Les Parisiens, nouveaux fans de poutine

Un premier restaurant consacré au plat québécois

La Maison de la Poutine à Paris
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Publié 22/01/2018 par Laurie Humbert

350 poutines par jour. C’est en moyenne ce que vend Erwan Caradec, chef de La Maison de la Poutine à Paris. Situé en plein coeur de la capitale française, dans le deuxième arrondissement, et tenu par trois associés dont Erwan, ce tout nouveau restaurant, essentiellement consacré au plat québécois a gagné la faveur des parisiens. Rencontre avec celui qui a fait traverser l’Atlantique à la poutine.

Une autre «culture de la bouffe»

«Au Québec, j’ai appris la vie», confie le Erwan Caradec à L’Express. Parti «en clandestin» pour Montréal il y a maintenant 17 ans, le jeune chef, passé par le Ritz en France, se retrouve à travailler en tant qu’extra dans des restaurants français de la métropole québécoise, comme Chez la mère Michel, rue Guy, aujourd’hui fermé.

«Je dépannais de temps en temps en cuisine, et j’ai fait mes preuves en tant que chef là bas, je me suis fait des contacts, et c’est comme ça que j’ai fait partie de l’équipe d’ouverture du Leméac, rue Laurier.» Grâce à cette expérience, il parvient à obtenir des papiers afin de rester au Québec – légalement cette fois.

«Là-bas, j’ai dû totalement repenser ma façon de travailler, mettre de côté mon aspect français», explique-t-il. Pour Erwan, la philosophie canadienne, c’est une «philosophie du monde». Ouverture d’esprit, mélange des cultures, il reconnaît avoir appris son métier en France de façon «fermée». Il a découvert à Montréal une autre «culture de la bouffe».

Voilà maintenant un peu plus de 10 ans que Erwan est rentré en France, pour des raisons personnelles. Mais il l’assure, ces quatre années passées au Québec l’ont changé professionnellement et personnellement.

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Une poutine élaborée par Erwan Caradec
Une poutine élaborée par Erwan Caradec

Le pari de la poutine

La Maison de la Poutine, c’est le pari de trois jeunes entrepreneurs: Erwan, déjà propriétaire de plusieurs restaurants, son frère Guillaume Natas, passionné de technologie, et Florent Steiner, co-fondateur d’Epsilon Expérience avec Guillaume, une société de création transmédia spécialisée dans la narration interactive.

L’idée leur vient un soir, alors qu’ils passent une soirée autour d’une poutine parisienne. «On voulait manger une poutine à Paris, alors on est allés dans un des rares bars parisiens qui servaient de la poutine. Et après une longue attente, quand elle est enfin arrivée… c’était pas authentique, ça faisait plus penser à une poutine de chaîne de fast-food canadien qu’à une vraie poutine québécoise.»

De la vraie poutine québécoise… ce n’est pas ce que prétend produire Erwan, qui a élaboré les recettes de La Maison de la poutine avec soin. «J’adapte la poutine au palais des Français, et aux produits frais locaux.» Ce fut le premier défi d’Erwan, Guillaume et Florent: trouver un fromager de qualité – et quand Erwan parle du fromage de leur fournisseur savoyard, ça ressemble à une histoire d’amour.

L'intérieur de La Maison de la poutine
L’intérieur de La Maison de la poutine

La même satisfaction

Après avoir trouvé le fromager de leur rêve, les trois hommes s’envolent pour le Québec, car il était impensable pour Erwan d’embarquer Florent et Guillaume dans cette aventure sans que ses deux compères aient goûté «une authentique poutine québécoise».

Le retour d’Erwan à Montréal après plus de 10 ans d’absence l’a ému. «Tout le monde m’a reconnu, ils seront tous gravés en moi éternellement.» Fort de l’accord de ses amis québécois, et gardant en tête leur demande de «respecter le produit», le chef repart pour Paris.

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Au début, la clientèle était principalement constituée de personnes ayant vécu au Québec. «Ma plus grande fierté, c’est de les avoir conquis eux», se réjouit Erwan.

«Une fois, une cliente québécoise est sortie du restaurant après avoir mangé sa poutine. Quelques minutes plus tard, elle est revenue et m’a dit (il imite l’accent québécois): ‘après avoir mangé ta poutine, on ressort dans les rues de Paris avec la même satisfaction qu’au Québec’».

Devanture de La Maison de la Poutine
Devanture de La Maison de la Poutine

Le buzz de la poutine

Aujourd’hui, les poutines d’Erwan attirent les curieux. Son restaurant a fait le buzz sur les réseaux sociaux et dans les journaux. «Je vois des jeunes qui viennent avec leurs parents. Eux sont ravis en arrivant, mais leurs parents entrent dans le restaurant en moonwalk. Puis finalement, tout le monde ressort content, le produit a beaucoup de succès.»

Ce qui rebute les plus âgés à l’entrée, c’est aussi le monde, le bruit et l’attente. Victime de son succès, La Maison de la poutine attire beaucoup, et si les Parisiens ont la réputation d’être toujours pressés, au comptoir d’Erwan, patience est mère de ventrus.

«C’est aussi ça la culture québécoise, le partage, la convivialité; je tiens à être au service tous les midis, pour échanger avec mes clients.» En attendant que la poutine ait conquis toute la Ville Lumière, les Parisiens vont devoir se contenter de cette adresse déjà culte, pour savourer le plat qui fait la fierté des Québécois.

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