Menacés, les Chrétiens fuient l’Irak

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La minorité chrétienne est de plus en plus menacée en Irak où elle est devenue la cible d’attaques et d’une campagne d’intimidation et de chantage menée par des extrémistes musulmans. Nombre de ses membres ont déjà pris le chemin de l’exil.

Malgré le chaos et la violence à Bagdad, Farouq Mansour, 63 ans, se sentait en relative sécurité dans un quartier multiethnique de la capitale irakienne. Mais il y a deux mois, des hommes armés liés à al-Qaïda l’ont enlevé et exigé que sa famille se convertisse à l’islam ou versé une rançon de 30 000 dollars (22.000 euros). Il a finalement été libéré après remise de la somme et a immédiatement gagné la Syrie. «Il n’y a pas d’avenir pour nous en Irak», dit-il.

Si les extrémistes ont déjà pris pour cible les Chrétiens auparavant avec des attentats contre des églises et des menaces contre des dignitaires religieux, ils s’en prennent désormais davantage aux fidèles: beaucoup ont été contraints d’abandonner leur foyer sans pouvoir emporter leurs biens, selon la police, des défenseurs des droits de l’homme et des habitants.

Les Chrétiens d’Irak représentent environ 3% de la population et sont particulièrement vulnérables. Ils ont peu d’influence politique ou militaire, et certains insurgés musulmans les considèrent comme une cinquième colonne à la solde des «croisés» américains.

De nombreuses églises sont désertées: la plupart des fidèles sont partis ou ont peur de se rendre à l’office. Seulement une trentaine ont assisté à la messe dimanche à l’église catholique Saint-Joseph, dans le quartier de Karradah, à Bagdad. Une vingtaine ont communié le même jour à l’église Sainte-Marie à Kirkouk (nord).

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Jusqu’à 50% des Chrétiens irakiens pourraient avoir déjà quitté le pays, selon la Commission américaine sur la liberté religieuse internationale, qui se dit très préoccupée par les attaques contre les chrétiens et d’autre non-musulmans en Irak.

«Ces communautés sont confrontées à des violences généralisées d’insurgés sunnites et de djihadistes étrangers, et souffrent également de discrimination et de marginalisation», souligne-t-elle dans un rapport publié la semaine dernière. Il y a les attaques directes contre les Chrétiens, mais aussi des extrémistes qui prennent pour cible des magasins de vins et spiritueux, des salons de coiffure et d’autres commerces gérés par les chrétiens, estimant qu’ils sont contraires à l’islam, note la commission.

«Cela n’est pas la culture ou la nature des Irakiens», affirme Luwis Zarco, archevêque catholique de Kirkouk. «Nous avons vécu pendant des siècles ensemble dans le respect et l’amitié.»

Sous Saddam Hussein, les 800 000 Chrétiens du pays, surtout d’obédience assyro-chaldéenne et arménienne, vivaient généralement sans être inquiétés et beaucoup, comme l’ancien ministre des Affaires étrangères Tarek Aziz, ont atteint le sommet du pouvoir.

Après l’invasion américaine en 2003, leur situation est devenue plus difficile. À l’été 2004, une vague d’attentats coordonnés a frappé les églises de Bagdad, conduisant certains à fuir.

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Une deuxième série d’attaques anti-Chrétiens est intervenue en septembre après la polémique soulevée par les propos du pape Benoît XVI sur l’islam. Un prêtre de Mossoul (Nord) a été enlevé et retrouvé décapité.

Plus récemment, dans le quartier de Dora à Bagdad, des hommes armés ont soumis les familles chrétiennes à un chantage: payer la jizya, taxe spéciale frappant traditionnellement les non-musulmans qui n’a plus été imposée dans un pays musulman depuis un siècle, ou partir. Un homme a été blessé par balles la semaine dernière, sa famille ayant ignoré les menaces, selon ses proches. En réaction aux menaces, 70% des Chrétiens de Dora ont fui, selon la police.

À Mossoul, les extrémistes ont exigé des familles chrétiennes le paiement d’une taxe de 3 000 dollars (2 200 euros) pour financer la lutte contre les forces dirigées par les États-Unis, racontent des habitants. Certains ont obtempéré, d’autre ont fui.

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