Postsecondaire: les programmes avant la gouvernance?

Ou la gouvernance pour développer les programmes?

Des participants à la session torontoise des États généraux sur le postsecondaire en Ontario français. À l’arrière: Kenneth McRoberts, principal du campus Glendon de l’Université York. À droite: Bululu Kabatakaka, directeur du campus torontois du Collège Boréal.

12 novembre 2013 à 9h48

Les États généraux sur le postsecondaire français, organisés par le Regroupement étudiant franco-ontarien (RÉFO), sont passés par Toronto, samedi, au Collège français, rue Carlton.

De nombreux professeurs, élèves, parents d’élèves et autres membres actifs de la communauté francophone de Toronto autour d’une question: comment améliorer l’enseignement supérieur offert en langue française dans notre province?

Tables rondes, plénières, débats, et discours ont animé une journée pleine d’enseignements.

Alain Dupuis, coordonnateur général du RÉFO parlait du devoir urgent d’«augmenter de façon substantielle le nombre de programmes offerts en français.»

Pour Allison, professeure participante aux débats, «la qualité et la diversité des programmes proposés aux étudiants sont essentielles».

Ce point promet d’être étudié avec beaucoup de sérieux et d’attention dans les prochaines années par les acteurs les plus influents de la communauté scolaire francophone de la région.

Nouveaux programmes

Lors d’une entrevue accordée à L’Express, Kenneth McRoberts, principal du collège universitaire Glendon, se félicitait de pouvoir offrir «très prochainement aux étudiants francophones de nouveaux programmes en biologie, commerce ou encore communication», grâce aux 16,5 millions $ débloqués tout récemment par le gouvernement provincial.

Mais au-delà de l’offre et de l’accessibilité aux services, c’est la question de la gouvernance (la gestion des fonds et des institutions par des francophones) qui est passée au crible.

Éric Desrochers, représentant du RÉFO à Glendon, est très clair: «La gouvernance est indispensable. C’est seulement avec la gouvernance que nos intérêts seront pris en compte et que l’on pourra miser sur l’excellence, l’innovation du postsecondaire en Ontario français.»

Deux modèles

Cela faisait écho à l’ensemble des participants de la consultation. Alain Dupuis rebondit d’ailleurs en avançant que ce défi – ou plutôt ce besoin – permettrait «d’explorer de nouveaux modèles».

Deux retiennent plus particulièrement l’attention: la création d’une nouvelle université de langue française indépendante, avec de multiples campus à travers la province, ou l’autonomisation complète d’un collège universitaire existant (Glendon) et l’amélioration des institutions déjà en place.

Les opinions exprimées ont été multiples et il semble que la solution parfaite n’existe pas. Pour Éric Desrochers, il s’agit simplement de «regarder nos acquis et de voir ce que l’on peut bâtir avec. Une jonction entre Glendon et le collège universitaire de Hearst serait ainsi envisageable», dit-il.

Stéphane, parent d’élève, prétendait cependant que «le plus gros danger qui nous guette, c’est la dilution des efforts. On veut couvrir toute la carte, mais il nous faut regarder d’abord les endroits à besoin. Et Toronto en fait évidemment partie.»

Recrutement et rétention

Troisième et dernier thème abordé en table ronde, celui de la rétention et du recrutement des étudiants. À ce sujet, pas de remède miracle trouvé à l’inéluctable exode d’élèves francophones vers le postsecondaire en anglais.

Privilégiant des institutions prestigieuses d’enseignement anglophone après une éducation faite de la maternelle au secondaire en français, il s’agit de séduire à nouveau les étudiants.

De plus en plus de familles exogames, de meilleures infrastructures, des programmes plus attrayants, une meilleure réputation, tout cela sert à expliquer cette cruelle évidence.

Pourquoi arrêter ses études en français après le secondaire? Pourquoi ne pas profiter pleinement de cet atout linguistique certain?

«Il faut travailler ensemble. Valoriser l’importance des études en français. Il faut une meilleure promotion, un meilleur apprentissage, une meilleure information, plus de discussion», disait justement une participante à la consultation publique samedi.

Bululu Kabatakaka, directeur des programmes postsecondaires au Collège Boréal, a martelé qu’il «faut montrer toutes les options aux jeunes, leur parler des possibilités francophones au postsecondaire, qui ne se réduisent pas à l’université. Il y a aussi des collèges communautaires. Une pédagogie doit être faite.»

«On doit penser autrement. Penser au succès collectif. Seule la collaboration permettra à la francophonie de rayonner», avançait un futur étudiant du postsecondaire.

Début d’un plan d’action

«Consultation très professionnelle, très bien menée», selon Kenneth McRoberts, «On en apprend plus sur l’état des lieux», disait Stéphane, parent d’élève, «réussite totale, plus qu’à attendre le sommet provincial» pour Alain Dupuis.

La consultation publique de Toronto fut en tout point réussie, riche d’enseignements, de débats, et de questions, dont certaines encore sans réponse. Stacey Churchill, professeur et membre du Comité d’experts sur le Centre et le Sud-Ouest de l’Ontario, disait en guise de conclusion qu’il «incombe à chacun d’entre nous de respecter le travail qui a été fait et d’aider à bâtir quelque chose d’encore meilleur.» 

Après les dernières consultations prévues à Windsor, Ottawa et Thunder Bay jusqu’en décembre, et un sommet provincial en 2014, on devrait y voir plus clair.

Quoi qu’il en soit, le chantier a débuté, avec déjà des convictions, des espoirs et beaucoup de pugnacité.

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