui étaient destinés les masques.

Par ailleurs, deux puissantes explosions survenues vendredi devant des mosquées sunnites ont fait au moins 29 morts à Tripoli, une ville du nord du Liban. Le ministère libanais de la Santé ajoute que 350 personnes ont aussi été blessées et que les dommages matériels sont considérables.

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Les images diffusées par les médias locaux montraient une colonne de fumée grise épaisse s’élevant dans le ciel de la ville, évoquant les pires épisodes de la guerre civile qui a déchiré le pays entre 1975 et 1990.

Les explosions surviennent alors que le Liban est divisé entre les partisans des rebelles syriens et ceux du régime de Bachar el-Assad. Tripoli a déjà été le théâtre d’affrontements entre sunnites et alaouites, une branche de l’Islam à laquelle appartient le président syrien. C’est la première fois que des explosions ciblent des quartiers sunnites, ce qui risque d’aviver encore davantage les tensions sectaires.

L’attentat n’a pas encore été revendiqué.

Combats près de Damas

Les combats de vendredi près de Damas marquaient la troisième journée d’une offensive lancée par le régime de Bachar el-Assad. Le secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon, a demandé au gouvernement de permettre à des enquêteurs onusiens de visiter le quartier touché.

Il a aussi annoncé l’envoi de la Secrétaire générale adjointe aux affaires de désarmement, Angela Kane, en Syrie pour tenter d’obtenir l’ouverture d’une enquête.

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Pour sa part, la Russie a réclamé une enquête indépendante sur l’attaque chimique présumée. Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergeï Lavrov, a indiqué avoir discuté du dossier au téléphone avec son homologue américain, John Kerry.

Par ailleurs, deux agences onusiennes ont annoncé vendredi que plus d’un million d’enfants ont maintenant fui le conflit syrien, représentant plus de moitié des deux millions de réfugiés en provenance du pays.

Unicef Canada a rappelé par voie de communiqué que cela représente un plus grand nombre d’enfants que tous les enfants de la Colombie-Britannique.

«Ce millionième enfant réfugié n’est pas qu’une autre statistique. C’est un enfant en chair et en os qui a quitté sa maison, qui est peut-être même séparé de sa famille, et qui est témoin d’horreurs dont nous commençons à peine à comprendre l’ampleur», a déclaré le directeur général de l’UNICEF, Anthony Lake.

«Ce qui est en jeu n’est rien de moins que la survie et le bien-être d’une génération d’enfants. Les jeunes de la Syrie perdent leur maison, des membres de leur famille et leur avenir. Même après avoir franchi une frontière afin d’être en sécurité, ils sont traumatisés, déprimés, et ont besoin d’une raison de garder espoir », a ajouté António Guterres, le Haut-commissaire des Nations Unies pour les réfugiés.

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Plus de 3500 enfants syriens sont arrivés au Liban, en Irak ou en Jordanie seuls ou séparés de leurs familles, selon les chiffres de l’ONU.

Le gouvernement nie

Le gouvernement syrien nie systématiquement avoir eu recours à des armes chimiques dans le quartier de Ghouta mercredi. Les États-Unis, le Royaume-Uni et la France ont demandé à ce que des experts onusiens déjà en Syrie puissent se rendre immédiatement sur place.

Plusieurs bilans de l’attaque de mercredi ont été publiés, allant de 136 morts à plus de 1300. L’Observatoire syrien des droits de la personne, à Londres, n’était pas en mesure de dire si l’attaque de jeudi a fait des victimes. Des avions de chasse ont pilonné des banlieues orientales et occidentales de la capitale.

De nombreux enfants semblent avoir été tués mercredi, selon ce que montrent des images mises en ligne par l’insurrection. L’Unicef s’est déclarée profondément troublée par ces présumées attaques contre des populations civiles.

