Liban: la censure israélienne pèse sur les médias

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JÉRUSALEM (AP) – Un missile qui s’abime en mer, une installation stratégique militaire touchée, la visite d’un ministre sur la ligne de front… Certaines informations sur le conflit opposant Israël au Hezbollah peuvent ne jamais être relayées par les médias, soumis à la censure de l’armée israélienne, dont la responsable détient selon ses propres mots un «pouvoir extraordinaire».

«Je peux par exemple donner l’ordre qu’aucun élément ne soit publié. Je peux faire fermer un quotidien ou une station de radio. Je peux pratiquement tout faire et je peux faire emprisonner des gens», assène la colonelle Sima Vaknin.

Israël, petit pays quasiment toujours en situation de conflit, juge capital pour sa sécurité de contrôler la diffusion des informations, et particulièrement d’empêcher le Hezbollah d’utiliser les médias pour rendre plus efficaces ses tirs de roquettes sur l’État hébreu, mais d’aucuns dénoncent une pente dangereusement glissante qui sied mal à une démocratie.

Afin de conserver l’autorisation de travailler en Israël, l’agence Associated Press se plie aux règles, comme les autres médias présents dans l’État hébreu. Cet article n’a pas été soumis à la censure – sinon AP le précise en début de papier – mais en cas de doute, le journaliste peut demander l’avis des autorités, qui peuvent supprimer des informations jugées sensibles. Celui qui passe outre doit en supporter les conséquences.

Il est ainsi interdit de faire état en temps réel des lieux d’impact exacts des missiles, de frappes sur les bases militaires israéliennes, des cibles stratégiques ou de tirs manqués, ou de révéler à quelle heure les habitants sont autorisés à sortir des abris pour le ravitaillement.

Les journalistes n’ont pas le droit non plus de livrer des détails sur les déplacements de hauts responsables israéliens dans le nord du pays, où s’abattent les roquettes du Hezbollah, tant que la visite est en cours, ni de signaler le manque d’abris ou les faiblesses de la défense civile en certains lieux.

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Jusqu’à présent, les milliers de roquettes tirées à l’aveuglette par le Hezbollah ne parviennent qu’environ une fois sur cent à tuer un Israélien, et cette imprécision satisfait évidemment l’État hébreu.

Or l’information en direct change tout, selon les censeurs: que les médias annoncent qu’un missile est tombé dans la Méditerranée et les combattants disposant d’Internet savent qu’ils doivent corriger leur angle de tir; que l’on signale une raffinerie de pétrole en flammes à Haïfa, et les miliciens tireront de plus belle; que l’on évoque la venue d’un haut responsable dans le nord de l’État juif et une pluie de roquettes s’abattra sur le secteur en un rien de temps.

Ainsi va la logique de la censure, qui n’est pas l’apanage d’Israël: les journalistes embarqués avec l’armée américaine en Irak s’engagent par écrit à ne pas signaler en temps réel les mouvements des troupes. Mais à une époque où les téléphones mobiles prennent des photos et où l’ennemi possède ordinateurs portables et moyens vidéo, la colonelle Vaknin reconnaît qu’il est difficile d’étouffer totalement les informations.

Les critiques de la censure, eux, jugent le système non seulement non démocratique mais aussi contre-productif: Rohan Jahasekera, rédacteur associé à l’Index of Censorship, une revue de la censure dont le siège se trouve à Londres, estime que ce n’est pas aider le Hezbollah que de montrer que ses roquettes atteignent rarement leur cible. «Les gens ont le droit d’obtenir autant d’informations que possible sur ce qui se passe dans un conflit», observe-t-il.

Pour Bob Steele, membre du Poynter Institute qui étudie les médias, «on devrait toujours repousser la censure».

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