Mali: une contre-attaque jihadiste repoussée à Gao

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à 07h01 HNE, le 11 février 2013.

GAO, Mali – Les armées française et malienne ont repris le contrôle de Gao, une ville stratégique du nord du Mali, après qu’une contre-attaque lancée par les insurgés islamistes ait donné lieu à de longs combats dimanche.

Des centaines de résidants de la ville se sont rassemblés autour du commissariat de police de la ville, lundi. L’édifice a été lourdement endommagé et des restes humains jonchaient encore les rues.

Les rebelles avaient traversé le fleuve Niger à bord de canots de bois, dimanche après-midi, avant de lancer leur attaque à l’aide de fusils d’assaut AK-47. Ils ont affronté les soldats maliens pendant au moins cinq heures.

Des hélicoptères français survolaient la ville à la tombée du jour. Deux explosions ont été entendues pendant la nuit, mais en début de journée lundi on n’entendait plus que les appels à la prière et les aboiements des chiens.

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Les murs et le plafond du commissariat de police, qui semblait avoir été touché par une explosion, étaient couverts de sang. Un kamikaze pourrait s’être donné la mort sur les lieux. La carcasse d’un âné éventré et démembré se trouvait devant le commissariat.

Deux civils ont été tués par balles et dix autres blessés, selon un médecin de l’hôpital de Gao. Un troisième homme aurait aussi été tué par une balle perdue.

Coup d’État

Les islamistes ont pris le contrôle du nord du Mali en avril 2012 dans la foulée d’un coup d’État militaire survenu à Bamako, la capitale malienne.

La France a amorcé une intervention militaire dans son ancienne colonie le 11 janvier après que les extrémistes eurent commencé à étendre leur influence sur le sud du pays.

Les résidants de la ville de Tessalit, située près de la frontière du Mali avec l’Algérie, ont affirmé vendredi que les troupes françaises avaient reconquis la cité.

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Paris a annoncé qu’elle voulait bientôt céder le contrôle de l’opération au Mali et aux autres pays africains ayant fourni des soldats. Elle a aussi demandé au Conseil de sécurité des Nations Unies de considérer la possibilité de déployer des Casques bleus en sol malien.

Tombouctou

Les soldats français ont commencé jeudi à se retirer de Tombouctou après avoir sécurisé la ville légendaire, alors qu’ils renforçaient leur mission dans une autre ville du nord du Mali à la recherche de jihadistes qui pourraient s’être mêlés à la population civile.

Le porte-parole de l’armée française, le colonel Thierry Burkhard, a indiqué jeudi que l’opération pour sécuriser Gao était toujours en cours, près de deux semaines après l’arrivée des troupes maliennes et françaises dans la région.

Il y a un risque de «présence résiduelle» de terroristes parmi la population, a déclaré M. Burkhard, joint à Paris. Des extrémistes ont tiré des roquettes sur les troupes françaises à Gao mardi.

Signe du renforcement de la sécurité, les autorités ont brièvement détenu trois Touaregs à Gao jeudi parce qu’ils n’avaient pas de documents d’identité. Les trois hommes, originaires d’un village voisin, se trouvaient à Gao parce qu’ils avaient manqué leur autobus pour se rendre au marché. Le maire de la ville est intervenu et les hommes ont été relâchés.

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Craintes dans la population

La population de Tombouctou redoute le départ des troupes françaises et craint qu’il n’ouvre la voie au retour des islamistes, mais les responsables militaires français affirment avoir accompli leur mission dans cette ville.

«Nous avons réussi à transférer la majorité de nos responsabilités à l’armée malienne et elle assumera maintenant la relève», a déclaré le capitaine Franck, un responsable de l’opération Serval. Il a seulement donné son prénom conformément au protocole militaire.

Il a précisé qu’un certain nombre de soldats français resteraient à Tombouctou, parce que «quand nous serons partis, ces gens vont revenir troubler la population. Mais en même temps, on ne peut rester indéfiniment.»

Pour les résidants de Tombouctou, qui ont vécu sous la domination brutale des islamistes pendant dix mois, le départ des troupes est prématuré.

