Incompétence culturelle

L'Arabie saoudite n'a pas besoin du Canada: c'est à nous de maintenir les liens

Arabie saoudite Canada
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Publié 11/08/2018 par Annik Chalifour

Expulsion de l’ambassadeur du Canada, sanctions économiques, étudiants rappelés, liaisons aériennes annulées: l’Arabie saoudite ne décolère pas devant l’appel de Chrystia Freeland, ministre des Affaires étrangères du Canada, à la libération de Samar et Raif Badawi.

Conséquences d’un exemple flagrant de l’incompétence culturelle du gouvernement Trudeau: un manque total de sensibilité dans l’approche d’une situation aiguë qui exigerait, d’une part, de mettre à l’avant une action distincte et prioritaire à court terme pour libérer Samar et Raif Badawi, et d’autre part, un plan d’intervention à long terme visant l’éducation à la démocratie, plutôt que de condamner le gouvernement saoudien en matière de protection des droits humains et de leurs activistes en sol saoudien.

Bien sûr on connaît les priorités de notre politique étrangère fondée sur notre Charte des droits et libertés. Une Charte «canadienne» d’où s’inspirent nos valeurs culturelles et l’animation de notre démocratie en sol canadien. Mais peut-on vraiment l’exporter?

Comment peut-on croire qu’on puisse imposer nos valeurs du jour au lendemain dans un pays où l’on vient à peine d’autoriser les femmes à obtenir leur permis de conduire un véhicule? Cette nouveauté semble illustrer une ouverture de l’Arabie saoudite face aux droits des femmes au sein de la société saoudienne.

Peut-être aussi que les Saoudiens en avaient tout simplement marre d’être les constants chauffeurs de ces dames… Reste à voir l’évolution juridique des droits des Saoudiennes…

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Suite à cet incident diplomatique, le gouvernement Trudeau se dit ouvert au dialogue. Mais comment s’y prendre pour initier un dialogue interculturel sur des sujets aussi sensibles liés à la politique interne d’un pays?

D’autant plus que l’Arabie saoudite a-t-elle vraiment besoin du Canada? C’est à nous de maintenir nos relations diplomatiques avec ce pays incontestablement prépondérant dans le monde musulman.

Depuis des décennies, les ONG canadiennes et québécoises dénoncent le non-respect des droits humains partout sur la planète. Résultat: les droits humains continuent d’être bafoués plus que jamais, malgré nos éternelles interventions humanitaires et les lois internationales.

Dénoncer les injustices, oui, mais pas sans éduquer ni développer la pensée critique.

Par ailleurs les répercussions de cet incident ne se limitent pas exclusivement à nos relations avec l’Arabie saoudite, mais avec un ensemble de pays où les droits humains ne sont pas respectés comme nous l’entendons.

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Le Canada prétendrait-il se faire le défenseur des droits humains à travers la planète?

Si c’est le cas, on doit clarifier notre politique étrangère dans ce domaine. Élaborer un plan stratégique d’intervention diplomatique à long terme – en partenariat avec nos alliés – ciblant des objectifs éducationnels et promotionnels auprès de certains pays ouverts à considérer l’implantation d’un modèle démocratique nord-américain. Peut-être est-ce déjà fait? Svp nous démontrer les succès…

Le processus – au départ – suppose que notre gouvernement détienne les compétences culturelles à la persuasion et à la négociation. Utopie ou chimère?

Auteur

  • Annik Chalifour

    Chroniqueuse et journaliste à l-express.ca depuis 2008. Plusieurs reportages réalisés en Haïti sur le tourisme solidaire en appui à l’économie locale durable. Plus de 20 ans d'œuvre humanitaire. Formation de juriste.

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