Liban: la censure israélienne pèse sur les médias


8 août 2006 à 15h16

JÉRUSALEM (AP) – Un missile qui s’abime en mer, une installation stratégique militaire touchée, la visite d’un ministre sur la ligne de front… Certaines informations sur le conflit opposant Israël au Hezbollah peuvent ne jamais être relayées par les médias, soumis à la censure de l’armée israélienne, dont la responsable détient selon ses propres mots un «pouvoir extraordinaire».

«Je peux par exemple donner l’ordre qu’aucun élément ne soit publié. Je peux faire fermer un quotidien ou une station de radio. Je peux pratiquement tout faire et je peux faire emprisonner des gens», assène la colonelle Sima Vaknin.

Israël, petit pays quasiment toujours en situation de conflit, juge capital pour sa sécurité de contrôler la diffusion des informations, et particulièrement d’empêcher le Hezbollah d’utiliser les médias pour rendre plus efficaces ses tirs de roquettes sur l’État hébreu, mais d’aucuns dénoncent une pente dangereusement glissante qui sied mal à une démocratie.

Afin de conserver l’autorisation de travailler en Israël, l’agence Associated Press se plie aux règles, comme les autres médias présents dans l’État hébreu. Cet article n’a pas été soumis à la censure – sinon AP le précise en début de papier – mais en cas de doute, le journaliste peut demander l’avis des autorités, qui peuvent supprimer des informations jugées sensibles. Celui qui passe outre doit en supporter les conséquences.

Il est ainsi interdit de faire état en temps réel des lieux d’impact exacts des missiles, de frappes sur les bases militaires israéliennes, des cibles stratégiques ou de tirs manqués, ou de révéler à quelle heure les habitants sont autorisés à sortir des abris pour le ravitaillement.

Les journalistes n’ont pas le droit non plus de livrer des détails sur les déplacements de hauts responsables israéliens dans le nord du pays, où s’abattent les roquettes du Hezbollah, tant que la visite est en cours, ni de signaler le manque d’abris ou les faiblesses de la défense civile en certains lieux.

Jusqu’à présent, les milliers de roquettes tirées à l’aveuglette par le Hezbollah ne parviennent qu’environ une fois sur cent à tuer un Israélien, et cette imprécision satisfait évidemment l’État hébreu.

Or l’information en direct change tout, selon les censeurs: que les médias annoncent qu’un missile est tombé dans la Méditerranée et les combattants disposant d’Internet savent qu’ils doivent corriger leur angle de tir; que l’on signale une raffinerie de pétrole en flammes à Haïfa, et les miliciens tireront de plus belle; que l’on évoque la venue d’un haut responsable dans le nord de l’État juif et une pluie de roquettes s’abattra sur le secteur en un rien de temps.

Ainsi va la logique de la censure, qui n’est pas l’apanage d’Israël: les journalistes embarqués avec l’armée américaine en Irak s’engagent par écrit à ne pas signaler en temps réel les mouvements des troupes. Mais à une époque où les téléphones mobiles prennent des photos et où l’ennemi possède ordinateurs portables et moyens vidéo, la colonelle Vaknin reconnaît qu’il est difficile d’étouffer totalement les informations.

Les critiques de la censure, eux, jugent le système non seulement non démocratique mais aussi contre-productif: Rohan Jahasekera, rédacteur associé à l’Index of Censorship, une revue de la censure dont le siège se trouve à Londres, estime que ce n’est pas aider le Hezbollah que de montrer que ses roquettes atteignent rarement leur cible. «Les gens ont le droit d’obtenir autant d’informations que possible sur ce qui se passe dans un conflit», observe-t-il.

Pour Bob Steele, membre du Poynter Institute qui étudie les médias, «on devrait toujours repousser la censure».

Inscrivez-vous à nos infolettres gratuitement:

Récemment

Restez à jour dans votre propre fil d'actualité

Une autre victoire pour les Maple Leafs

Après avoir remporté leurs 3 derniers matchs sur la côte ouest Américaine, les joueurs des Maple Leafs étaient de retour à domicile lundi soir...
En lire plus...

20 novembre 2018 à 0h15

Legault a demandé à Ford de «reconsidérer» ses décisions sur l’université et le commissaire

19 novembre 2018
François Legault a assuré, au sortir de leur première rencontre, avoir demandé à Doug Ford de «reconsidérer» l'élimination de l'université franco-ontarienne et du commissaire...
En lire plus...

19 novembre 2018 à 15h55

La communauté marocaine célèbre son indépendance

63e anniversaire de l'indépendance du Maroc
Les Marocains de Toronto célébraient dimanche leur indépendance de 1956 et la Marche Verte de 1975 au Centre civique de North York.
En lire plus...

19 novembre 2018 à 13h17

Hommage aux anciens combattants à l’Alliance française

Alliance française
«Quand la guerre est finie» à l'Alliance française de Toronto: exposition de photos de commémorations du service des anciens combattants, réalisée par l'artiste britannique...
En lire plus...

19 novembre 2018 à 11h58

L’intelligence artificielle au service des ressources humaines

L'intelligence artificielle est en train de devenir un assistant intelligent qui aidera les ressources humaines à travailler plus intelligemment.
En lire plus...

19 novembre 2018 à 9h00

La moitié des Canadiens diminueraient leur consommation de viande

Les Canadiens seraient de plus en plus disposés à délaisser la viande pour se tourner vers des repas aux alternatives végétales.
En lire plus...

19 novembre 2018 à 7h00

L’écriture est toujours une aventure

roman
«Le plus dangereux, c’est pas les cerveaux fêlés qui nous écrivent. C’est ceux qui veulent nous faire taire.»
En lire plus...

18 novembre 2018 à 9h00

Quiz : L’Europe de l’Est

quiz
Ce qu'on appelle l'Europe de l'Est comprend surtout des pays de culture slave.
En lire plus...

18 novembre 2018 à 7h00

Formation en agriculture : le Collège Boréal présent en Haïti

Haïti
Le Collège Boréal est partenaire avec la Fondation Paul Gérin-Lajoie dans un projet pour une socio-économie durable en Haïti.
En lire plus...

17 novembre 2018 à 11h00

Il y a 100 ans, la grippe espagnole frappait la planète

pandemie, épidémie
Saviez-vous que l’on doit la création du ministère fédéral de la Santé à la grippe espagnole?
En lire plus...

17 novembre 2018 à 9h00

Pour la meilleur expérience sur ce site, veuillez activer Javascript dans votre navigateur