«Cela m’inquiète beaucoup de voir les soldats français partir maintenant», a déclaré Abdel Kader Konta, chef du village de Korioume, au sud de Tombouctou. «Nous pensons qu’il est encore trop tôt pour qu’ils partent parce que les islamistes n’ont pas entièrement quitté la ville. Certains islamistes ont simplement coupé leur barbe et se sont fondus dans la population. Avant que les Français partent, ils devraient s’assurer que la sécurité a été rétablie.»

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Un pêcheur qui observait le chargement des véhicules militaires sur le fleuve Niger partageait le même avis.

«Les gens pensent que les islamistes sont partis, mais nous pensons qu’ils sont encore là», a déclaré Baba Ali Sampana. «L’armée française ne devrait pas partir maintenant.»

Plus au nord, dans la région de Kidal, des avions de combat Mirage 2000 et Rafale poursuivraient les frappes contre plusieurs cibles islamistes, notamment des dépôts d’armes et des camps d’entraînement.

L’opération française visant à déloger les rebelles qui s’étaient emparés du nord du Mali a débuté le 11 janvier.

Caches d’armes

Par ailleurs, les soldats qui inspectaient les cachettes des islamistes à Gao, dans le nord du Mali, ont découvert des explosifs industriels mercredi, faisant craindre d’éventuelles attaques des rebelles qui se sont enfuis dans le désert à l’arrivée des troupes françaises.

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Le ministère français de la Défense a indiqué que des soldats français avaient affronté mardi des extrémistes qui tiraient avec des lance-roquettes en périphérie de Gao. L’une des roquettes est tombée près d’un arbre dans un quartier résidentiel.

Les informations sur ces affrontements et la découverte de caches d’armes inquiète les résidants, qui craignent toujours le retour des extrémistes du Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (MUJAO), moins de deux semaines après leur départ de la ville.

Sur le terrain sablonneux où la roquette est tombée mardi soir, des citoyens racontaient mercredi comment ils se sont cachés dans les maisons en entendant les tirs.

«Si un combattant du MUJAO peut se mettre à seulement 10 mètres d’ici et tirer des engins de ce genre contre nous, à quoi sert la présence militaire ici?» a demandé Adama Younoussa, réuni avec ses amis sur le terrain où il ne reste qu’un grand trou.

«S’ils avaient touché une maison, il y aurait eu des morts», a-t-il ajouté.

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Dans une petite ruelle jonchée de détritus, des soldats maliens montaient la garde et écartaient les curieux après la découverte de puissants explosifs parmi les débris.

Les explosifs de type Nitram 5 étaient cachés dans des sacs de riz laissés dans un dépotoir communautaire. Ces explosifs sont conçus pour le domaine minier, mais ils peuvent causer des dommages considérables quand ils sont utilisés pour fabriquer des bombes.

Des groupes de soldats maliens ont été appelés en plusieurs endroits de Gao mercredi, notamment dans un édifice où ils ont découvert des grenades à côté d’une grande valise et des documents en arabe au sujet de la charia. Dans un autre endroit, les soldats ont appelé une équipe de démineurs après avoir découvert ce qui semblait être un véhicule piégé.

Le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, a déclaré que les soldats avaient mis au jour «un vrai sanctuaire terroriste» comprenant du matériel de guerre, des manuels sur la manipulation des armes et des laboratoires improvisés servant à assembler des engins explosifs.

«C’est une véritable guerre. (…) Quand on s’éloigne du centre des villes qui ont été prises, on trouve des résidus jihadistes», a dit M. Le Drian mercredi sur la radio Europe-1.

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Des frappes aériennes chaque soir

Les avions français poursuivent chaque soir les frappes aériennes nocturnes contre les dépôts d’armes et les lieux de fabrication de bombes des jihadistes, a ajouté le ministre.

À Tombouctou, une autre ville du nord du Mali récemment libérée, des civils ont remis mercredi aux autorités des dizaines d’armes et de munitions abandonnées par les troupes maliennes qui fuyaient l’avancée des rebelles.

La prolifération des armes à Tombouctou est un danger réel pour les civils, a estimé un responsable.

«Nous trouvons des armes dans au moins une maison sur cinq que nous fouillons», a déclaré le capitaine Samba Coulibaly, porte-parole de l’armée malienne à Tombouctou.

