Obama réélu


6 novembre 2012 à 10h51

10 nov 2012 10h45

Barack Obama a été réélu à la présidence des États-Unis mardi soir, au terme d’une lutte très serrée contre son adversaire républicain Mitt Romney. Le président sortant aura donc réussi à surmonter la faiblesse de l’économie et le taux de chômage élevé qui ont plombé son premier mandat.

Barack Obama devient ainsi le premier président sortant à être réélu avec un taux de chômage supérieur à 7,4 pour cent depuis Franklin D. Roosevelt dans les années 1930.

L’attention portée par l’équipe Obama aux États considérés comme décisifs lui aura permis d’obtenir les 270 grands électeurs requis pour remporter la présidence. Le président a scellé sa victoire en Ohio, au Wisconsin, en Virginie, en Iowa, au New Hampshire, au Colorado et au Nevada, sept des neuf États considérés comme décisifs pour remporter la Maison-Blanche.

332 à 206

Après l’annonce des résultats dans 49 États et le District de Columbia, le président sortant avait amassé 303 grands électeurs, contre 206 pour le candidat républicain. Les 29 votes de la Floride n’ont été accordés à Obama que jeudi matin.

Mais la division du gouvernement américain va se poursuivre. Les démocrates ont gardé le contrôle du Sénat, tandis que les républicains ont maintenu leur majorité à la Chambre des représentants.

Les partisans de Barack Obama à Chicago et à travers le monde ont explosé de joie quand sa victoire a été annoncée, vers 23 h 30.

« C’est grâce à vous. Merci », a écrit Barack Obama sur Twitter à l’intention de ses partisans dans les minutes qui ont suivi l’annonce de sa réélection.

Le meilleur est à venir

C’est sous les airs d’une pièce de Stevie Wonder, « Signed, Sealed, Delivered », et les applaudissements nourris de ses supporters que M. Obama s’est présenté sur la scène du Centre des congrès de Chicago, peu après 1 h 30, pour prononcer son discours de victoire.

« Ce soir, lors de cette élection, vous, le peuple américain, nous rappelez que même si nos routes ont été cahoteuses, que nos parcours ont été longs, nous nous sommes pris en main, nous avons combattu, et nous savons, au plus profond de nos coeurs, que le meilleur est à venir pour les États-Unis », a lancé le candidat victorieux à une foule survoltée.

Mitt Romney a concédé sa défaite lors d’un appel à Barack Obama, a déclaré un proche collaborateur du président, avant de s’adresser à ses supporters peu avant 1 h, mercredi matin.

« L’Amérique vit une époque de grands défis », a déclaré un Mitt Romney calme et digne après avoir attendu une bonne heure avant de concéder la victoire à son rival. « Je prie pour que le président réussisse à guider notre nation. »

Message de Harper

Peu après 1 h mercredi matin, Stephen Harper, qui se trouve en visite officielle en Inde, a transmis ses félicitations à Barack Obama.

« La relation entre le Canada et les États-Uis est l’une des plus étroites et des plus étendues qui existe dans le monde. Depuis quatre ans, le président et moi avons travaillé à plusieurs importantes initiatives bilatérales pour créer des emplois et de la croissance économique dans nos deux pays », a déclaré le premier ministre, dans un communiqué de presse.

« Je me réjouis de travailler avec l’administration Obama au cours des quatre prochaines années, à trouver des moyens d’accroître le commerce et l’investissement entre nos pays. (…) Je me réjouis aussi de continuer à travailler avec le président Obama à des dossiers pressants en rapport avec l’économie mondiale, ainsi qu’aux problèmes de sécurité, comme ceux qui concernent l’Iran et la Syrie. »

51 à 48

Les deux candidats sont restés à quasi égalité dans le vote populaire, comme l’indiquaient les sondages des dernières semaines. Mitt Romney a obtenu 59,1 millions de votes (48%) contre 62,6 millions de vote (51%) pour Barack Obama.

Le taux de participation est cependant plus faible qu’en 2008, Romney obtenant près d’1 millions de voix de moins que le républicain John McCain en 2008, tandis qu’Obama a perdu près de 7 millions d’électeurs par rapport à 2008.

Les électeurs américains étaient invités à choisir entre deux visions très différentes de leur pays et de leur gouvernement.

