Vivre des réussites malgré la dysphasie

Pas assez déficients, mais pas assez normaux non plus

Un atelier de réparation de vélos à l'école. (Photo: Dreamstine)

Un atelier de réparation de vélos à l'école. (Photo: Dreamstine)


23 juin 2016 à 11h20

À l’école secondaire Horizon Jeunesse, à Laval, l’adaptation scolaire a pris un tournant afin de rendre la réussite éducative accessible à tous, y compris les élèves atteints de dysphasie.

La dysphasie est un trouble primaire du langage de nature neurologique. Elle peut affecter seulement l’expression ou à la fois l’expression et la compréhension du langage, et ce, tout au long de la vie de la personne atteinte.

«La réception, la compréhension et la transmission d’un message peuvent être affectées à différents degrés pour chaque élève dysphasique. Chacune de nos interventions envers eux est individualisée», explique Caroline Corbeil, enseignante d’un des deux groupes dysphasie. Elle et sa collègue Martine Sauvé sont spécialisées en adaptation scolaire.

«Nous avons constaté que le papier et le crayon, pour un élève de 15 ans pratiquement analphabète à cause de la dysphasie, ça ne fonctionne tout simplement pas», fait valoir Caroline.

Et quand le papier et le crayon ne fonctionnent pas, les stages en milieux de travail peuvent être une alternative au cheminement scolaire ordinaire. Mais les défis communicationnels auxquels ces jeunes font face peuvent rendre l’expérience complexe, voir mener à l’échec. Et parfois, les employeurs manquent de tolérance.

«De l’extérieur, une personne dysphasique semble tout à fait normale. Cela crée souvent des attentes dans les milieux de travail et beaucoup de confusions. On ne les comprend pas bien, car ils sont considérés comme n’étant pas assez déficients, mais pas assez normaux non plus», confie Caroline.

Contexte de travail… à l’école

Afin de donner une chance aux élèves atteints de dysphasie de vivre des réussites et de persévérer dans leur cheminement scolaire, les deux éducatrices spécialisées ont adapté le Parcours de formation axée sur l’emploi (PFAE) du ministère québécois de l’Éducation en l’échelonnant sur une période de cinq ans au lieu de trois ans.

Le PFAE s’accompagne de deux formations: la Formation préparatoire au travail et la Formation menant à l’exercice d’un métier semi-spécialisé.

Dans le but d’autonomiser les élèves et de leur donner l’occasion de vivre des situations similaires à celle d’un futur milieu de travail, Caroline et Martine ont mis sur pied deux coopératives gérées par les jeunes atteints de dysphasie, depuis maintenant deux ans.

La Coop Jeunesse Bistro Gourmand, sous la supervision de Martine, organise des cocktails pour des galas et des repas rassemblant parfois près de 150 convives au sein de l’école ou de la Commission scolaire de Laval. La coopérative se fait même parfois offrir des contrats à l’extérieur du milieu scolaire.

La Coop Jeunesse À votre service est, comme son nom l’indique, une coopérative de services variés, supervisée par Caroline. Leurs prestations sont très diverses, allant du service de buanderie de l’école pour les sarraus et l’équipement sportif, à la machine à café, en passant par les photocopies, le recyclage et même un atelier de réparation de vélos.

«Nos interventions doivent être basées sur des situations de la vie de tous les jours. Avec les coopératives, les jeunes apprennent aussi à autofinancer leurs activités et à faire un budget, ce qui sert aussi dans la vraie vie. Et par la bande, on fait des mathématiques», avance Martine.

Erreurs et réussites

Comme le rappellent les deux enseignantes, ces adolescents atteints de dysphasie ne souhaitent qu’une chose: être comme les autres adolescents de leur âge.

«Ces jeunes sont excessivement travaillants, mais ils ont très peur de se tromper, car ils n’ont pas eu l’occasion de vivre beaucoup de réussites dans leur vie. Depuis la mise en place des coops, ils nous disent qu’ils ont gagné en confiance et leur sentiment d’appartenance à l’école est plus fort. Ils sont fiers», relate Martine.

«En acceptant leurs erreurs, par exemple lorsqu’une élève revient avec la cafetière dans les bras en classe, car elle n’avait pas exactement compris ce qu’elle devrait faire avec l’appareil, on vient dédramatiser la situation», souligne Caroline.

Par contre, le défi de trouver du travail pour ces élèves après leur diplomation demeure entier. «Il manque encore de milieux de travail pour les personnes atteintes de dysphasie, mais on pense aussi que cela est relié à une méconnaissance de ce trouble du langage. Néanmoins, la direction de notre école est très proactive et nous avons bon espoir d’assurer un bel avenir à ces élèves», conclut Martine.

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