Le président français, François Hollande, a indiqué que les troupes françaises pourraient commencer à se retirer du Mali dès la fin du mois de mars.

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La porte-parole du gouvernement français, Najat Vallaud-Belkacem, a déclaré mercredi à Paris que le retrait dépendrait du déploiement des forces africaines, qui doivent prendre la relève de l’effort international pour sécuriser la Mali et soutenir son armée.

La France a évoqué pour la première fois mercredi, devant le Conseil de sécurité de l’ONU, la possibilité de déployer une force des Nations unies au Mali.

L’ambassadeur français à l’ONU, Gérard Araud, a déclaré devant les journalistes qu’il avait entamé des discussions sur la question mercredi lors des consultations à huis clos sur le Mali.

«Je crois que nous devrons attendre plusieurs semaines avant de pouvoir évaluer l’environnement sécuritaire et prendre la décision de déployer une opération de maintien de la paiz», a précisé M. Araud.

Kidal

Mardi, des soldats français et tchadiens étaient arrivés à Kidal pour tenter de sécuriser cette ville stratégique du nord du Mali, a annoncé un responsable français mardi, tandis que les forces internationales poursuivent leurs efforts pour déloger les extrémistes islamistes de leur dernier grand bastion dans la région.

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Environ 1800 soldats tchadiens sont déployés à Kidal, et un nombre non précisé de soldats français contrôle l’aéroport de la ville afin d’ouvrir la voie à l’arrivée de renforts militaires, a indiqué un responsable militaire français. Ce responsable a réclamé l’anonymat conformément aux politiques en vigueur dans l’armée française.

La semaine dernière, l’armée française a lancé une série de frappes aériennes contre des bases rebelles autour de Kidal et de Tessalit. Depuis jeudi, les avions de combat Mirage et Rafale ont réalisé 135 sorties et visé 25 lieux, principalement des dépôts de carburant et de matériel, selon le ministère français de la Défense.

La France a renforcé sa présence au sol au Mali et y comptait 4000 hommes mardi, d’après le ministère. Ces effectifs correspondent au nombre maximal de soldats français déployés en Afghanistan au plus fort de la présence militaire de la France dans ce pays, qui a duré 11 ans.

Les forces françaises ont pris le contrôle de l’aéroport de Kidal il y a un certain temps déjà, et on ne sait pas très bien pourquoi elles ne se sont pas déployées dans la ville aussi rapidement qu’elles l’ont fait à Gao et Tombouctou.

Otages

Les observateurs pensent que le rythme de l’avancée des troupes françaises est ralenti par le fait que les rebelles en fuite détiennent des otages occidentaux, dont huit Français. Leur sécurité pourrait être mise en péril par la progression des soldats français vers le lieu où plusieurs otages seraient détenus.

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Les troupes françaises se concentrent sur le nord du Mali et se préparent à remettre le contrôle de Tombouctou aux forces africaines dès cette semaine.

Quelque 3800 soldats africains de divers pays sont déployés au Mali pour soutenir l’armée du pays, d’après le responsable français. Mais il est loin d’être certain que les forces africaines aient la capacité de prendre l’entière responsabilité de la lutte contre les jihadistes, qui pourraient attaquer la ville de nouveau à partir de leurs cachettes dans le désert.

Le porte-parole de l’armée malienne à Tombouctou, le capitaine Samba Coulibaly, a assuré que la population de la ville légendaire ne devait pas craindre le retrait des forces françaises.

«Avec la taille de la force que nous avons maintenant, nous sommes en mesure d’assurer la sécurité dans la ville de Tombouctou», a-t-il déclaré. «Le départ des soldats français ne nous effraie pas, puisque leur force aérienne sera encore présente à Tombouctou et Sévaré. Ils contrôlent toute la zone et peuvent intervenir en quelques minutes pour mener les frappes aériennes nécessaires», a-t-il ajouté.

Signe de retour à la normale, le bureau du maire de Tombouctou a annoncé qu’il rouvrirait mercredi, pour la première fois en dix mois.

Les responsables gouvernementaux s’attaqueront «en priorité aux besoins les plus importants», a indiqué le maire, Ousmane Hallé. «Cela comprend le ramassage des ordures et la délivrance de certificats de naissance pour les enfants nés depuis la prise de contrôle des islamistes.»

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