Complot contre Via Rail: des prières nocturnes qui dérangeaient le voisin

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25 avril 2013, 18h42

MONTRÉAL _ Un ancien voisin de Chiheb Esseghaier, l’un des deux hommes accusés d’avoir comploté dans le but de commettre un attentat terroriste contre un train de la société Via Rail, affirme s’être plaint à de nombreuses reprises des prières nocturnes du principal intéressé.

L’homme en question, qui répond au nom de Michel, affirme que ces prières l’empêchaient de dormir. Et ce ne serait là qu’un des nombreux problèmes que l’accusé aurait eus avec les autres locataires de l’immeuble montréalais où il a vécu jusqu’en décembre 2012.

Son voisin de palier affirme avoir cogné à la porte d’Esseghaier à de multiples reprises, vers 3 h 00 du matin, pour lui demander d’arrêter de faire autant de bruit, les murs du bâtiment de l’arrondissement Côte-des-Neiges_Notre-Dame-de-Grâce étant particulièrement minces.

Il se serait également plaint plusieurs fois à la surintendance du comportement bizarre de son voisin.

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Michel et un autre locataire ayant senti quelque chose brûler dans l’appartement d’Esseghaier auraient, par exemple, découvert que celui-ci tentait de sécher une chemise au-dessus des éléments de sa cuisinière.

Selon le quotidien montréalais La Presse, l’homme originaire de la Tunisie aurait été expulsé en décembre dernier. Le quotidien rapporte qu’Esseghaier aurait été surpris en train d’utiliser son barbecue dans son salon parce que le vent soufflait trop fort à l’extérieur.

Michel affirme que son ancien voisin partageait son logement avec un autre homme, mais que celui-ci a quitté quelques mois avant le principal intéressé.

Déportation, mais où?

Par ailleurs, une condamnation pour fraude a failli mener à la déportation de l’autre accusé dans cette affaire, Raed Jaser.

De nouveaux documents d’immigration montrent que les autorités fédérales voulaient déporter l’accusé en 2004, mais que la procédure a été compliquée par le fait que son pays d’origine, la Palestine, ne dispose pas d’un État à proprement parler.

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Le Torontois, âgé de 35 ans, de même qu’Esseghaier, de cinq ans son cadet, font face à des accusations reliées à ce que la GRC décrit comme un complot terroriste télécommandé par Al-Qaïda en Iran.

Les deux hommes sont accusés d’avoir comploté afin de commettre le meurtre de personnes inconnues au profit d’un groupe terroriste, d’avoir comploté afin de nuire aux moyens de transport au profit d’un groupe terroriste et d’avoir sciemment participé à une activité d’un groupe terroriste ou d’y avoir contribué.

On reproche aussi à Chiheb Esseghaier d’avoir sciemment participé à une activité d’un groupe terroriste ou d’y avoir contribué et d’avoir sciemment chargé directement ou indirectement une personne de se livrer à une activité au profit d’un groupe terroriste.

Les documents d’immigration montrent également que Raed Jaser est arrivé au Canada en 1993 alors qu’il n’était encore qu’un adolescent.

Contrairement au reste de sa famille, il n’a pas obtenu sa citoyenneté canadienne en raison de condamnations criminelles, dont une fraude en 1997.

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Jaser a été arrêté en août 2004 après que les autorités aient émis un mandat dans le but de l’expulser du Canada, mais il a été relâché par la suite.

Le Code criminel n’est pas un livre saint

Cette semaine, devant un juge, Chiheb Esseghaier a refusé de reconnaître l’autorité du Code criminel, puisqu’il ne s’agit « pas d’un livre saint ».

Après que les cinq accusations de terrorisme eurent été lues, mercredi à Toronto, Esseghaier a demandé à s’adresser à la Cour. Les accusations portées contre lui sont basées sur le Code criminel, a plaidé Esseghaier, et « nous savons que le Code criminel n’est pas un livre saint ».

