Roman des années sida et récit d’un monstre contre nature

Tim Murphy, L’immeuble Christodora, roman traduit de l’anglais par Jérôme Schmidt, Paris, Éditions Plon, coll. Feux croisés, 2017, 448 pages, 32,95 $.
Jeanine Maes, À l’autre bout de ma vie, récit, Nantes, Éditions Amalthée, 2016, 164 pages, 27,95 $.

Tim Murphy, L’immeuble Christodora, roman traduit de l’anglais par Jérôme Schmidt, Paris, Éditions Plon, coll. Feux croisés, 2017, 448 pages, 32,95 $. Jeanine Maes, À l’autre bout de ma vie, récit, Nantes, Éditions Amalthée, 2016, 164 pages, 27,95 $.


13 mars 2017 à 22h02

En 2018, le journaliste new-yorkais Tim Murphy a publié un premier roman, Christodora, qui a reçu un accueil dithyrambique. Le New York Times parle d’«un talent incroyable». La version française à paru en janvier 2017 sous le titre L’immeuble Christodora. Attendez-vous à une lecture déstabilisante.

Tim Murphy
Tim Murphy

Les chapitres sont comme des cartes qui ont été brassées et étalées à la queue leu leu. On passe de 1997 à 2012 puis à 1992 et ainsi de suite. Je veux bien croire qu’un romancier a droit à sa créativité, mais pourquoi s’acharner à confondre son lectorat?

Le personnage principal ou protagoniste de ce roman est le sida. En 1981, on parle du sarcome de Kaposi. Un septième cas en un mois, presque tous dans la communauté homosexuelle, fait dire à certains qu’il y a «trop de disco ou de nitrites ou de sexe ou je ne sais pas».

Hector, un activiste important dans la recherche contre le sida, carbure à la crystal meth, quand ce n’est pas à l’héroïne. «Tu viens de me faire découvrir comment je vais réussir à supporter le restant de mon existence.»

En 1989, le médicament AZT ne suffit pas. Les sidéens qui ne connaissaient rien en science peuvent maintenant lire des rapports de médecins et participer à des réunions hautement spécialisées. On revendique «une définition du sida qui inclurait les symptômes propres aux femmes».

Les pires années sida, durant le premier mandat de Bill Clinton, avaient été habitées par la maladie et la mort presque immédiate. «La tristesse de la perte se mélangeait confusément avec l’espoir de jours meilleurs».

En 1997, après quinze années de mort et de nouveaux médicaments, les gens commencent à aller mieux et «arrêtent de ressembler à des cadavres». Ils n’ont plus peur de mourir et veulent à nouveau s’occuper de leurs enfants.

J’aurais personnellement élagué allègrement dans ce roman où on passe beaucoup de temps à se shooter, à baiser, à être constamment extatique. L’immeuble Christodora sera adapté en mini-série par le créateur de True Detective.

À l’autre bout de ma vie

Née en 1940 d’une famille flamande et arrivée au Québec en 1960, Jeanine Maes raconte sa difficile insertion dans une société «où tous se croient le droit de me déguiser de ma vraie nature». Dans À l’autre bout de ma vie, elle raconte comment elle se marie pour quitter sa famille et son plat pays. Lorsque le conjoint découvre les amours saphiques de son épouse, il l’a fait interner à l’Hôpital psychiatrique Saint-Jean-de-Dieu.

Jeanine Maes
Jeanine Maes

Pendant sept mois, Jeanine est traitée comme une folle. «La porte sur ma liberté était cadenassée. Ce lieu sinistre était en train de m’assassiner.»

Les médecins prétendent que c’est l’amour interdit qui rend la jeune femme malade, qui explique qu’elle ne s’appartient plus. Nous sommes en 1962 et les amours saphiques sont une abomination. «J’étais un monstre contre nature.»

La jeune femme réussit à passer à travers son calvaire de cinq mois à Saint-Jean-de-Dieu grâce à une garde-malade qui la soutient, qui lui apporte un espoir de vivre. Le mari va finalement signer le document autorisant sa sortie de l’enfer.

Le roman est écrit de façon saccadée. Presque chaque phrase est un paragraphe. Voici un exemple:

«La vie nocturne m’avait dans ses entrailles.

«Déjà je portais en moi cette cicatrice d’un amour interdit.

«J’avais perdu trop de temps à faire semblant de vivre, seule dans ma névrose.»

À l’autre bout de ma vie est le récit d’une époque où une personne traquée par des interdits se trouvait «du mauvais côté de la nature».

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