Des détenus de Guantanamo ne veulent plus rentrer dans leur pays

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Ahmed Bel Bacha devrait normalement être impatient de quitter Guantanamo après cinq ans de prison dans ce camp américain à Cuba, mais aujourd’hui cet Algérien se bat pour rester plutôt que de retourner dans son pays d’origine où il craint d’être torturé.

L’homme de 38 ans, qui devrait être extradé vers l’Algérie dans les prochains jours, a même demandé à une cour américaine de le laisser rester à Guantanamo quelque temps, afin de trouver un pays tiers qui puisse l’accueillir. Il avait déjà fui l’Algérie pour demander l’asile au Royaume-Uni.

Comme lui, une vingtaine de détenus enfermés à Guantanamo craignent de subir des mauvais traitements s’ils retournent dans leur pays d’origine, selon plusieurs organisations de défense des droits de l’Homme. La plupart sont libyens, algériens ou tunisiens.

Comme le président américain George Bush subit une pression croissante en faveur de la fermeture de la prison de Guantanamo, plusieurs organisations redoutent que les États-Unis se montrent moins regardants sur les pays de destination des anciens «combattants ennemis».

«Combien de fois les États-Unis vont-ils risquer la vie de quelqu’un et renvoyer des gens vers des pays où la situation des droits de l’Homme est terrible?», interroge Zachary Katznelson, un avocat de l’organisation Reprieve, qui défend Ahmed Bel Bacha et une trentaine d’autres détenus.

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Les États-Unis se sont déclarés prêts à libérer quelque 80 des 360 prisonniers de Guantanamo. Selon Jeffrey Gordon, un porte-parole du Pentagone, ils pourront l’être «une fois que les pays destinataires auront fourni des réponses satisfaisantes en termes de traitement humain». «Les détenus ne sont pas reconduits vers des pays où il est plus vraisemblable qu’ils seront torturés que le contraire», a-t-il assuré.

Parmi les anciennes «combinaisons orange» de Guantanamo, le Tunisien Abdullah Ben Omar affirme avoir été giflé et dit que les services de sécurité ont menacé de violer les femmes de sa famille.

Dans le cas de Bel Bacha, les services de la présidence algérienne ont expliqué à l’Associated Press que «l’engagement constant et incontestable du pays dans la lutte contre le terrorisme international» et la signature «de nombreuses conventions internationales sur la protection des droits de l’Homme» avaient convaincu les États-Unis.

Mais les défenseurs des droits de l’Homme restent sceptiques. Amnesty International a rappelé qu’en Algérie, toute personne soupçonnée de terrorisme ou d’avoir des liens avec des groupes islamistes «court le risque d’une détention au secret et de tortures». Dans son rapport 2006 sur les droits de l’Homme, le département d’État américain lui-même avait repris les accusations selon lesquelles les forces de l’ordre algériennes pratiquent la torture.

Amnesty dit recevoir fréquemment des signalement de personnes battues ou soumises à des décharges électriques. Une autre technique consisterait à leur faire ingérer de force de l’eau souillée, de l’urine ou des médicaments pour qu’ils vomissent.

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Le frère d’Ahmed Bel Bacha, Mohammed, affirme aussi que les avocats de son frère n’ont pas pu se rendre en Algérie. «Si les autorités ont peur de laisser entrer les avocats, qui peut garantir que mon frère rentrera en Algérie sain et sauf?»

Après un bref séjour au Royaume-Uni, Bel Bacha s’est rendu au Pakistan pour étudier le Coran, selon sa famille. Mais les États-Unis l’ont accusé d’avoir suivi un entraînement au maniement des armes en Afghanistan et l’ont enfermé à Guantanamo en février 2002 en tant que «combattant ennemi».

Un nouvel examen de son dossier a conclu qu’il ne constituait plus une menace pour les États-Unis et pouvait être libéré.

«Si quelqu’un retourne en Algérie, c’est une occasion en or pour l’Algérie de montrer qu’elle a changé», suggère Katznelson, qui prévient: «le monde regardera ce qui va se passer.»

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