Il a aussi ajouté que le Code criminel avait été rédigé par des créatures imparfaites et que seul le Créateur est parfait. En conséquence, selon lui, les conclusions tirées de ce Code ne sont pas fiables.

La juge de paix présidant l’audience, qui avait prévenu Esseghaier de surveiller ses paroles, a ordonné que l’accusé soit placé en détention préventive jusqu’à sa prochaine comparution par visioconférence, prévue pour le 23 mai.

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Son coaccusé, Raed Jaser, un résident de Toronto de 35 ans, doit comparaître à nouveau le même jour devant le tribunal, également par visioconférence.

Les deux hommes font face à diverses accusations de terrorisme, en lien avec ce que la Gendarmerie royale du Canada (GRC) a qualifié de premier présumé complot dirigé par Al-Qaïda en sol canadien.

Esseghaier, âgé de 30 ans, un étudiant au doctorat spécialisé dans les nanocapteurs, fait face à cinq chefs d’accusation.

Esseghaier et Jaser sont tous les deux accusés d’avoir comploté afin de commettre le meurtre de personnes inconnues au profit d’un groupe terroriste, d’avoir comploté afin de nuire aux moyens de transport au profit d’un groupe terroriste et d’avoir participé ou contribué à une activité d’un groupe terroriste.

Esseghaier fait aussi face à une autre accusation de participation aux activités d’un groupe terroriste, relativement à une autre période, et d’avoir sciemment chargé une personne de se livrer à une activité au profit d’un groupe terroriste.

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S’ils sont reconnus coupables, ils pourraient être condamnés à la prison à vie.

Esseghaier a comparu en cour une première fois mardi à Montréal, où il avait été arrêté la veille, puis il a été transporté mercredi vers Toronto, où aura lieu l’éventuel procès.

Les deux hommes ont été placés en détention préventive à la suite de leur comparution à Toronto. Ils devront s’adresser à une autre instance judiciaire pour tenter d’obtenir une libération sous caution en attendant la suite des procédures.

L’avocat de Jaser, John Norris, a indiqué mercredi qu’il est en train de préparer une telle demande de libération sous caution. Esseghaier, pour sa part, n’avait toujours pas retenu les services d’un avocat, mercredi.

Choc et incrédulité

Me Norris avait indiqué mardi que Jaser, un résident permanent qui vit au Canada depuis 20 ans, était « dans un état de choc et d’incrédulité », et qu’il niait les allégations portées contre lui.

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Les deux hommes ont été arrêtés et accusé lundi, en vertu d’allégations de la police selon lesquelles ils préparaient un attentat qui nécessitait la « direction et l’assistance » des membres d’Al-Qaïda en Iran.

Deux responsables des autorités policières américaines ont déclaré à l’Associated Press que la cible de l’attentat présumé était un train reliant New York et le Canada.

Les accusés avaient la capacité de mener une attaque, mais il n’y avait pas de « menace imminente » pour le public, a indiqué la GRC. Il n’y a par ailleurs aucune raison de croire que les attaques étaient parrainées par le régime iranien, a ajouté la police fédérale.

Interrogations sur le moment choisi

Par ailleurs, le gouvernement conservateur s’est défendu, mardi, d’avoir quelque chose à voir avec le moment choisi par les autorités policières pour procéder à l’arrestation de deux présumés terroristes.

Ottawa a tenu ces propos après que l’avocat de l’un des hommes eut fait part de ses interrogations quant à une certaine implication politique.

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Le ministre de l’Immigration, Jason Kenney, a lancé qu’il aurait évité de faire appel aux théories du complot s’il était lui-même avocat. M. Kenney a été le premier à recevoir un bilan des opérations des autorités, lundi après-midi. La Gendarmerie royale du Canada a annoncé avoir déjoué, de concert avec d’autres corps policiers, un complot terroriste qu’auraient fomenté Raed Jaser et Chiheb Esseghaeir.

