La femme la plus puissante du Mexique accusée de fraude

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à 20h35 HNE, le 27 février 2013.

MEXICO – La femme la plus puissante du Mexique a été formellement accusée, mercredi, d’avoir détourné des millions de dollars dans le cadre d’un important système de fraude.

La mise en accusation d’Elba Esther Gordillo a été diffusée en direct à la télévision nationale. Plusieurs Mexicains estiment que la mise en accusation de la puissante dirigeante syndicale est un message envoyé par le nouveau gouvernement mexicain, qui chercherait ainsi à affirmer son autorité.

Les téléspectateurs mexicains ont assisté avec intérêt à la lecture des accusations portées contre Mme Gordillo, placée derrière les barreaux dans une sinistre prison à l’est de Mexico. Il s’agit d’une chute vertigineuse pour une femme qui se déplaçait en jet privé et qui possède une propriété d’un million de dollars dans le sud de la Californie.

Elba Esther Gordillo, âgée de 68 ans, a été accusée d’avoir détourné deux milliards de pesos (environ 160 millions $ US) provenant des fonds syndicaux. Le juge responsable du dossier a indiqué qu’il faudrait de trois à six jours pour déterminer si les preuves amassées contre la dirigeante syndicale sont suffisantes pour organiser un procès.

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Si elle est reconnue coupable, Mme Gordillo est passible de 30 ans de prison.

Elle a été arrêtée mardi après-midi après son retour de San Diego, aux États-Unis, où elle participait à une réunion des dirigeants du syndicat national des employés de l’éducation, qu’elle dirige depuis près de 25 ans. Elle menait la lutte du syndicat contre l’importante réforme de l’éducation annoncée par le gouvernement du président Enrique Peña Nieto.

Son arrestation est survenue au lendemain de la promulgation de la réforme par le président.

«C’est une affaire qui n’a absolument aucune motivation politique», a assuré mercredi le ministre de la Justice, Jesus Murillo Karam, sur la chaîne Televisa.

Mais la plupart des Mexicains écartent la thèse officielle voulant que les procureurs viennent tout juste de découvrir que Mme Gorillo, connue pour ses vêtements griffés, ses voitures de luxe et ses opérations de chirurgie plastique, pourrait être corrompue. Plusieurs pensent qu’il s’agit d’un coup porté contre les adversaires potentiels du parti au pouvoir, le Parti révolutionnaire institutionnel (PRI), qui a dirigé le Mexique pendant 70 ans avant d’être défait en 2006, puis de remporter l’élection présidentielle de l’an dernier.

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Selon cette thèse, le PRI aurait ainsi voulu avertir ses adversaires de ne pas faire la même erreur que Mme Gorillo en s’opposant publiquement aux réformes du président.

«Le message, c’est que si ça peut arriver à Elba Esther, ça peut arriver à n’importe qui», a analysé Manuel Camacho, ancien maire de Mexico, sur la radio MVS.

Les procureurs affirment avoir retracé des achats totalisant trois millions $ US dans les magasins de luxe Neiman Marcus qui auraient été payés à même les fonds syndicaux, ainsi que 17 000 $ US en opérations de chirurgie esthétique et l’achat d’une maison d’un million de dollars à San Diego.

L’arrestation d’Elba Esther Gordillo a poussé plusieurs observateurs à réclamer l’arrestation d’autres dirigeants syndicaux connus pour leur train de vie luxueux. Les principaux partis de l’opposition ont spécifiquement nommé le chef du syndicat des employés du pétrole, accusé par des médias locaux d’avoir offert à son fils une Ferrari de 2 millions $ US, une information qui n’a jamais été niée ni confirmée.

L’arrestation de Mme Gordillo écarte de la vie publique une puissante opposante du PRI, même si elle est considérée par certains comme responsable de l’état lamentable du système scolaire mexicain. Mme Gordillo a été une leader du PRI pendant des décennies avant de prendre ses distances avec le parti, accusé de corruption et d’autoritarisme pendant ses longues années au pouvoir.

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«Ça pourrait être une très bonne chose pour le pays, mais aussi pour le gouvernement et le PRI», estime José Antonio Crespo, analyste politique au Centre de recherche et d’enseignement économique à Mexico. «Cela permet de nettoyer l’image du PRI, comme si le parti disait: « Oui, nous serons un PRI différent, nous allons de l’avant et nous ne retournerons pas dans le passé ».»

La réforme lancée par le président Nieto vise à instaurer des normes uniformisées d’embauche des enseignants et à assurer que les promotions soient accordées au mérite plutôt qu’en fonction des alliances syndicales. La réforme prévoit un premier recensement du système scolaire mexicain, que le syndicat de Mme Gordillo contrôlait depuis des années, ce qui devrait permettre de découvrir si le syndicat alourdit la masse salariale avec des milliers d’emplois fictifs.

L’emprise du syndicat des enseignants est telle que personne ne sait exactement combien il y a d’écoles, d’enseignants et d’élèves au Mexique.

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