Des petits passagers clandestins dans le bois de chauffage

Partagez
Tweetez
Envoyez

Publié 20/09/2011 par Denys Yemshanov

La prochaine fois que vous transporterez du bois de chauffage, vous transporterez peut-être aussi de petits passagers clandestins venant d’un peu partout dans le monde. Ces mystérieux passagers sont arrivés au Canada et ont parcouru le pays par bateau et par camion, et ils voyagent peut-être maintenant à l’arrière de votre véhicule.


Ces passagers sont des insectes considérés comme des «organismes exotiques envahissants». Après avoir trouvé un milieu qui leur convient, ils s’y installent puis pondent leurs œufs, ce qui crée un nouveau foyer d’infestation; c’est alors que commencent les vrais problèmes.


La possibilité de prédire la propagation des espèces envahissantes est devenue une des priorités des chercheurs du Centre de foresterie des Grands Lacs (CFGL), à Sault Ste. Marie.


Les organismes exotiques envahissants ont de graves conséquences pour les secteurs de l’agriculture, de l’exploitation forestière et de la santé publique et ont entraîné à l’échelle mondiale des pertes économiques comparables à celles des ouragans et des grandes catastrophes naturelles.


L’agrile du frêne


L’agrile du frêne, insecte envahissant récemment introduit en Amérique, a eu des effets dévastateurs sur les terres et ressources forestières urbaines et rurales dans certaines régions du nord-est des États-Unis, dans le sud de l’Ontario et tout récemment, à Sault Ste. Marie.


Publicité

Comme le problème des espèces envahissantes a une grande portée géographique en Amérique du Nord, il est essentiel de bien évaluer et comprendre les menaces que peuvent poser les nouveaux envahisseurs.


Pour ce faire, les chercheurs et les organismes de réglementation doivent réaliser des analyses du risque de grande envergure. Or, une des plus grandes difficultés auxquelles font face les chercheurs et les forestiers est de trouver le moyen de prédire quels passagers clandestins apprécieront le climat, le feuillage et les arbres de nos régions et à quel endroit ils décideront de s’installer.


Les chercheurs du CFGL ont donc mis au point des méthodes élaborées qui permettent d’évaluer les risques de nouvelle infestation pour les forêts canadiennes et la vitesse à laquelle les insectes pourraient s’établir et se disperser dans le pays.


Invasion virtuelle


Pour analyser le risque, les chercheurs du CFGL font notamment appel à des «modèles prévisionnels intégrés».


À l’aide de ces modèles informatiques avancés, ils créent les «mondes virtuels» qui leur permettent de reproduire ce qui se passe dans la réalité. Ces modèles, appuyés par de puissants ordinateurs, simulent l’arrivée d’espèces exotiques envahissantes en Amérique du Nord à divers points d’entrée possibles (avec le commerce international ou par d’autres moyens), leur dispersion vers d’autres régions (par des moyens naturels ou à l’aide des humains) et enfin les dommages qu’ils causeraient à nos forêts et aux arbres de nos villes.


Publicité

Les chercheurs de RNCan arrivent ainsi à obtenir des scénarios virtuels s’appliquant à l’ensemble du pays, ce qui permet de cibler les zones sensibles et les goulots d’étranglement où les envahisseurs risquent le plus de s’établir.


Répercussions graves


Puisque les insectes se propagent rapidement, les prévisions et les estimations fournies par une bonne analyse du risque sont de première importance en cas d’infestation d’insectes.


En effet, comme les infestations peuvent avoir des répercussions économiques et environnementales irréparables, il est essentiel que les décisions de réglementation et de quarantaine soient prises rapidement.


Pour ce faire, les décideurs doivent obtenir le plus possible d’information scientifique sur l’insecte envahissant et son comportement.


Enfin, comme les mesures de surveillance et de lutte peuvent devoir être mises en œuvre dans plusieurs localités, il est important de déterminer quelles régions sont le plus exposées et de cibler ces régions en priorité.


Publicité

Simulations par ordinateur


Avec un tel processus d’établissement de priorités, les simulations par ordinateur deviennent extrêmement importantes, puisqu’il est nécessaire d’évaluer un grand nombre de scénarios complexes en très peu de temps.


Ce travail fait généralement appel à une batterie de serveurs – ensemble d’ordinateurs capables de réaliser des volumes énormes de calculs.


Les chercheurs du CFGL réalisent des projections sur les infestations d’insectes pour l’ensemble du territoire canadien et évaluent des millions de scénarios possibles, en vue de déterminer où et quand ces infestations risquent le plus de se produire. Les prévisions ou «cartes des risques associés aux organismes nuisibles» ainsi obtenus sont similaires à des cartes météorologiques, mais elles indiquent plutôt la probabilité de nouvelles infestations et l’emplacement de ces infestations.


Les humains: des véhicules


Les scientifiques poursuivent leurs recherches sur la prévision du risque, mais les Canadiens peuvent aussi aider à prévenir la propagation des espèces envahissantes, en suivant quelques règles simples. Il faut se souvenir que les humains sont souvent les principaux moyens de propagation des nouveaux organismes envahissants.


De nombreux organismes ne peuvent pas se déplacer par eux-mêmes sur de grandes distances et sont généralement transportés par les humains. Ils voyagent souvent cachés dans du bois non traité de piètre qualité; c’est pourquoi il est important de ne pas transporter de bois de chauffage. En effet, ce bois peut renfermer des organismes nuisibles qui sont minuscules, mais ont la capacité de détruire des millions d’arbres.


Publicité

Tous devraient se renseigner sur la provenance de leur bois de chauffage et de leur bois de construction, privilégier le bois de chauffage d’origine locale et laisser les matières naturelles dans leur milieu d’origine.


Les chercheurs continuent à surveiller de près le comportement des nouveaux organismes nuisibles et à cartographier leur position actuelle et leur propagation prévue.


Les décideurs et les organismes de réglementation font de plus en plus appel aux cartes du risque mises au point au CFGL pour bien diriger les ressources servant à surveiller et à combattre les espèces exotiques envahissantes.


Des cartes du risque


Plus les chercheurs disposeront d’information sur les organismes nuisibles envahissants, plus leurs prédictions du risque seront précises. Le Centre de foresterie des Grands Lacs est l’un des cinq centres du Service canadien des forêts de Ressources naturelles Canada. Il fournit en temps opportun de l’information et des conseils pertinents et scientifiquement fondés sur des questions d’intérêt national comme les feux de forêt, les changements climatiques, les espèces envahissantes et la situation concurrentielle de l’industrie forestière.


Auteur

Partagez
Tweetez
Envoyez
Publicité

Pour la meilleur expérience sur ce site, veuillez activer Javascript dans votre navigateur