Pas facile de recréer un festin de Champlain

Escale culinaire avec la chef Chantal Véchambre

La chef Chantal Véchambre au Blowfish dimanche soir.

22 septembre 2015 à 8h36

Sous le thème des 400 ans de présence francophone en Ontario, et avec la participation du Festival Francophonie en Fête, le Festin de Champlain a mis en lumière la richesse du patrimoine gastronomique francophone, dimanche soir dernier au restaurant Blowfish, rue Bay.

La société Pop-up à la carte, chargée d’organiser la soirée, a invité ses convives à une soirée culinaire basée sur le thème de la Nouvelle-France. Une cinquantaine de personnes se sont ainsi rassemblées autour d’un cocktail suivi d’un généreux repas concocté par la chef Chantal Véchambre.

«C’est un honneur pour moi de cuisiner pour l’évènement, mais c’est surtout une nouvelle opportunité de faire mes preuves sur ce type de cuisine tout à fait particulier», témoigne-t-elle en entrevue à L’Express.

Pour le plaisir des oreilles, Anne Sophie Roy accompagnait le dîner au piano, affirmant «retranscrire les étapes du voyage de Samuel de Champlain à travers la musique. Au début je joue une pièce de style baroque, puis plus amérindien…»

Comme la musicienne, Chantal Véchambre a également composé et expérimenté derrière ses fourneaux. «Au 17e siècle, il n’y avait aucune précision sur le temps de cuisson, ni les proportions. Alors, j’ai dû faire plusieurs expériences pour trouver la bonne façon de faire», explique la chef.

Cette passionnée étudie le lien entre la cuisine française et nord-américaine. C’est aussi dans des ateliers consacrés à la cuisine historique, au coeur de la forteresse de Louisbourg, sur l’île du cap Breton, que la chef a enseigné à ses élèves comment cuisiner à l’ancienne.

Pour concevoir un menu d’époque, Chantal Véchambre a travaillé plusieurs semaines. «J’ai dû faire de longues recherches, apprendre à mieux connaître les populations, leur lieu de vie, leurs méthodes de cuisine, et enfin savoir de quoi ils se nourrissaient», précise-t-elle. Un travail de longue haleine pour la chef française, partie à la recherche de ses ingrédients à travers les petites épiceries haut de gamme de Toronto.

Mais difficile de mettre la main sur tous les ingrédients nécessaires comme l’ail des bois, très utilisé en ces temps-là.

Malgré les obstacles, elle est parvenue à offrir un menu élaboré à ses invités: velouté de courge iroquoise aux graines de tournesol grillées, suivi d’une salade de radis, pissenlit et truite fumée.

Le deuxième service se composait de l’élégant ragoût des «trois soeurs» (maïs, courge et haricot) avant de voir arriver une croustade de gibier (feuilleté au chevreuil) accompagnée de son riz sauvage et de ses champignons des bois.

Et enfin, pour l’ultime touche sucrée, un granité aux bleuets sauvages assorti d’un gâteau au maïs, canneberges et beurre d’érable…

Immigrée au Canada il y a 10 ans, elle s’est installée à Toronto depuis deux ans. C’est en Acadie qu’elle a passé ses premières années au Canada, à travailler en cuisine et suivre des cours.

Après 25 ans à Paris, elle avait tout quitté pour un nouveau départ. «J’avais envie de changer de vie, tout simplement. J’avais entendu tellement de bien du Canada que je me suis lancée. Depuis que je suis ici, je réalise mes rêves et je suis profondément épanouie.»

Convaincue que la France ne lui aurait jamais offert ce que le Canada a fait pour elle, elle décrit son expérience comme un voyage en perpétuelle évolution. «En tant que femme, en France, je n’aurais pas pu évoluer si vite dans le milieu. Ici, on nous laisse notre chance. Cela fait moins de dix ans que je suis chef, les choses se sont enchaînées rapidement et simplement.»

Et son voyage continue! Depuis lundi, Chantal Véchambre est la chef officielle du consul de France à Toronto.

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