Selon des sondages menés à la sortie des urnes, l’économie était considérée comme une priorité par environ 60 pour cent des électeurs. Mais une majorité de sondés ont estimé que l’ancien président George W. Bush était davantage responsable de la situation économique actuelle que Barack Obama après quatre ans de présidence.

Plus de 45 millions d’Américains ont voté par anticipation. Les électeurs qui ont choisi de se rendre aux urnes mardi ont été confrontés à un certain nombre de problèmes, en particulier dans les États-pivots.

Les électeurs de certains États comme la Floride, la Virginie et le Wisconsin ont attendu de longues heures après la fermeture des bureaux de vote pour glisser leur bulletin dans l’urne. Les trois États permettaient aux électeurs de voter s’ils étaient déjà présents dans la file à l’heure de fermeture des bureaux de vote.

Diversité

Barack Obama et Mitt Romney ont fait des paris très différents sur les Américains qui se rendraient aux urnes cette année. Le président sortant s’est montré apparemment plus perspicace en misant sur un électorat reflétant la diversité d’un pays changeant, tandis que son adversaire républicain a recherché le soutien d’un électorat plus blanc et plus âgé, et a perdu.

Les jeunes électeurs, ainsi que les minorités, se sont rendus aux urnes à des niveaux proches de ceux sur lesquels M. Obama avait pu compter en 2008. Les républicains semblent avoir parié à tort sur un corps électoral plus monolithique qui les aurait conduits à la Maison-Blanche, et ils avaient tout misé sur cette hypothèse.

Le résultat a révélé un problème crucial pour les républicains: s’ils n’élargissent pas leur électorat, ils ne progresseront pas. Et cela présage des changements qui pourraient à terme leur faire perdre des États qui ont toujours été leurs bastions.

« Clairement, quand vous regardez les électeurs afro-américains et latinos, ils ont voté à une écrasante majorité pour le président », note Joe Stineman, un stratège républicain de l’Iowa. « Et c’est certainement une lacune qui va demander beaucoup d’attention des républicains. »

Le discours tenu par les électeurs interrogés dans le cadre des sondages réalisés à la sortie des urnes mardi a reflété la même tendance qu’il y a quatre ans, quand Barack Obama avait fait voler en éclats les barrières du vote des minorités et convaincu les jeunes électeurs d’aller voter d’une manière inédite pour un candidat à la présidentielle depuis plusieurs générations.

Blancs, noirs, hispanos

Les électeurs blancs ont représenté 72 pour cent de l’électorat de mardi, moins qu’il y a quatre ans, alors que l’électorat noir est resté stable, à 13 pour cent, les électeurs hispanophones passant pour leur part de 9 à 10 pour cent. Les républicains pensaient que les difficultés économiques de ces trois dernières années et l’absence de l’effet de nouveauté dont avait profité Barack Obama en 2008 conduiraient à éroder le soutien des électeurs noirs, peut-être suffisamment pour faire la différence dans une élection serrée.

« Les républicains disaient depuis des mois que le soutien des Noirs à Barack Obama diminuerait », remarque Paul Maslin, un enquêteur électoral du Parti démocrate. « Et que s’est-il passé? Quand les Afro-Américains ont eu l’occasion de le soutenir, ils sont venus en masse. »

Barack Obama s’est imposé en 2008 en remportant plusieurs États longtemps détenus par les républicains, dont la Caroline du Nord, la Virginie et l’Indiana. Si Mitt Romney a facilement raflé l’Indiana et enlevé de justesse la Caroline du Nord, le fait que le président sortant ait conservé la Virginie montre que le soutien dont il bénéficie dans cet État a résisté au contexte économique difficile.

Barack Obama a remporté tous les États où la lutte s’annonçait serrée, à l’exception de la Caroline du Nord, en allant chercher les électeurs qui votaient pour la première fois. Il a égalé son score obtenu auprès des jeunes en 2008, et a presque égalé celui qu’il avait enregistré auprès des personnes âgées.

En s’exprimant après sa victoire mardi, Barack Obama a salué toutes les couches de la population. « Cela ne fait rien si vous êtes Noir ou Blanc, jeune ou vieux, riche ou pauvre, bien portant ou handicapé, homosexuel ou hétérosexuel », a-t-il lancé à ses partisans rassemblés à Chicago. « Vous pouvez réussir si vous voulez bien vous en donner la peine. »

Qui est à bâmer?

