L’université virtuelle reste un rêve

Il y a trois ans à peine, les CLOM (cours en ligne ouverts aux masses), mieux connus sous l’expression anglaise MOOC (Massive Online Open Courses) ne promettaient rien de moins qu’une révolution de l’enseignement universitaire.

En mars 2012, Sebastian Thrun, fondateur d’Udacity et spécialiste en intelligence artificielle de l’université de Stanford, allait jusqu’à annoncer, dans la revue Wired, qu’il ne resterait plus dans dix ans qu’une dizaine d’institutions d’enseignement supérieur dans le monde.

Mais le rêve d’une université entièrement virtuelle n’a pas survécu à l’épreuve de la réalité. Passé l’effet de mode, l’enthousiasme est retombé aussi vite qu’il est apparu et le concept est maintenant critiqué et dénoncé de toutes parts.

C’est ce qu’on lit dans le plus récent blogue de l’Éducation en langue française en Ontario, un site dont les coordonnateurs proviennent des douze conseils scolaires et des deux collèges franco-ontariens, des universités ontariennes bilingues, et du ministère de l’Éducation de l’Ontario.

Vie et mort des CLOM

Les institutions qui ont emboîté le pas et qui ont offert des cours en ligne pour ne pas demeurer en reste se cherchent maintenant une vocation. Le concept d’enseignement en ligne évolue toutefois et pourrait bien revenir enrichir la pédagogie, sous une forme très différente.

Que s’est-il passé? Popularisés de 2011 à 2012 par trois grandes universités américaines – Stanford en version payante et Harvard et le MIT en version gratuite – les cours en ligne ont rapidement fait tache d’huile.

À la fin de 2012, plusieurs autres universités se joignaient au mouvement et diverses plateformes spécialisées – Coursera, edX et Udacity, pour ne nommer que celles-là, commençaient à grouper les cours de toutes les institutions. Le succès fut instantané. En 2013, ces trois entreprises comptaient déjà sept millions d’étudiants, dont 180 000 dans un seul cours!
Mais les résultats n’ont pas été à la hauteur.

De 2 à 10% des étudiants libres finissaient leur cours et obtenaient leur certificat. Même les initiatives plus structurées, comme le partenariat conclu entre Udacity et l’Université d’État San José, se sont soldées par l’échec de plus de la moitié des étudiants inscrits. De toute évidence, la technologie ne pouvait pas ainsi se substituer au corps enseignant!

Crédits et socialisation

La critique des CLOM porte sur plusieurs axes :

Les CLOM ont d’abord été conçus comme une vitrine promotionnelle des grandes universités, qui espéraient ainsi recruter plus d’étudiants conventionnels, payant leur inscription au prix fort. On remarquera, par exemple, que les grandes universités américaines ne reconnaissent pas les crédits qu’elles émettent en ligne pour l’admission à leurs programmes réguliers.

Les CLOM misaient souvent sur des enseignants et enseignantes vedettes, dont la vraie valeur était en recherche ou en enseignement supérieur. Ces vedettes voyaient les cours en ligne comme une perte de temps, surtout que la pédagogie ne faisait pas partie de leur évaluation.

Les CLOM ne permettaient pas la socialisation entre étudiants et l’apprentissage de plusieurs aspects intangibles de leur discipline. La possibilité de côtoyer ses futurs collègues, d’apprendre certaines normes non écrites au contact des pairs fait pourtant partie d’une formation complète.

Les CLOM étaient un projet purement technologique, qui ne présentait aucun nouveau concept pédagogique. Par exemple, beaucoup de cours, conçus par des informaticiens, étaient fortement automatisés et insistaient lourdement sur les «bonnes» et les «mauvaises» réponses, dans une approche très objectiviste de l’éducation.

Le manque d’attention porté à la pédagogie semble avoir été, en rétrospective, l’un des éléments les plus déterminants de la «désillusion CLOM».

Ian Bogost, professeur en sciences informatiques au Georgia Institute of Technology et virulent critique du concept, a bien résumé le problème: «Le cours magistral était considéré comme un modèle défectueux de l’époque industrielle. Pourquoi, alors, le porter aux nues dès lors qu’il a été numérisé et diffusé via Internet à l’ère informatique?»

