Une idée «dialogique» pour la future université franco-ontarienne

Manif pour une université franco-ontarienne, en face de l’Assemblée législative de l’Ontario en février dernier. (Photo: Harriet Vince) En médaillon: le professeur Norman Cornett. (Photo: Sara Cornett)

La future université franco-ontarienne, voulue par le mouvement associatif et dont le principe est accepté par les trois grands partis politiques, sera-t-elle une institution traditionnelle – une «usine» à diplômés, sans doute compétents dans leur domaine mais isolés les uns des autres – ou acceptera-t-elle de considérer d’autres paradigmes pédagogiques?

Pourrait-elle s’ouvrir à des méthodes d’enseignement moins conventionnelles, moins passives, comme celle des «rencontres dialogiques» participatives développées par le professeur canado-américain Norman Cornett?

Les lecteurs de L’Express ont déjà croisé cet expert de Lionel Groulx, traducteur en anglais de Naïm Kattan, prof de science des religions pendant 15 ans à McGill jusqu’en 2007, année où l’université montréalaise a mis fin à son contrat, sans explication, au grand dam de ses collègues et de ses étudiants.

La documentariste de l’ONF Alanis Obomsawin a relaté cet épisode dans un long-métrage intitulé Professeur Norman Cornett: «Depuis quand ressent-on l’obligation de répondre correctement au lieu de répondre honnêtement?», sorti en 2009.

Le titre du film fait directement référence à sa philosophie de l’enseignement, «qui encourage les étudiants à exprimer leur opinion plutôt qu’à essayer de deviner celle que le prof veut entendre», explique le Dr Cornett en entrevue à L’Express la semaine dernière.

«La seule mauvaise question est celle qu’on n’ose pas poser», résume-t-il.

Modèle interactif

Constamment invité par plusieurs universités canadiennes, américaines et européennes à animer des «rencontres dialogiques» et à expliquer sa méthode, M. Cornett, qui habite toujours Montréal, affirme s’intéresser au projet d’université franco-ontarienne, «car ce n’est pas tous les jours qu’on parle de créer une nouvelle université».

Et malgré ses déboires avec McGill, il se dit optimiste face à l’évolution de l’enseignement supérieur dans nos sociétés, constatant que de plus en plus de pédagogues cherchent à intéresser et impliquer davantage les jeunes dans leur propre apprentissage, notamment au moyen de pratiques interactives ou ludiques.

C’est un véritable Who’s Who culturel, politique et scientifique qui a défilé dans ses cours pour discuter avec ses étudiants, puis dans ses «rencontres dialogiques» pour interagir avec le public. Mentionnons les ex-premiers ministres Paul Martin et Lucien Bouchard, les chefs Ed Broadbent et Preston Manning, l’ancien juge de la Cour suprême Charles Gonthier et le célèbre avocat Julius Grey, les écrivains Antonine Maillet, Roch Carrier, Jacques Godbout, Neil Bissoondath, des musiciens comme Winston Marsalis et R. Murray Schafer.

Renaissance

Norman Cornett rêve d’une décompartementalisation des études universitaires, qui seraient pluridisciplinaires plutôt qu’hyperspécialisées, pour former des Léonard de Vinci, qui était artiste, ingénieur, scientifique…

«Le modèle actuel est le même depuis la création des premières universités au Moyen-Âge à Bologne, Paris (la Sorbonne) et Oxford: un maître qui parle en face de dizaines ou de centaines d’étudiants, avec peu d’interaction.»

M. Cornett prône davantage une «renaissance» qu’une «révolution», puisqu’il préfère le modèle de l’Antiquité grecque où le professeur marchait et discutait avec ses étudiants. En politique, en art et en science, on a appelé «Renaissance» le moment où on est sorti du Moyen-Âge pour chercher à faire «renaître» les civilisations grecques et romaines dont une partie du savoir avait été perdue.

Son modèle, qu’il compare volontiers à l’improvisation en jazz, où il faut penser vite et se faire confiance, suppose que le prof apprend et sort grandi lui aussi de sa relation avec les étudiants. «L’éducation est un phénomène communautaire où une pluralité de voix doivent s’exprimer», dit-il. «Ça ne doit pas reposer sur une série de monologues.»

Le jeu et la créativité sont également au coeur de sa méthode. «Les jeunes peuvent passer des heures à jouer, mais s’embêtent rapidement dans un cours magistral, surtout les plus intelligents», souligne-t-il.

D’ailleurs, «l’adulte se perçoit intérieurement comme un enfant», croit-il. «L’enfant (en nous) est donc la pierre de touche de l’éducation.»

La création d’une université franco-ontarienne serait «une occasion en or de faire les choses autrement», pense-t-il. «Vous avez carte blanche!»

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