Syrie: les députés britanniques disent non à une intervention

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à 20h09 HAE, le 29 août 2013.

LONDRES – Les députés britanniques ont voté contre une intervention militaire en Syrie, jeudi soir, infligeant une surprenante défaite au premier ministre David Cameron, qui semblait sur le point de se lancer dans une offensive avec les États-Unis et d’autres pays pour punir le régime syrien après la présumée attaque chimique de la semaine dernière près de Damas.

Le gouvernement a perdu le vote par seulement 13 voix. Le vote n’était pas contraignant, mais en pratique, l’opposition des députés signifie que M. Cameron a maintenant les mains liées.

Dans une déclaration laconique devant le Parlement, le premier ministre a affirmé qu’il était maintenant clair que les Britanniques ne veulent pas s’engager dans une opération militaire en Syrie. Il a déclaré que même s’il croyait à une «réponse forte» à l’attaque chimique, il respecterait la volonté de la Chambre des communes et de la population.

Intérêts américains

Réagissant à ce vote, en soirée, la Maison-Blanche a annoncé que la décision que prendra le président Barack Obama quant à une éventuelle intervention militaire américaine en Syrie tiendra compte des meilleurs intérêts du pays, laissant sous-entendre que les États-Unis pourraient agir seuls si d’autres nations ne veulent pas aider.

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Selon Caitlin Hayden, porte-parole du Conseil de sécurité nationale, M. Obama croit que des intérêts américains de grande importance sont en jeu en Syrie. Elle a ajouté que les pays qui transgressent les normes internationales sur les armes chimiques doivent être tenus responsables.

Le dénouement survenu à Londres porte un dur coup aux efforts du président américain de former une coalition internationale afin de mener une frappe en Syrie.

De plus, les rapports des services de renseignement américains établissant un lien entre le régime syrien et l’attaque chimique de la semaine dernière près de Damas n’ont rien de certain.

Des questions persistent notamment sur l’identité de ceux qui contrôlent les dépôts d’armes chimiques, et sur le fait que le président Bachar el-Assad ait personnellement ordonné la frappe qui aurait fait des centaines de morts.

Le président Obama a déclaré mercredi que le gouvernement syrien était responsable de l’attaque. Néanmoins, plusieurs responsables américains ont affirmé au cours des derniers jours qu’il n’y avait rien de certain dans les rapports des services de renseignement.

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Un rapport du Bureau du directeur du renseignement national affirme que les forces gouvernementales syriennes sont probablement responsables de l’attaque chimique du 21 août, tout en soulignant les failles des informations obtenues par les États-Unis. Les commissions du Congrès concernées ont été informées sur ce rapport jeudi, ont indiqué des responsables.

Niveau de certitude

Un rapport de trois pages publié jeudi par le gouvernement britannique affirme qu’il y a «un ensemble de preuves limité mais grandissant» blâmant le régime syrien pour l’attaque. Et même si les autorités britanniques ne savent pas pourquoi le régime a mené une telle attaque, le rapport affirme qu’«aucun renseignement crédible» ne prouve que les rebelles aient obtenu ou utilisé des armes chimiques.

Questionné par les députés à la Chambre des communes, le premier ministre David Cameron a utilisé plusieurs termes pour décrire le niveau de certitude face à la responsabilité du régime syrien, allant de «au-delà de tout doute» à «aussi sûr que possible».

«Nous avons un régime qui a utilisé des armes chimiques à 14 reprises, qui est le plus probablement responsable de cette attaque de grande ampleur et qui, si rien n’est fait, conclura qu’il peut utiliser ces armes encore et encore, à une plus grande échelle et en toute impunité», a-t-il affirmé.

Tout comme le rapport britannique, le rapport américain, qui n’a toujours pas été rendu public, affirme «avec un haut degré de confiance» que le gouvernement syrien est responsable de l’attaque dans les banlieues de Damas, selon un haut responsable américain qui a lu le document.

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Des responsables du renseignement américain ont souligné qu’il ne pouvaient déterminer avec exactitude où se trouvent les stocks d’armes chimiques en Syrie. Le régime pourrait avoir décidé de les déplacer au cours des derniers jours. Cette incertitude signifie que d’éventuelles frappes de missiles contre les infrastructures militaires pourraient toucher des stocks cachés d’armes chimiques, provoquant accidentellement une nouvelle attaque chimique mortelle.

Depuis six mois, avec le déplacement des lignes de front et les renseignements fragmentaires émanant de la Syrie, les États-Unis et les pays alliés ont perdu la trace de ceux qui contrôlent certains dépôts d’armes chimiques, selon un haut responsable du renseignement américain et trois autres responsables au courant des informations partagées par la Maison-Blanche.