Le CLOM en mutation

Le discrédit du modèle promotionnel proposé jusqu’ici ne signifie pas la mort de l’enseignement en ligne, loin de là. Le modèle du CLOM semble être en train de muter.

Un des axes de réflexion est le perfectionnement professionnel, où la possibilité d’étudier au moment de son choix et sans avoir à se déplacer reste un atout considérable. L’autre axe de réflexion consiste à chercher des moyens d’intégrer les cours en ligne à une pédagogie modernisée.

C’est ainsi que ce sont développés d’autres types de CLOM, comme celui où l’élève apporte sa contribution au cours ou encore celui qui intègre la notion de projet d’équipe. C’est ce qu’a fait l’Université de Lille 1 en France, qui connaît un taux de réussite élevé et moins de décrochage. Le collège francophone La Cité, en Ontario, connait également du succès avec ces types de CLOM.

L’une des approches, que nous retiendrons ici, est celle de la pédagogie ou classe inversée, dont nous avons déjà parlé dans ce blogue. Elle se rapproche des CLOM en ceci qu’une partie de l’enseignement est dispensé en ligne, sous forme, non pas de cours entiers, mais de courtes capsules éducatives qui seront ensuite appliquées en classe.

Capsules normalisées

En Ontario, plusieurs enseignants et enseignantes du palier postsecondaire expérimentent actuellement le concept avec leurs propres contenus.

L’adoption de capsules normalisées, disponibles sur une plateforme informatique dédiée, comme cela se fait actuellement aux paliers élémentaire et secondaire par l’entremise de la BREO (Banque de ressources éducatives de l’Ontario) par exemple, pourrait redonner un certain caractère «massif» au système.

Contact Nord, le Portail du personnel enseignant et de formation de l’Ontario pour le palier postsecondaire, propose également une approche originale. Tous les cours en ligne et toutes les autres ressources éducatives gratuites existantes – comme Wikipédia, qui n’est pas d’abord conçu en fonction de l’éducation – ne seraient plus des fins en soi, mais deviendraient des «ressources éducatives ouvertes» (REO) dont le corps enseignant pourrait se servir pour appuyer sa pédagogie.

Dans un tel contexte, la salle de classe et le cours magistral joueraient un rôle moins important, mais on insisterait beaucoup plus sur l’accompagnement de l’étudiant à travers le matériel disponible. Des techniques héritées des CLOM, comme la correction informatisée et les groupes de discussion entre pairs, pourraient aussi venir apporter de nouvelles formes d’évaluation. Contact Nord admet toutefois que ces pratiques pédagogiques émergentes ont besoin d’être validées par l’expérience. Elles n’auront certainement pas toutes la même valeur.

Quoi qu’il en soit, cette insistance sur la pédagogie plutôt que la technologie est rafraîchissante. Conçus par des ingénieurs, utilisés comme outils promotionnels par de riches universités et popularisés sans se poser de questions sur leur réelle pertinence, les CLOM sont l’exemple parfait des périls associés à la recherche effrénée de «solutions magiques».

La sagesse consiste parfois à prendre un peu de recul.

Javascript est requis pour voir les commentaires alimentés par Disqus.

+Récents

Deux écoles élémentaires catholiques ajoutent le secondaire et des programmes spécialisés

Croquis représentant la nouvelle école élémentaire-secondaire catholique de Peterborough.

Deux écoles élémentaires du Conseil de district catholique Centre-Sud (CSDCCS), Monseigneur-Jamot à Peterborough et Pape-François à Stouffville, accueilleront dès septembre des cohortes d’élèves de la 7e, 8e et 9e année, et ajouteront progressivement des niveaux jusqu’en 12e, pour devenir des écoles élémentaires-secondaires. C’est actuellement le cas de seulement 2 des 58 écoles du CSDCCS (16 […]


24 mars 2017 à 15h04

Le «Quebec bashing» de Maclean’s: plus grave qu’un pet de cerveau

macleans

Andrew Potter, l’auteur d’un article dans le magazine Maclean’s dénigrant la moralité des Québécois, qui a provoqué un tollé de protestations sur la place publique, jusqu’au bureau du premier ministre Philippe Couillard, s’est rapidement excusé sur Facebook, puis a démissionné cette semaine de sa chaire d’études canadiennes de l’Université McGill… maintenant accusée dans certains milieux […]


