Pakistan: accord pour mettre fin au «sit-in» dans la capitale


15 janvier 2013 à 11h31

à 14h42 HNE, le 17 janvier 2013.

ISLAMABAD – Les autorités pakistanaises ont conclu un accord, jeudi soir, avec le leader religieux qui tenait depuis quatre jours un «sit-in» dans la capitale avec des milliers de manifestants antigouvernementaux.

Tahir ul-Qadri, qui détient la citoyenneté canadienne, a obtenu une popularité nationale après son retour au Pakistan, à la fin de 2012.

Il a galvanisé les foules avec son message, selon lequel les politiciens pakistanais sont des voleurs corrompus qui se soucient plus de s’enrichir que de s’attaquer aux problèmes pressants du pays, comme les pannes d’électricité récurrentes, le taux de chômage élevé et les attaques des extrémistes islamistes.

Il réclamait la démission du gouvernement et son remplacement par une administration intérimaire soutenue par l’armée, ainsi qu’une réforme de la loi électorale.

L’accord a été conclu après des heures de négociation dans le conteneur à l’épreuve des balles où se trouvait M. Qadri à Islamabad.

Les milliers de manifestants qui campaient depuis quatre jours dans la principale avenue de la capitale ont crié et dansé quand M. Qadri a annoncé de son conteneur qu’il avait conclu un accord avec le gouvernement.

Le gouvernement a accepté de dissoudre l’Assemblée nationale 90 jours avant la date des élections, soit avant la fin de son mandat à la mi-mars, selon un membre de l’équipe de négociation. Ce délai permettra de s’assurer que les candidats sont véritablement éligibles aux élections, a dit ce responsable.

Le gouvernement a aussi accepté que l’administration intérimaire, qui dirige habituellement le pays avant les élections, soit choisie après la consultation de tous les partis, a indiqué le négociateur.

Une déclaration présentant l’accord entre le gouvernement et Tahir ul-Qadri a été signée par le premier ministre, Raja Pervaiz Ahraf, et par de hauts responsables gouvernementaux qui faisaient partie de l’équipe de négociation, d’après un responsable du bureau du premier ministre.

Tous les responsables ont réclamé l’anonymat parce qu’ils n’étaient pas autorisés à s’adresser aux médias.

Par ailleurs, le plus haut tribunal du Pakistan a ordonné, mardi, l’arrestation du premier ministre en lien avec une affaire de corruption, le plus récent épisode d’affrontement entre le gouvernement et le système judiciaire. Dès jeudi, cependant, la Cour semblait accepter de suspendre cette procédure.

L’ordre de la Cour suprême contre le premier ministre Raja Pervaiz Ahraf est lié à une affaire impliquant des centrales énergétiques privées destinées à alimenter le Pakistan en électricité. Les juges enquêtent sur des allégations voulant que le processus d’appel d’offres ait été entaché de corruption.

Le juge en chef de la cour, Iftikhar Chaudry, a ordonné l’arrestation de 16 personnes mises en cause dans cette affaire, dont M. Ashraf, qui a déjà été ministre de l’Eau et de l’Énergie, selon l’ordonnance du tribunal.

Un conseiller de M. Ashraf, Fawad Chaudry, a déclaré que toute tentative d’arrêter le premier ministre serait inconstitutionnelle puisqu’il bénéficie de l’immunité judiciaire pendant toute la durée de ses fonctions.

«Nous considérons qu’il s’agit d’un coup d’État judiciaire qui s’inscrit dans le cadre d’un plan plus large pour faire dérailler la démocratie», a dit M. Chaudry.

La Cour suprême a affronté le gouvernement à plusieurs reprises au cours de la dernière année, en particulier au sujet d’un vieux dossier de corruption contre le président Asif Ali Zardari en Suisse. La cour a condamné le prédécesseur de M. Zardari, Yousuf Raza Gilani, pour outrage au tribunal pour son refus de rouvrir le dossier et l’a démis de ses fonctions.

Les juges ont aussi fait pression sur M. Ashraf, et le gouvernement a finalement accepté de demander à la Suisse d’aller de l’avant dans le dossier. Mais les autorités suisses ont indiqué en privé qu’elles n’avaient pas l’intention de poursuivre M. Zardari parce qu’il bénéficie de l’immunité judiciaire pendant toute la durée de sa présidence.

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