Les enjeux de l’évolution démographique pour la communauté franco-ontarienne

Élection partielle fédérale dans Ottawa-Vanier le 3 avril

Mona Fortier (libérale) et Émilie Taman (néo-démocrate) sont candidates dans Ottawa-Vanier.

Mona Fortier (libérale) et Émilie Taman (néo-démocrate) sont candidates dans Ottawa-Vanier.


21 mars 2017 à 0h28

Affirmer que la circonscription d’Ottawa-Vanier est un bastion libéral n’a rien d’exagéré. Au fédéral, les libéraux sont les seuls à avoir détenu la circonscription depuis sa création en 1935. Au provincial, où elle existe depuis 1908, la circonscription a presque toujours été représentée par un député libéral, exception faite de quelques courtes périodes pendant lesquelles des conservateurs ont détenu le siège.

Voter libéral n’est pas la seule constante dans cette circonscription du centre-ville d’Ottawa. Les élus fédéraux et provinciaux d’Ottawa-Vanier ont tous été des Franco-Ontariens, sauf pour le tout premier en 1908. Leduc, Chevrier, Morin, Racine, Côté, Pinard, Chartrand, Gauthier, Roy, Grandmaître, Boyer… les noms des anciens élus et élues se lisent comme un répertoire généalogique de la communauté franco-ontarienne.

La tradition libérale de la circonscription s’est de nouveau confirmée le 15 novembre dernier lorsque Nathalie DesRosiers a remporté l’élection partielle provinciale pour combler le siège laissé vacant par la démission de Madeleine Meilleur.

Tout indique que la tradition sera également maintenue lors de l’élection partielle fédérale du 3 avril prochain. Compte tenu de la popularité actuelle du gouvernement Trudeau et du passé libéral de la circonscription, la candidate libérale Mona Fortier est à toute fin pratique assurée de succéder à feu Mauril Bélanger.

30%

Mais ce n’est là qu’une partie de l’histoire. Si Vanier compte depuis longtemps une importante population francophone, la taille de ce groupe linguistique a diminué de plus de la moitié depuis 1992. Les francophones ne représentent plus que 30% de la population de la circonscription.

Pas surprenant alors que deux des quatre partis en lice pour l’élection partielle semblent avoir conclu que le facteur francophone n’est qu’un facteur parmi d’autres dans le choix d’un candidat ou d’une candidate. En effet, tant le Parti conservateur que le Parti vert présentent des candidats qui ne parlent pas français.

De son côté, la candidate Émilie Taman du NPD ne semble pas avoir de liens très profonds dans la communauté francophone d’Ottawa, mais elle est au moins parfaitement bilingue.

Néo-Canadiens

Revenons maintenant à la course récente pour l’investiture libérale. Huit candidats et candidates étaient en lice, tous et toutes bilingues. Quatre d’entre eux étaient plus étroitement associés à la communauté franco-ontarienne dite «de souche». Trois des quatre autres provenaient de nouvelles collectivités canadiennes qui forment une part grandissante de l’électorat dans Ottawa-Vanier.

Khatera Akbari
Khatera Akbari

Ce qui est intéressant, c’est que tous les candidats et candidates ont fait valoir, tant dans leurs documents que leurs discours, l’importance de maintenir l’héritage francophone d’Ottawa-Vanier et se sont engagés à promouvoir le bilinguisme et à défendre les droits de la minorité de langue française.

La course a été très serrée. Malgré ses solides antécédents et son engagement de longue date dans la circonscription, au sein de l’association libérale locale et dans la communauté francophone, Mona Fortier a terminé tout juste devant sa plus proche adversaire après sept tours de scrutin.

Cette rivale était Khatera Akbari, une employée fédérale qui est arrivée au Canada de l’Afghanistan en tant que jeune fille et qui a recueilli beaucoup de soutien parmi la population néo-canadienne croissante d’Ottawa-Vanier.

Certains analystes ont fait valoir qu’en ne se ralliant pas derrière un seul candidat ou une seule candidate dit « de souche», la communauté franco-ontarienne était passée à deux cheveux de perdre l’un des rares sièges au pays qui donne une voix à la communauté francophone minoritaire. Je m’inscris en faux contre cette analyse pour plusieurs raisons.

Tout d’abord, il est sain pour la communauté francophone et pour le processus démocratique que plusieurs candidats et candidates de valeur se soient lancés dans la course. D’autre part, l’ensemble des candidats et candidates accordait beaucoup d’importance à la question francophone, tous par exemple s’étant prononcés en faveur du bilinguisme officiel à Ottawa.

Évolution

J’en tire donc quelques conclusions. La première, c’est que la démographie continuera d’évoluer, affectant le poids relatif de la communauté francophone dans Ottawa-Vanier. Il serait donc avantageux pour la communauté francophone d’accueillir en son sein plus de nouveaux arrivants. C’est d’autant plus vrai que, selon les sondages, les personnes dont la langue maternelle n’est ni l’anglais ni le français sont plus nombreuses que les anglophones à appuyer le bilinguisme et à favoriser l’offre de services dans les deux langues.

Deuxièmement, pour le moment, le Parti libéral est le plus susceptible d’attirer des candidats et candidates qui valorisent le bilinguisme et les droits des minorités. Traditionnellement, c’est également ce parti qui a le mieux réussi à rallier les communautés néo-canadiennes.

Au cours de la campagne à l’investiture libérale, Khatera Akbari a témoigné avec éloquence de son attachement à la communauté francophone de Vanier à cause de l’accueil que celle-ci a offert à sa famille à son arrivée au Canada. Cet attachement l’a poussée à apprendre le français.

Un jour, une Khatera Akbari pourrait très bien maintenir la tradition libérale dans Ottawa-Vanier et être également une porte-parole convaincante pour la communauté francophone.

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