Le droit de vivre et de mourir dignement

Paulette Marisi, soeur jumelle de Paul-François Sylvestre.

Paulette Marisi, soeur jumelle de Paul-François Sylvestre.


28 mars 2017 à 1h44

«Je te paye un petit projet. Une bourse du Conseil des Arts Marisi pour que tu écrives un petit quelque chose à notre sujet… toi et tes sœurs, puis ta nièce et ta petite-nièce. Ça commence par la mort assistée, mais ce qui suit au niveau du cœur est une histoire d’amour. Et c’est toi qui vas raconter ça.»

C’est le mandat que Paulette Marisi donne à son frère, l’écrivain Paul-François Sylvestre, quelques jours avant de se présenter, en compagnie de ses deux enfants, chez Dignitas, près de Zurich (Suisse) et de suivre la procédure d’une aide médicale à mourir, le 18 août dernier.

Ayant lutté pendant presque 20 ans contre la sclérose en plaques, Paulette a dû reconnaître, à l’âge de 68 ans, que sa vie était maintenant réduite à subir une thérapie ou une autre «dans l’espoir de gérer la douleur et de s’accrocher à un lambeau de mobilité. Cela n’est pas vivre dignement.» Ayant «croqué dans la vie à pleines dents… je peux baisser les bras paisiblement, avec sérénité, avec un sentiment d’accomplissement et avec dignité.»

Paul-François s’est demandé pourquoi sa sœur n’a pas choisi de mener une bataille pour faire modifier le projet de loi C-14 qui a reçu la sanction royale le 17 juin dernier. Elle aurait pu être la voix des «sans papiers médicaux».

«J’imagine qu’il était trop tard, que tu n’avais plus la force de porter un flambeau. Puisse ce livre te donner la parole.» Dans l’ouvrage Ma jumelle m’a quitté dans la dignité, publié aux Éditions du Gref, Paulette prend plus que la parole. En filigrane, elle plaide pour que les législateurs canadiens modifient la législation concernant l’aide à mourir.

En adoptant la Loi concernant les soins de fin de vie, LRQ c S-32.0001, le Québec a été la première province du Canada à inscrire dans sa législation le droit des patients en phase terminale de choisir de recevoir l’aide médicale à mourir. Mais, le fédéral a également juridiction dans ce domaine.

Le 6 février 2015, dans le dossier Carter c. Canada (Procureur général), [2015] 1 RCS 331, la Cour suprême du Canada décidait à l’unanimité que l’alinéa 241b) et l’article 14 du Code criminel portent atteinte de manière injustifiée à l’article 7 de la Charte et sont inopérants dans la mesure où ils prohibent l’aide d’un médecin pour mourir à une personne adulte capable qui consent clairement à mettre fin à sa vie, et qui est affectée de problèmes de santé graves et irrémédiables lui causant des souffrances persistantes qui lui sont intolérables au regard de sa condition.

Lorsque les membres de la Chambre des communes et du Sénat ont donné suite à ce jugement, ils ont limité l’accès à l’aide à mourir aux malades qui sont en phase terminale. C’est ce qui explique que les Canadiens qui souffrent d’une façon intolérable, mais qui ne sont pas en phase terminale, doivent se rendre dans un pays comme la Suisse pour obtenir l’assistance médicale qu’ils désirent pour mourir.

À la fin du volume, Paul-François signale plusieurs ressources utiles aux lecteurs qui désirent poursuivre leurs réflexions sur le sujet. Lors d’une éventuelle réimpression, il sera facile d’ajouter à la liste des livres, films, sites internet et articles de nouveaux témoignages. Dont celui du journaliste bien connu Laurent Laplante: atteint d’un foudroyant cancer du pancréas, il est décédé à l’âge de 83 ans, le 15 mars dernier, en recourant à la Loi concernant les soins de fin de vie.

À l’extérieur des frontières de l’Ontario, la francophonie ontarienne est peu connue. L’auteur a eu la bonne idée de souligner que la famille Sylvestre a grandi dans un petit village canadien-français du Sud-Ouest de l’Ontario, région où ont été établies la première colonie permanente, la première paroisse et la première école de notre province, toutes entièrement de langue française.

Il m’apparaît essentiel qu’un éditeur accepte de publier en anglais le message de Paulette pour qu’il soit entendu également dans l’autre langue officielle du pays, notamment par ceux qui, parmi les membres du Parlement, ne maîtrisent pas la langue française, mais doivent toutefois constater la nécessité d’adopter un texte de loi bilingue pour modifier la présente législation.

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