Mort d’Ashley Smith: presque rien n’a été fait pour les prisonnières depuis

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Des groupes de défense de prisonnières au Canada ont dénoncé cette semaine l’inaction d’Ottawa au sujet des recommandations qu’un jury du coroner a émises il y a un an sur la mort d’Ashley Smith. La jeune femme de 19 ans s’est asphyxiée au pénitencier de Kitchener en 2007, les gardiens ayant reçu l’ordre de ne plus entrer dans sa cellule tant qu’elle respirait lorsqu’elle s’adonnait à la strangulation.

Ashley Smith aimait le plaisir que lui procurait l’asphyxie momentanée, en plus d’attirer l’attention de ses gardiens. Une habitude qui a pris de l’ampleur durant sa détention. Au cours des six derniers mois de sa vie, elle avait d’ailleurs été transférée à 17 reprises dans 9 établissements de 5 provinces pour donner un répit à ses gardiens à cause de la violence de son comportement.

L’enquête du coroner avait démontré que la prison restait malgré tout la solution la plus sécuritaire pour les prisonnières en détresse, même si leur confinement solitaire n’était pas salutaire à long terme, faute de ressources médicales. Le jury avait néanmoins décrété que la mort d’Ashley était un homicide alors que le Service correctionnel du Canada avait plaidé la thèse de l’accident.

Le jury avait notamment suggéré à l’État que les agents correctionnels soient dorénavant tenus responsables de la mort d’une prisonnière, mais qu’ils ne soient plus disciplinés lorsqu’ils contreviennent à l’ordre de leurs supérieurs. À l’époque, ils avaient reçu la consigne controversée de ne plus entrer dans la cellule d’Ashley lorsqu’elle se nouait la nuque avec du tissu ou des ficelles qu’elle dissimulait dans ses parties intimes lorsqu’elle allait aux toilettes ou aux douches.

Le jury composé de cinq femmes avait par ailleurs proposé les femmes qui entrent dans le système carcéral soient examinées pour que l’on connaisse leur état mental. Les prisonnières qui ont des comportements suicidaires ou d’automutilation devaient ainsi selon lui purger leur peine dans des institutions psychiatriques plutôt qu’en prison. Le jury avait enfin suggéré d’abolir le recours au confinement solitaire des détenues et de revoir l’usage de la force dans les pénitenciers.

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Il n’existe à l’heure actuelle au Canada que deux centres de détention psychiatriques qui sont considérés comme des milieux hospitaliers pour des prisonnières: le Centre psychiatrique régional de Saskatoon et l’Institut Pinel de Montréal.

L’Association canadienne des Sociétés Elizabeth Fry affirme qu’une seule des 104 recommandations a été appliquée. Il s’agit de l’ouverture de deux lits dans une unité psychiatrique de l’Hôpital de Brockeville, mais cette mesure fait l’objet d’un projet pilote seulement d’une durée indéterminée. Seul l’un des deux lits en question est occupé.

La présidente de l’Association, Kim Pate, affirme que « ce projet pilote est insuffisant compte tenu des besoins criants pour des soins psychiatriques dans nos prisons ». L’Association demande donc au gouvernement d’appliquer toutes les recommandations du jury, en particulier celles qui concernent les soins psychiatriques en milieu hospitalier.

La mère d’Ashley, Coraly Smith, parle de son côté d’un manque de respect à l’endroit des femmes dont la santé mentale est précaire. Mme Smith se dit atterrée, d’autant que l’enquête du coroner a conclu que la mort d’Ashley était un homicide et qu’un jugement aussi sévère aurait dû selon elle faire accélérer les choses. Elle fustige d’ailleurs le gouvernement pour son manque de sensibilité. « Ce gouvernement manque de transparence – explique-t-elle – et il refuse toujours d’endosser sa responsabilité dans la mort de ma fille. »

Le Service correctionnel du Canada ne nous a pas rappelés et aucune enquête criminelle n’a été ouverte sur cette affaire comme le demandait la famille Smith afin d’identifier et d’incriminer le gestionnaire responsable de la mort d’Ashley.

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