Le genre humain pris en filature

Louis-Philippe Hébert, Un homme discret, roman, Montréal, Lévesque éditeur, coll. Réverbération, 2017, 164 pages, 25 $.

Louis-Philippe Hébert, Un homme discret, roman, Montréal, Lévesque éditeur, coll. Réverbération, 2017, 164 pages, 25 $.


26 juin 2017 à 16h05

Avec près de trente livres à son actif, Louis-Philippe Hébert est une voix reconnue dans le paysage littéraire québécois. Il a remporté le Prix du Gouverneur général du Conseil des arts du Canada (2015) avec Marie réparatrice. Son tout dernier roman, Un homme discret, est d’une écriture quasi indiscrète. On y voit le genre humain pris en filature.

Le protagoniste est à la fois Julien Loiselle et Octave Damphousse. Loiselle travaille pour une agence de détectives privés à Québec et Damphousse est la nouvelle identité que se donne ce détective après une explosion à l’aérogare de Bruxelles. Tous les passagers périssent, sauf le Québécois qui était dans les toilettes.

Louis-Philippe Hébert (Photo: Allen McEachern)
Louis-Philippe Hébert (Photo: Allen McEachern)

Loiselle n’avait jamais voulu être un homme (ou une femme). «Il ne voulait pas appartenir au genre humain. Sa vie se résume à une suite d’échecs qui ont réussi. Pour disparaître, pour tourner la page, pour se donner une nouvelle vie, Loiselle doit vampiriser ou amalgamer les êtres humains: homme, femme, bébé, enfant, ado révolté, vieillard calme… «mais toujours indifférent et résigné comme un agonissant».

Le nouvel être, l’Octave Damphousse, élit domicile à Montréal. Il n’a pas vraiment de résidence. C’est un fantôme qui erre dans le Mile End de Montréal. Ancien détective privé, il a préparé sa disparation de Québec et son apparition à Montréal.

Damphousse croit connaître toutes les combines pour échapper à une filature. De nos jours, il est plus facile de «se procurer des faux papiers que des vrais» si on est prêt à payer. N’empêche que l’ex-filateur devient vite le filé.

L’auteur tricote une intrigue qui nous fait parfois sourciller, comme un seul survivant dans une explosion, même pas une égratignure ou une poussière sur ses souliers cirés.

Louis-Philippe Hébert aime jouer sur les mots et truffé son récit de dictons comme «Eau qu’on regarde ne bout pas» ou d’exercices de diction comme «Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes?»

En donnant à son personnage le nom de Loiselle, il s’autorise à faire de petits jeux de mots comme «ton oiseau va s’envoler», «tu te laisses semer par un drôle d’oiseau», «le beau serin» ou «l’oiseau est revenu au bercail».

Et lorsque le protagoniste à une petite voix qui lui parle, le conseille ou le guide; il l’appelle naturellement «Madame Lavoie».

Octave Damphousse souhaite passer comme l’homme invisible, car «l’invisibilité est le meilleur camouflage». Il troque le vide pour le néant. Pour lui, «naître est une illusion» et «mourir, une réalité».

Damphousse ne naît pas avec une explosion, mais plutôt «de l’explosion». Je vous laisse deviner comment il va disparaître…

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