24 mars 2017 à 12h56

Décès du journaliste Adrien Cantin

Adrien Cantin

Journaliste, éditorialiste, animateur, grand communicateur, Adrien Cantin s’est éteint le 22 mars à l’âge de 68 ans. Il aura marqué la scène médiatique franco-ontarienne par son approche toujours franche et directe, notamment au journal Le Droit et à l’antenne de TFO. «Souffrant d’un double cancer des poumons et de la gorge, M. Cantin était hospitalisé […]


24 mars 2017 à 10h06

Le 2e budget Morneau: grand parleur…

Le ministre Bill Morneau place le budget fédéral sous le signe de la formation et de l'innovation.

D’abord les chiffres. De nos jours, ils sont presque superflus, voire encombrants, dans les discours annuels du budget comme celui que vient de livrer le ministre fédéral Bill Morneau, «la prochaine étape du plan à long terme du gouvernement pour créer des emplois et renforcer la classe moyenne»… En 2017-18, le gouvernement canadien se propose […]


23 mars 2017 à 18h01

Yann Perreau et Mehdi Cayenne en concert samedi soir

Yann Perreau et Mehdi Hamdad.

Drôles et décalés, les chanteurs et musiciens Yann Perreau (Québécois) et Mehdi Cayenne (d’Ottawa), bêtes de scène notoires, clôturent la Semaine de la francophonie torontoise ce samedi 25 mars à 20h à la salle Brigantine de Harbourfront. Yann Perreau propose des textes «surprenants, planants et créatifs», disent les critiques. Entre une atmosphère pop et électro, […]


22 mars 2017 à 14h19

Une tempête de neige qui a exposé un déficit de solidarité chez les Québécois?

Andrew Potter

L’ex-rédacteur en chef du Ottawa Citizen, aujourd’hui à l’Université McGill, s’excuse d’avoir insulté les Québécois dans son analyse de la tempête de neige sur l’autoroute 13. Mais le magazine Maclean’s persiste et signe.

Le Journal de Montréal
22 mars 2017 à 11h27

Notre cerveau préfère les fausses nouvelles

Contrairement à une nouvelle qui a circulé dans les médias sociaux l'an dernier, le pape n'a pas appuyé officiellement la candidature de Donald Trump.

La politique à l’ère des médias sociaux offre l’opportunité d’un cours accéléré en psychologie de la désinformation. Entre les biais de confirmation et les Facebookiens qui partagent un texte sans l’avoir lu, journalistes et communicateurs tentent de s’ajuster. Jusqu’à six personnes sur 10 ne liront que le titre d’un article, rappelle le psychologue Gleb Tsipursky dans […]

Présidence française: débat à cinq

debat France

Marine Le Pen, François Fillon, Emmanuel Macron, Benoît Hamon et Jean-Luc Mélanchon, les cinq principaux candidats au premier tour de l’élection présidentielle française, le 23 avril, ont débattu à la télévision pendant plus de trois heures le 20 mars.

TF1
21 mars 2017 à 9h05

Des jeunes Franco-Ontariens veulent profiter de l’engouement pour l’humour

Neev, JC Surette, Chloé Thériault, Mickaël Girouard, Ilann Morissette, Brooke Jenicek et Jérémie Larouche.

L’industrie de l’humour est en pleine expansion au pays, et des jeunes francos sont bien placés pour en profiter. «Il a un boum dans l’humour, c’est une bonne période», confirme l’humoriste acadien J-C Surette, qui clôturait samedi soir le Gala des Rendez-vous de la Francophonie animé par un autre humoriste, Neev, à l’auditorium de l’école secondaire Saint-Frère-André […]


21 mars 2017 à 0h34

Des cohortes de Restavèks maltraités en Haïti

Gabriel Osson

«J’ai vécu à Haïti quand j’étais jeune. Un enfant, proche de ma famille, était resté chez nous. C’était un Restavèk», se souvient l’écrivain Gabriel Osson. L’écrivain aux multiples talents vient de publier son nouveau livre, Hubert, le Restavèk, une histoire fictive, mais portant si représentative de la réalité pour des milliers d’enfants de l’île. Il s’agit du […]


21 mars 2017 à 0h32
Voir tous les articles

Pour la meilleur expérience sur ce site, veuillez activer Javascript dans votre navigateur