Un militant syrien a indiqué à l’Associated Press, par le biais de Skype, que les corps des victimes ont été rapidement enterrés, parfois dans des fosses communes et sans avoir été identifiés, par crainte qu’ils ne commencent à se décomposer.

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«Des gestes aussi horribles devraient rappeler à tous les participants et à tous ceux qui les influencent que ce conflit terrible dure depuis trop longtemps et que les enfants ont assez souffert, a indiqué l’Unicef par voie de communiqué. Les enfants doivent être protégés, et ceux qui ne les protègent pas devront un jour rendre des comptes.»

À New York, le Conseil de sécurité des Nations unies a demandé «une enquête complète, impartiale et rapide» pour faire la lumière sur les plus récentes allégations d’attaques chimiques en Syrie.

Jeudi, la télévision officielle syrienne a cité un représentant anonyme du ministère des Affaires étrangères selon qui une visite de l’équipe onusienne à Ghouta nécessiterait une entente entre le gouvernement syrien et l’ONU.

La France, de son côté, a évoqué un recours à la force en Syrie si le régime Assad a utilisé des armes chimiques, tandis que la Turquie affirmait que plusieurs lignes rouges ont été franchies.

«Nous avons besoin d’une réaction de la communauté internationale (…) une réaction par la force», a dit le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius. Il a toutefois exclu l’envoi de soldats sur le sol et a refusé de dire quelles autres mesures pourraient être prises.

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Un ministre israélien, Yuval Steinitz, a déclaré que les services du renseignement de son pays croient qu’une attaque chimique a eu lieu et a semblé pointer du doigt le gouvernement.

En Allemagne, les ministres allemand et turc des Affaires étrangères ont demandé à la Syrie de permettre aux enquêteurs de l’ONU de faire leur travail. La Turquie a aussi appelé à de nouvelles sanctions.

Témoignages

De nombreux enfants semblent avoir été tués mercredi, selon ce que montrent des images mises en ligne par l’insurrection. L’Unicef s’est déclarée profondément troublée par ces présumées attaques contre des populations civiles.

Un militant syrien a indiqué à l’Associated Press, par le biais de Skype, que les corps des victimes ont été rapidement enterrés, parfois dans des fosses communes et sans avoir été identifiés, par crainte qu’ils ne commencent à se décomposer.

Des images troublantes de l’attaque présumée ont commencé à faire surface. Elles montrent les corps pâles et inanimés d’enfants alignés sur le sol d’hôpitaux improvisés, pendant que d’autres victimes reçoivent de l’oxygène et sont soignées par des ambulanciers. Il n’y a ni sang ni blessures visibles sur leurs corps.

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Un militant de l’opposition, pharmacien à Arbeen, a déclaré à l’Associated Press lors d’une entrevue par Skype avoir soigné des dizaines de personnes mercredi à Zamalka et Ein Tarma. Selon lui, les corps de 63 personnes tuées portaient des traces d’attaque chimique, même s’il n’était pas en mesure de le confirmer avec certitude.

«Ils avaient de l’écume à la bouche, leurs pupilles étaient contractées, et ceux qui sont arrivés toujours vivants étaient incapables de respirer et ont fini par mourir», a déclaré Abou Ahmad (nom fictif). «La peau autour de leurs yeux et de leur nez était grisâtre.»

Il a dit avoir été informé par des militants de Zamalka que 200 autres personnes y avaient été tuées mercredi.

Le régime syrien posséderait l’un des plus importants arsenaux d’armes chimiques au monde, notamment du gaz moutarde et du gaz sarin. Le gouvernement syrien refuse de confirmer ou d’infirmer ces allégations.

En juin, les États-Unis avaient annoncé posséder des preuves concluantes montrant que le régime de Bachar el-Assad avait utilisé des armes chimiques contre les forces de l’opposition. Ce franchissement de la «ligne rouge» établie par l’administration Obama avait poussé le gouvernement américain à décider de fournir des armes à l’opposition, même si un tel transfert n’a pas encore eu lieu.

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