Les satellites américains ont pris des images montrant des soldats syriens déplaçant des camions vers des entrepôts de stockage et déplaçant du matériel, mais les analystes n’ont pas été en mesure de déterminer ce qui a été déplacé, ni vers quel endroit.

Les services de renseignement ont par ailleurs intercepté des conversations entre des responsables militaires syriens discutant de l’attaque chimique, mais il ne s’agissait que de responsables secondaires, et rien n’indique qu’un proche collaborateur du président El-Assad ou un commandant de l’armée soit impliqué, d’après les responsables.

Les autorités américaines ne sont donc pas en mesure de dire avec certitude si l’attaque chimique a été ordonnée par le président syrien, ni même si elle a été menée par les forces gouvernementales, ont indiqué les responsables.

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La Maison-Blanche tente d’obtenir des renseignements qui établiraient un lien clair entre le régime et l’attaque, afin d’exclure la possibilité qu’un élément incontrôlable au sein de l’armée syrienne ait agi sans l’autorisation de ses supérieurs ou du gouvernement.

Tous les responsables ont réclamé l’anonymat parce qu’ils n’étaient pas autorisés à discuter publiquement du dossier syrien.

ONU

Plus tôt jeudi, les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU se sont réunis pour la deuxième fois en deux jours, mais la rencontre a pris fin rapidement, sans aucun signe d’accord face à la crise en Syrie.

La réunion s’est terminée après moins d’une heure. Les ambassadeurs de la Chine, de la France, du Royaume-Uni, de la Russie et des États-Unis sont sortis de la salle les uns après les autres, sans s’adresser aux journalistes.

Un diplomate occidental, qui a réclamé l’anonymat parce que les discussions se sont déroulées à huis clos, a précisé que la réunion avait été convoquée par la Russie. La mission russe à l’ONU a refusé de commenter l’information.

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La Russie reste fermement opposée à une intervention militaire, affirmant qu’aucune preuve ne montre la responsabilité du régime syrien dans cette présumée attaque.

Le Royaume-Uni, les États-Unis et la France blâment le régime syrien pour la présumée attaque chimique du 21 août dans les banlieues de Damas. Selon Médecins sans frontières, au moins 355 personnes ont été tuées. Le gouvernement syrien nie toute implication, attribuant la faute aux rebelles.

Le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, a appelé les pays occidentaux à repousser toute décision sur une intervention en Syrie jusqu’à ce que les inspecteurs de l’ONU présentent les conclusions de leur enquête sur l’attaque chimique.

En France, le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, a déclaré que les forces armées françaises étaient «en position de répondre aux demandes et requêtes du président» s’il décide de participer à une opération en Syrie.

François Hollande a rencontré jeudi le chef de l’opposition syrienne, mais il n’est pas allé jusqu’à annoncer le début d’une intervention militaire en Syrie. M. Hollande n’a pas besoin d’obtenir l’appui de l’Assemblée nationale pour lancer une opération militaire.

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Les autorités françaises ont refusé de commenter les informations voulant qu’une frégate ait quitté le sud de la France pour se diriger vers la Syrie afin de participer à une éventuelle opération militaire.

Le président syrien a haussé le ton jeudi face aux pays occidentaux, affirmant que la Syrie avait l’intention de se défendre contre toute agression. Ses commentaires ont été publiés par l’agence de presse syrienne SANA.

«Les menaces de lancer une agression directe contre la Syrie rendront (le pays) encore plus convaincu de ses principes bien établis et de la souveraineté de ses décisions, qui émanent de la volonté de son propre peuple, et la Syrie se défendra contre toute agression», a déclaré Bachar el-Assad.

Voisins

La menace de frappes internationales contre la Syrie sème l’inquiétude dans les pays voisins.

En Israël, de longues files se sont formées devant les centres gouvernementaux de distribution de masques à gaz, tandis que l’armée a rappelé des centaines de réservistes.

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En Turquie, les responsables du centre de gestion des crises ont désigné des abris d’urgence dans sept secteurs le long de la frontière. Une centaine d’experts en armes chimiques ont été déployés dans la région frontalière pour surveiller tout signe d’attaque chimique.

Au Liban, le ministre des Affaires étrangères, Adnan Mansour, a prévenu qu’une opération militaire internationale contre la Syrie représenterait une «menace sérieuse» pour la sécurité et la stabilité de la région, et en particulier du Liban.

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