Julie Carmichael, la porte-parole du ministre de la Sécurité publique Vic Toews, a de son côté soutenu que le calendrier des opérations était entièrement à la discrétion des agences de sécurité du pays, qui avaient toute la confiance d’Ottawa pour mener à bien leur travail.

Raed Jaser et Chiehb Esseghaier font face à plusieurs chefs d’accusation liés au terrorisme, dont celui d’avoir comploté pour commettre le meurtre de personnes inconnues au profit d’un groupe terroriste et d’avoir sciemment participé à une activité d’un groupe terroriste.

Les accusations renvoient à des infractions qui auraient été commises entre le 1er avril et 25 septembre 2012, en plus d’une autre accusation dont l’action se serait déroulée jusqu’au 14 février.

Sans crier gare, les conservateurs ont annoncé vendredi la fin des débats sur le projet de loi anti-terrorisme, dont certaines mesures prévoient le renouvellement de dispositions échues depuis 2007 telles l’arrestation préventive, par exemple.

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Le leader parlementaire du gouvernement, Peter Van Loan, n’avait fait aucune référence au débat la veille, lorsqu’il avait présenté des avis pour les projets de loi à venir plus tard dans la semaine suivante. Le dernier vote à ce sujet a été tenu en février, et une troisième lecture doit en être faite mercredi.

L’avocat de Raed Jaser, John Norris, a déclaré qu’il avait été clairement démontré que les suspects ne représentaient pas un risque immédiat pour la sécurité publique et qu’il était donc surprenant que les arrestations soient faites maintenant, « aussi peu de temps après les événements de Boston et en parfait alignement avec ce qui s’est passé à la Chambre des communes lundi ».

La sergente de la GRC Julie Gagnon a renvoyé au gouvernement toute question concernant le moment choisi pour procéder aux arrestations.

L’Iran nie toute implication

Pendant ce temps, l’Iran a nié toute implication dans ce présumé projet d’attentat terroriste.

Parmi les hypothèses étudiées par les autorités canadiennes figure celle que les deux suspects aient été commandités par des membres du réseau terroriste al-Qaïda basés en Iran.

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Un porte-parole du ministre des Affaires étrangères de l’Iran, Ramin Mehmanparast, a soutenu devant des journalistes, mardi, que les objectifs politiques et idéologiques d’al-Qaïda étaient incompatibles avec ceux de l’Iran. Il a qualifié l’hypothèse canadienne de nouveau chapitre d’une hostilité contre Téhéran.

Perquisitions

Des policiers, munis de mandats, ont fait des perquisitions à Toronto et à Montréal, lundi.

À Markham, au nord de Toronto, les policiers avaient placé un périmètre de sécurité, empêchant l’accès à la moitié d’un duplex.

Sanjay Chaudhary, qui demeure dans l’autre moitié du duplex, a dit que la GRC l’avait interrogé au sujet de son voisin, lui demandant s’il le connaissait et s’il lui parlait souvent.

M. Chaudhary a dit ne pas connaître ni l’homme ni celle qu’il croit être sa femme. L’arrivée des policiers l’a grandement surpris car, selon lui, le voisinage est « paisible ».

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Le superviseur d’Esseghaier à l’INRS, Tsuneyuki Ozaki, a indiqué, lors d’une entrevue téléphonique, ne pas vouloir trop s’avancer sur le cas de celui-ci. « C’est un choc pour moi », a-t-il reconnu, sans toutefois indiquer la durée de sa collaboration avec cet étudiant au doctorat.

Selon la porte-parole Julie Martineau, la thèse de Chiheb Esseghaier portait sur les nanosenseurs, et l’individu travaillait au Centre de recherche Énergie Matériaux Télécommunications de l’INRS à Varennes.

« C’était une surprise… nous sommes davantage occupés à faire de la recherche qu’à surveiller ce genre de choses », a-t-elle dit.