Mitt Romney ne s’est pas trompé seulement sur le vote des jeunes et des minorités. Il pensait aussi que les électeurs attribueraient la responsabilité de tous les problèmes économiques à Barack Obama, ce qui n’a pas été le cas.

Quand il s’en est rendu compte, tardivement dans la campagne, il a essayé de mettre l’accent sur les différences de vision de l’avenir entre les deux candidats. Le premier des trois débats, dans lequel il s’est montré brillant, a d’ailleurs donné un coup de fouet à sa campagne. Mais les stratèges républicains ont reconnu que Barack Obama engrangeait, tranquillement mais sûrement, davantage de soutiens.

L’économie a été citée comme première préoccupation par environ 60 pour cent des électeurs interrogés à la sortie des bureaux de vote mardi. Mais davantage d’électeurs ont dit que l’ancien président républicain George W. Bush était davantage responsable de la crise économique que Barack Obama après ses quatre ans passés au pouvoir.

RÉSULTATS:
Collège électoral: Obama 332, Romney 206
Votes exprimés: Obama 62,6 millions (51%), Romney 59,1 millions (48%)
2008: Obama 69,4 millions de votes, McCain 59,9 millions
Sénat: 53 démocrates, 45 républicains, 2 indépendants
Chambre des Représentants: 233 républicains, 200 démocrates, 2 indépendants

À LIRE AUSSI DANS LE FORUM DE L’EXPRESS:
François Bergeron: L’empire divisé

Inscrivez-vous à nos infolettres gratuitement:

Récemment

Restez à jour dans votre propre fil d'actualité

Sherif américain et tueur en série

Roy Braverman
Hunter montre comment un tueur en série peut en cacher un autre… tandis que L’esquive est une enquête des plus noires sur l’enlèvement d’un...
En lire plus...

17 décembre 2018 à 9h00

Le perroquet est aux oiseaux ce que l’humain est aux grands singes

On savait déjà que le perroquet était un animal intelligent. Voilà qu’on lui trouve des caractéristiques génétiques qui, chez nous, sont associées au développement...
En lire plus...

17 décembre 2018 à 7h00

Un film de Noël franco-ontarien

TV5
Alors que les fêtes de fin d'année approchent à grands pas, toutes les chaînes de télévision diffusent des téléfilms de Noël. Le 18 décembre,...
En lire plus...

16 décembre 2018 à 15h00

Que célèbre-t-on vraiment le 25 décembre?

On peut fort légitimement se demander ce qu'on célèbre le 25 décembre, tant l'obscurité de la nuit des temps entoure la naissance de Jésus...
En lire plus...

16 décembre 2018 à 13h00

Cinq coups de cœur de notre chroniqueur

Paul-François Sylvestre
Au cours de l’année 2018, j’ai recensé environ soixante ouvrages pour L’Express. C’est maintenant le moment de vous faire part de mes coups de...
En lire plus...

16 décembre 2018 à 11h00

Cadeau de Noël inespéré

Michel Peyramaure
Certains romans méritent de sortir de l’oubli et d’être réédités. L’orange de Noël, de Michel Peyramaure, figure parmi ceux-ci.
En lire plus...

16 décembre 2018 à 9h00

Quiz : Daniel Poliquin

Apprenez-en plus sur Daniel Poliquin.
En lire plus...

16 décembre 2018 à 7h00

Jazz manouche de Noël à Oshawa dimanche

Oshawa
Pour vous mettre dans l’ambiance de Noël, le Conseil des organismes francophones de la région de Durham a concocté un après-midi en chanson avec...
En lire plus...

15 décembre 2018 à 15h00

L’Halloween à Noël: une génération de Mummers à Terre-Neuve

Terre-Neuve
Une tradition terre-neuvienne revit depuis 30 ans à St. John’s: des groupes de joyeux lurons costumés s’invitent chez des voisins!
En lire plus...

15 décembre 2018 à 13h00

Aspirine et 7 Up, meilleurs amis du sapin de Noël?

sapin
Mieux vaut se contenter d’arroser généreusement le sapin d’eau du robinet… et rien d’autre !
En lire plus...

Pour la meilleur expérience sur ce site, veuillez activer Javascript dans votre navigateur