Mulroney estime que le Canada ne peut se maintenir sans le Québec

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MONTRÉAL – L’ancien premier ministre Brian Mulroney estime que le Canada ne peut se maintenir si le Québec ne signe pas la constitution.

Dans une émission spéciale diffusée dimanche soir à TVA et au réseau anglais CTV à la veille de la parution de ses mémoires, l’ancien chef conservateur a confié qu’il faudra un chef «plus habile» et «plus intelligent» que lui pour réintégrer le Québec dans le giron constitutionnel, et que lui et d’autres réussiront, ce qu’il n’a pu faire en raison de l’échec de l’Accord du lac Meech et de l’Accord de Charlottetown, en 1990 et en 1992.

«On ne peut pas rester avec un pays comme le Canada, sans la signature du Québec, sur un document constitutionnel important», a-t-il déclaré à l’intervieweur, Paul Arcand.

Il croit qu’un premier ministre, un jour, trouvera une nouvelle formule qui contiendra les grandes lignes de Meech, «sinon il y aura toujours cette possibilité (le référendum) qu’on a connue en 1995». Il a même évoqué que si le Québec choisissait librement la souveraineté, il resterait ici.

Cependant, il s’est dit «optimiste» sur l’avenir du pays, mais il faudra «un homme plus habile que moi», dans de meilleures circonstances: il a admis qu’il avait «une autorité morale amoindrie» à la fin de son règne.

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M. Mulroney a aussi affirmé qu’il veut écrire un autre livre sur le scandale d’Airbus qui l’a éclaboussé, après son règne. M. Mulroney a affirmé que cette affaire, qui a avorté en cour, ne constituait qu’un règlement de compte politique contre lui.

«Tout ça a été patenté avec le gars des vues, a assuré M. Mulroney. C’est une fabrication entière et totale.»

En 1995, le gouvernement canadien avait envoyé aux autorités suisses une lettre qui laissait entendre que M. Mulroney et d’autres individus avaient reçu des paiements illégaux relativement à l’achat de 34 appareils Airbus par Air Canada en 1988. Le gouvernement libéral s’est ensuite excusé auprès de M. Mulroney et a défrayé ses coûts juridiques de 2 millions $.

Au cours du documentaire, ce fils d’une famille d’origine irlandaise, catholique et anglophone, retrace les grands moments de sa vie et marche dans les traces de son enfance. Il visite entre autres la maison où il a grandi à Baie-Comeau et revoit de vieux amis de la ville qui l’a élu en 1984 et 1988. On le voit aussi entonner une vieille chanson avec de jeunes filles qui ont monté une revue musicale dans l’hôtel où il séjournait pour le tournage.

L’homme politique avait entrepris d’écrire ses mémoires il y a quelques années, mais s’est efforcé de terminer son projet, à la suite de son hospitalisation pour une pancréatite. L’ouvrage, qui fait 1 250 pages en français, a été écrit entièrement de sa main, en anglais, avec l’aide d’un recherchiste. L’oeuvre couvre toute sa vie, son règne de 1984 à 1993, jusqu’à sa démission.

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M. Mulroney et son éditeur ont ensuite approché CTV, pour le projet de documentaire, et TVA s’est joint au projet. Le tournage a eu lieu en juillet. Aucun média n’a encore eu copie du livre, sauf les équipes qui ont travaillé au documentaire. Cependant, durant toute la semaine dernière, TVA et CTV ont éventé par bribes les révélations du livre évoquées dans l’entrevue, notamment sur la «trahison» de Lucien Bouchard.

L’ex-leader s’est par ailleurs défendu d’avoir un compte à régler avec son ancien lieutenant québécois, qui a quitté son cabinet pour adhérer au mouvement souverainiste, dans la foulée de l’échec de l’Accord du lac Meech en 1990.

M. Mulroney a toutefois qualifié ce retournement de «plus grande déception de sa vie», voire de «trahison». Il se fonde sur le troisième tome de la biographie de Jacques Parizeau pour avancer que la défection de M. Bouchard ne s’avérait pas être un geste spontané, mais était planifiée de longue date.

Il a dit ne plus avoir de contacts avec lui, mais que M. Bouchard l’avait appelé, une fois, en soutien, dans la tourmente de l’affaire Airbus. Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, a qualifié de «mesquin» le jugement de l’ancien premier ministre réservé à M. Bouchard.

En entrevue téléphonique dimanche, le dirigeant bloquiste a affirmé que son prédécesseur et père fondateur du Bloc avait démissionné «par conviction», parce que le gouvernement conservateur «reniait son engagement sur (l’Accord du lac) Meech».

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Par ailleurs, l’ex-chef conservateur a reproché à son prédécesseur libéral, Pierre Trudeau, d’avoir tout fait pour saboter l’Accord du lac Meech, alors que M. Mulroney lui avait demandé des suggestions durant les négociations.

Il a démoli la réputation d’un Trudeau favorable au gouvernement central fort, lui qui a accordé la clause dérogatoire aux provinces. «C’est une exagération épouvantable, il a affaibli le gouvernement fédéral par ses politiques de dépenses» qui ont laissé un État «criblé de dettes», a-t-il dénoncé.

Il a aussi vanté sa relation privilégiée avec les États-Unis, avec lesquels il a conclu l’entente de libre-échange, l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), le traité sur les pluies acides, ainsi que le traité sur la souveraineté canadienne dans l’Arctique.

«Ce sont quatre dossiers névralgiques vitaux pour l’avenir du Canada, a-t-il commenté. Je vous demande tout simplement qu’est-ce qui s’est passé de cette nature dans les neuf ans qui ont précédé mon mandat et dans les neuf ans qui ont suivi?», a-t-il demandé en riposte aux Libéraux qui ont gouverné avant et après lui.

Selon Brian Mulroney, le libre-échange est à l’origine de la prospérité canadienne au cours des dernières décennies. «C’est pour ça que ça prend des accès à la Maison-Blanche, et des amitiés profondes au Congrès, c’est pas des toothpick!»

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L’ancien chef a également livré un vibrant hommage à la mémoire de Robert Bourassa, un premier ministre «exceptionnel» qui défendait de façon «féroce» sa province. De même, il a salué le président Ronald Reagan, un «visionnaire». Il a également rappelé son opposition à l’ancienne première ministre britannique, Margaret Thatcher, sur la question de l’apartheid, et s’est remémoré les écarts de conduite du président russe Boris Eltsine.

Mila Mulroney a aussi été interviewée et elle a relaté qu’elle s’était toujours méfiée de Lucien Bouchard. Elle a également commenté, les larmes aux yeux, la période au cours de laquelle son mari a dû être hospitalisé.

En conclusion, M. Mulroney a soutenu n’avoir «pas du tout» peur du verdict de l’Histoire, même si certains lui ont reproché d’avoir agi en fonction des intérêts québécois.

«Je pense que le verdict sera acceptable, a-t-il évoqué. (…) Les Québécois vont dire: il ne nous a jamais lâchés, il a défendu les intérêts du Québec, il a refusé de nous saboter, il nous a défendus jusqu’au bout, même quand cela lui coûtait au Canada anglais.»

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