« [Chiheb Esseghaier] était quelqu’un comme vous et moi, qui vaquait à ses occupations. On n’avait pas porté quoi que ce soit à notre attention. »

Les cours se poursuivent comme à l’ordinaire, a mentionné Mme Martineau, après avoir indiqué que le professeur qui travaillait avec Essaghaier, Mohammed Zourob, avait quitté son poste en novembre 2012. Ce départ n’aurait aucun lien avec l’enquête en cours.

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Sous surveillance

Montréal n’était pas une cible du complot, même si l’un des suspects y vivait et y travaillait depuis quelques années, a précisé la police fédérale.

L’attentat que fomentaient les deux hommes était commandité par des éléments du groupe terroriste al-Qaïda en Iran, a soutenu lundi la GRC lors d’une conférence de presse à Toronto. Aucun détail n’a cependant été donné sur la façon dont les présumés terroristes auraient pu mettre leur plan à exécution.

Il n’y aurait pas non plus d’informations laissant croire que ce projet d’attentat était commandité, a ajouté la GRC.

Même s’ils avaient la ferme intention de perpétrer cet attentat, jamais la sécurité du public n’a été menacée, a assuré la police fédérale.

« Bien que la GRC croyait que ces individus avaient la capacité et la volonté de poser des actes criminels, il n’y a eu aucun danger imminent pour la population en général, ni pour les employés de chemin de fer, les passagers des trains ou l’infrastructure ferroviaire », a déclaré James Malizia, commissaire adjoint à la GRC.

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Et s’ils avaient réussi à mettre leur projet à exécution, « plusieurs personnes auraient été tuées ou grièvement blessées », a-t-il poursuivi.

Les deux terroristes présumés étaient surveillés par l’équipe d’un projet baptisé « SMOOTH » depuis août 2012. La GRC, le FBI et le département américain de la Sécurité intérieure, entre autres, ont collaboré dans ce dossier.

« L’enquête représente une belle réussite de partenariat policier dans le cadre de nos équipes intégrées de la sécurité nationale. Elle démontre aussi à quel point la menace contre notre sécurité est bien réelle », a souligné le surintendant Courchesne.

Dénoncés par d’autres musulmans

Selon le surintendant Doug Best, les deux hommes sont apparus sur l’écran-radar des autorités grâce à des informations fournies par la communauté musulmane.

Environ une vingtaine de leaders de la communauté musulmane ont été appelés pour rencontrer la GRC et ont participé à une séance d’information avant la conférence de presse de lundi.

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Ces leaders disent ne pas être surpris d’apprendre que la première information a été fournie par leur communauté.

Cette dernière est généralement composée de citoyens respectant les lois qui veulent faire une différence dans leurs villes et villages, a déclaré Farina Siddiqui, qui est membre de DawaNet, un groupe musulman.

« Nous devons identifier les problèmes dans lesquels s’empêtrent nos jeunes, puis identifier les solutions pour éliminer ce genre de situations », a-t-elle stipulé.

Du point de vue du ministre fédéral de la Sécurité publique, Vic Toews, l’affaire démontre que le terrorisme demeure une véritable menace pour le Canada.

« La réussite de l’opération « SMOOTH » est attribuable au fait que le Canada travaille de très près avec ses partenaires de l’étranger afin de combattre le terrorisme, a-t-il déclaré. Le Canada ne tolérera aucune activité terroriste et ne servira pas de refuge aux terroristes, ni à ceux qui soutiennent des activités terroristes. »

L’ambassadeur américain à Ottawa, David Jacobson, a pour sa part félicité la GRC pour les arrestations, affirmant qu’elles découlaient d’une importante coopération transfrontalière. « Des professionnels engagés des deux côtés de la frontière ont permis d’effectuer ces arrestations, a-t-il dit. Nous devons tous demeurer vigilants pour affronter les menaces et assurer la sécurité en Amérique du Nord ».

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