Le temps d’écran, c’est comme le chocolat: il ne faut pas en abuser

Départager les usages positifs et négatifs

Les écrans empêchent l’enfant d’apprendre à contrôler ses émotions et nuisent à sa capacité de se concentrer et de rester attentif pendant un certain temps.
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Publié 28/03/2017 par Brïte Pauchet

Téléphones intelligents, tablettes électroniques, ordinateur, télévision. Les jeunes passent de plus en plus de temps devant leurs écrans. Un comportement sédentaire, qui inquiète les experts de la santé publique, en plus des parents. Pourtant, ce qu’on croit savoir des impacts n’est pas aussi clair. Survol en quatre temps.

Trop de temps

Selon un rapport publié l’automne dernier par l’Institut national de la santé publique du Québec (INSPQ), les jeunes passent beaucoup de temps devant les écrans. Les enfants de deux ans et demi regardent la télévision en moyenne 8,82 heures par semaine tandis que les enfants et adolescents de 11 à 17 ans consacrent au moins 35 heures par semaine aux divers écrans.

Le rapport de l’INSPQ s’attarde principalement au rôle des écrans dans l’augmentation des comportements sédentaires des jeunes. Cela favoriserait le surpoids et l’obésité, qui limite la capacité d’un individu à être actif.

De plus, l’exposition aux écrans, donc à la lumière bleue, entraverait le sommeil. Or, un sommeil de mauvaise qualité est lui-même associé avec l’obésité… qui peut aussi nuire au sommeil! Tout un cercle vicieux.

Observable

Mais en est-on aussi sûr? Caroline Fitzpatrick, professeure de psychologie à l’Université Sainte-Anne en Nouvelle-Écosse, signale que la majorité des études sur le temps d’écran sont réalisées à partir de questionnaires remplis spontanément par les participants. Or cette méthodologie est une source connue de biais.

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Par ailleurs, il est difficile de relier finement un comportement comme la sédentarité avec les paramètres liés à la santé et au bien-être chez les jeunes.

En 2016, une méta-analyse de 235 études, rassemblant plus de 1,5 million de participants de 71 pays, rapportait que la qualité des données récoltées allait de modérée à très faible. Pour les chercheurs, les résultats obtenus seraient purement observationnels et devraient être confirmés en suivant un meilleur design expérimental.

Étrangement, les chercheurs ne remettent pourtant pas en question les résultats compilés. Ce dernier point ne surprend pas Linda Pagani, de l’Université de Montréal, car les résultats sur l’impact chez les jeunes sont déjà observables, selon elle. Une méthodologie idéale, comme un essai contrôlé randomisé, ne ferait qu’ajouter une vision au microscope d’un problème que l’on voit déjà très bien à l’œil nu.

Cerveau malléable

Entre zéro et cinq ans, le cerveau est malléable.

Comme les écrans interactifs réagissent immédiatement au toucher, ils offrent donc une gratification instantanée. Les personnages colorés de leurs émissions favorites peuvent aussi sembler beaucoup plus intéressants que l’environnement normal du tout-petit.

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Enfin, des changements de plan fréquents dans une émission de télé peuvent stimuler de manière excessive le cerveau encore en développement des enfants, entraînant une plus grande difficulté de concentration lors des tâches quotidiennes.

Mme Fitzpatrick, qui étudie la préparation scolaire à la maternelle dans différents contextes démographiques et sociaux, a contribué récemment à une étude concluant que les enfants qui regardent plus souvent la télévision auraient également plus de difficultés à contrôler leurs émotions et leur comportement, un phénomène qui serait encore plus marqué dans les familles à faible revenu.

En conséquence, dit-elle, ces jeunes arrivent moins bien à prioriser et planifier leurs actions, ce qui influence négativement leur réussite scolaire.

Les ados

Les jeunes de 11 à 17 ans passeraient quant à eux plus de sept heures par jour devant des écrans, nous apprend le rapport de l’INSPQ.

«Il est certain que ces chiffres comprennent plusieurs temps d’écran différents: celui passé à la maison, à l’école et durant les déplacements», relève Mme Fitzpatrick. «Sinon il n’y aurait pas assez d’heures dans une journée. On parle donc autant de temps d’écran positif (recherche sur internet, rédaction de devoirs, etc.) que de temps d’écran négatif. Dans les faits, c’est très difficile à départager.»

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Avec la multiplication des plateformes et leur rapidité d’apparition, les chercheurs manquent de recul pour mettre au point des protocoles expérimentaux et analyser correctement l’effet des tablettes électroniques et des téléphones intelligents sur les jeunes.

Les adolescents ont leur propre cellulaire, qui peut autant être une source de soutien que concentrer des interactions sociales négatives comme le harcèlement en ligne. Mais ici, les données manquent.

Recommandations

Au Canada, les experts offrent des recommandations fermes: ne permettre aucun temps d’écran aux enfants de 0 à 2 ans; autoriser un maximum d’une heure par jour pour les enfants de 2 à 5 ans et de deux heures par jour, sans contenu violent, pour les enfants de 5 à 11 ans.

Dans ses nouvelles directives, l’Académie américaine de pédiatrie (AAP) présente quant à elle une série d’astuces à l’usage des parents d’enfants de 2 à 5 ans:

• privilégier un contenu de qualité éducative;

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• accompagner l’enfant pour lui expliquer ce qu’il voit et répondre à ses questions;

• ne pas permettre d’écran durant les repas et durant l’heure précédant le coucher;

• partager des moments d’écran en famille, pour des jeux ou des émissions;

• placer les écrans dans une pièce commune pour qu’un adulte puisse voir ce qui s’y passe;

• autoriser les enfants, quel que soit leur âge, à utiliser les écrans pour discuter à distance avec des membres de la famille, avec des applications comme FaceTime ou Skype.

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L’AAP souligne également l’importance du jeu libre chez les tout-petits et de l’activité physique pour toute la famille.

Elle n’impose pas de limite quotidienne de temps consacré aux écrans pour les jeunes de plus de 6 ans. Cependant, elle recommande aux parents d’établir un plan d’utilisation des écrans pour chaque membre de la famille, adultes compris, avec une limite sur le temps d’usage des différentes plateformes.

C’est une approche qu’appuie Mme Fitzpatrick. «C’est en responsabilisant les enfants envers leur usage des médias qu’on voit le plus d’effets. Il faut considérer le temps d’écran comme le chocolat. C’est bon d’en avoir, mais pas trop. Même s’il s’agit d’un chocolat de haute qualité à 90 % de cacao, il ne faut pas en abuser.»

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