Parlant de fausses nouvelles…

Mark Twain, Oscar Wilde, H. L. Mencken.

Mark Twain, Oscar Wilde, H. L. Mencken.


30 décembre 2016 à 15h15

C’est Mark Twain qui disait: «Si vous ne lisez pas les journaux vous n’êtes pas informé, et si vous les lisez vous êtes mal informé.»

Chaque fois que je tombe sur une citation géniale, elle vient soit de Mark Twain (1835-1910), d’Oscar Wilde (1854-1900) ou de H. L. Mencken (1880-1956), trois écrivains et libres-penseurs qui ont aussi été journalistes.

L’auteur des Aventures de Tom Sawyer est aussi celui qui a dit: «Ce n’est pas ce que vous ne savez pas qui vous pose des problèmes, mais c’est ce que vous savez avec certitude et qui n’est pas vrai.» Ça s’applique à plusieurs commentateurs et politiciens modernes, non?

Mark Twain reste plus souvent cité, par les admirateurs du succès dans tous les domaines, pour: «Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait.»

Le créateur du Portrait de Dorian Gray, lui, a notamment écrit: «Les folies sont les seules choses qu’on ne regrette jamais.» Aussi: «Le public est extraordinairement tolérant. Il pardonne tout, sauf le génie.» Encore: «La différence entre littérature et journalisme, c’est que le journalisme est illisible et que la littérature n’est pas lue.»

Henry Louis Mencken est moins connu du grand public, mais il a été tout aussi redoutable, lançant des grenades comme: «L’amour est le triomphe de l’imagination sur l’intelligence» ou «Le puritanisme est la crainte épouvantable que quelqu’un puisse être heureux quelque part.»

Il méprisait souverainement les politiciens de son époque, leurs électeurs et la démocratie en général, notant qu’«il y a des politiciens qui, si leurs électeurs étaient cannibales, leur promettraient des missionnaires pour le dîner».

Ce n’est donc pas d’hier qu’on accuse ses adversaires politiques ou les médias de répandre des faussetés ou qu’on les taxe de «populisme» – le gros mot de 2016, que les savants appellent encore «démagogie».

Mais suite aux victoires du Brexit et de Donald Trump, alors qu’on a jamais eu accès à autant de sources d’information et de moyens de communication, les perdants de ces scrutins ont décrété que 2016 a été l’année des «fausses nouvelles», comme si c’était une innovation, et comme si un nombre inhabituel d’électeurs ont été influencés par des fausses rumeurs sur Twitter et Facebook.

Cette alerte aux «fausses nouvelles» est elle-même une fausse nouvelle!

Je ne pense pas qu’on aurait insisté là-dessus si le «remain» ou Hillary Clinton avaient gagné. Pourtant, ces camps ont pris eux aussi de grandes libertés avec la vérité, trafiqué les faits, corrompu la science et/ou caché des informations importantes – comme ça se fait aussi chez nous, au gouvernement comme dans l’opposition.

D’aucuns avancent même que Trump a menti plus souvent sur des trivialités, alors que les tromperies et les évasions de Clinton portaient sur des dossiers majeurs. Après tout, on a ri de la gaucherie et de l’amateurisme des Républicains (finissant par passer pour une certaine authenticité), et on a vanté le sérieux et le professionnalisme des Démocrates au pouvoir (incitant les gens à se méfier).

La meilleure analyse que j’ai lue du succès électoral de Trump, que tant d’experts n’avaient pas prévue et peinent encore à expliquer, est celle de Peter Thiel: «Les adversaires de Donald Trump l’ont toujours pris à la lettre, mais ils ne l’ont jamais pris au sérieux. Ses électeurs, eux, l’ont pris au sérieux, mais ils ne l’ont jamais pris à la lettre.»

Le co-fondateur de Paypal, actionnaire de Facebook et d’autres entreprises, était l’un des orateurs venus appuyer le candidat républicain à la convention de Cleveland cet été. Il a continué de le conseiller pendant la transition, notamment sur la sélection des membres de la nouvelle administration.

Son commentaire date de deux semaines avant le scrutin du 8 novembre, et il aurait été tout aussi valide si Trump avait perdu de justesse contre Clinton, comme cela aurait très bien pu arriver si la candidate démocrate avait su mobiliser quelques dizaines de milliers d’électeurs de plus dans quelques états-clés.

Le narcissisme et la vantardise surdimentionnés, le nationalisme et le patriotisme à outrance, la vulgarité injurieuse et les slogans inquiétants («lock her up!»), c’était le spectacle, pas le programme politique. Mais c’était le seul spectacle en ville, que les hauts cris de l’intelligentsia bien-pensante scandalisée n’ont réussi qu’à amplifier. Or, plusieurs citoyens venus pour le spectacle sont restés pour les idées, ou du moins pour le thème central de la campagne de Trump: réordonner les priorités et faire le ménage à Washington («drain the swamp!»).

À CNN, quelques jours seulement après une rencontre houleuse entre le président-élu et les patrons des plus grands médias, j’ai vu passer une bannière au bas de l’écran annonçant: «Trump dit faussement que des millions d’illégaux ont voté pour Clinton». CNN cherchait peut-être ici à réaffirmer son indépendance, mais le réseau n’a réussi qu’à confirmer son manque d’objectivité. «Trump dit que des millions d’illégaux ont voté pour Clinton» aurait suffi. Qui sait? C’est peut-être vrai. CNN n’a pas enquêté là-dessus, il n’a fait que citer les adversaires de Trump et les présenter comme les détenteurs de la vérité.

À ma connaissance, Fox News n’a jamais titré: «Obama dit faussement que 97% des scientifiques calculent que nos émissions de CO2 causent des changements climatiques catastrophiques» – une croyance encore plus absurde et frauduleuse que celle en la corruption de la démocratie par le vote d’immigrants illégaux. C’est même la «fausse nouvelle» la plus tenace de ce début de 21e siècle.

Je souhaite que 2017 soit l’année où, grâce à Donald Trump, on se débarrasse enfin de cette obsession ruineuse et de ses gourous pseudo-scientifiques, pour s’occuper de la vraie pollution et des vrais défis environnementaux.

Ce serait déjà un grand progrès, éminemment réalisable, peut-être le meilleur coup de son mandat. Car pour le reste, aussi important bien sûr, ça risque d’être plus long et plus difficile. Pour les finances publiques et l’économie, la sécurité et l’immigration, la santé et l’éducation, la démocratie et les relations internationales, je n’attends pas de miracles. Je crains même des erreurs ou des reculs, mais au moins on ne s’ennuiera pas.

Surtout, l’heure n’est pas à la limitation des choix de lecture et d’information, soi-disant pour vous protéger des «fausses nouvelles». Vous ne consommez que La Presse, le Toronto Star ou Radio-Canada? Jetez un coup d’oeil de temps en temps aux chroniqueurs du Journal de Montréal, du National Post ou de Rebel Media. Vous aimez Mother Jones, Ricochet ou le Huffington Post? Ajoutez Breitbart, Friends of Science ou le National Review à votre menu. Vous ne jurez que par David Suzuki, Al Gore ou Gabriel Nadeau-Dubois? Découvrez Judith Curry, Matt Ridley ou Mark Steyn. Vous tripez sur le Broadbent Institute ou Greenpeace? Examinez un peu l’Institut économique de Montréal et le Cato Institute.

«Mourir pour une idée, c’est noble sans aucun doute. Mais combien plus noble si les hommes mouraient pour des idées vraies!» – H. L. Mencken

Bonne et stimulante année 2017 à tous!

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