Le corrigé de la dictée


12 juillet 2016 à 9h42

C’est l’heure de la correction! Dans ma précédente chronique, je vous faisais part d’une petite dictée que j’ai concoctée et que, volontairement, j’ai truffée de vingt fautes. Je vous demandais de les trouver. J’espère que vous avez bien fait l’exercice.

Je reproduis d’abord le texte en version corrigée, avec en gras les graphies correctes des mots ou expressions que j’avais transformées en erreurs dans la version publiée précédemment. Par la suite, je donnerai quelques explications sur ces erreurs.

* * *

Prendre racine

Voilà certainement un thème intéressant pour un salon du livre. Mais de quelles racines parle-t-on?

Sont-ce celles des végétaux? Les petites racines des ancolies, des coquelicots ou celles des arbrisseaux? Ou celles, plus grosses, par lesquelles se nourrissent les cyprès, les sapins baumiers, les thuyas et tutti quanti? Sont-ce encore les racines comestibles comme le rutabaga ou le topinambour?

À moins qu’il s’agisse plutôt des racines étymologiques. Celles qui donnent parfois du fil à retordre par leur graphie étrange, surtout lorsqu’elles sont grecques ou latines. Tant de suffixes incongrus et de morphèmes bizarres ont des racines empruntées aux Hellènes et aux Romains.

Peut-être est-ce à l’arithmétique qu’on s’intéresse? Là, les racines sont carrées ou cubiques, accompagnées de radicaux et de radicandes. Mais quelque intéressantes qu’elles puissent paraître, ce n’est sans doute pas de ces racines dont on parle dans un salon du livre.

Évoquerait-on plutôt les racines d’une personne? L’éventail d’arrière-grands-parents que l’on retrouve dans un arbre généalogique? Les aïeules qui nous ont vus naître et que l’on a peut-être vu inhumer ou ensevelir et qui, encore aujourd’hui, mangent les pissenlits ou les dents-de-lion par la racine?

Mais alors, si on ne parle ni des rhizomes ni des mycéliums, de quoi diable peut-il être question dans ce leitmotiv aussi large que sibyllin? On ne parle tout de même pas de Racine dans le Wisconsin, tudieu!

Ah! Ça y est! On parle peut-être de Racine lui-même. Ou peut-être pas, parce qu’encore eût-il fallu qu’on croisât Phèdre, Mithridate, Britannicus ou Iphigénie dans les couloirs ou autour des échoppes achalandées des libraires. Trêve d’élucubrations, on s’épivarde!

«Prendre racine», c’est s’ancrer dans un univers. Littéralement, c’est s’attarder quelque part, sans manifester l’intention de partir. Et cet amphigouri nous démontre que quand cet univers est celui des mots et des livres, toutes les fantaisies deviennent possibles.

Fin de la dictée

* * *

La première erreur à repérer était celle des sapins baumiers. Le sapin baumier est un arbre de la famille des pinacées originaire du nord-est de l’Amérique du Nord, à la cime pyramidale régulière et effilée, au bois tendre et léger, dont les feuilles aciculaires et persistantes dégagent une forte odeur épicée.

Le sapin baumier (sans «e», contrairement au patronyme) est l’arbre le plus cultivé par les producteurs d’arbres de Noël. De plus, il constitue l’une des principales essences forestières exploitées par l’industrie papetière canadienne. «Baumier» est adjectif et il s’accorde.

Le topinambour (et non «taupinambour») est le tubercule d’une plante appelée hélianthe tubéreux, qui est consommé comme légume.

L’adjectif étymologiques s’écrit sans «h» contrairement aux mots de la famille d’éthylique.

Les Hellènes, ce sont les Grecs. Le nom et son adjectif («hellénique») s’écrivent avec un «h» et deux «l».

L’arithmétique, avec un «i» et non un «y» (contrairement à «arythmie») est une partie des mathématiques.

Les radicandes (et non «radiquandes») sont les nombres placés sous le radical pour trouver la racine de celui-ci. Le radical est le «v» stylisé pour exprimer par écrit la fonction «racine», carrée ou autre.

On devait écrire quelque intéressantes, puisque dans la construction «quelque […] que», le mot «quelque» est adverbe et donc invariable, parce qu’il est suivi d’un adjectif (accordé avec elles, mis pour racines). Quelque peut être remplacé par «si» ou «aussi».

Il ne fallait pas ajouter de «t» euphonique dans l’expression Évoquerait-on. Le «t» final permet déjà de faire la liaison.

Dans le mot pluriel arrière-grands-parents, «arrière» est toujours invariable.

Dans le bout de phrase «que l’on a peut-être vu inhumer ou ensevelir», ce ne sont pas les aïeules qui font l’action d’inhumer (infinitif parce que coordonné avec ensevelir). Dans ce cas, «vu» ne s’accorde pas.

Les dents-de-lion sont des fleurs. C’est un synonyme de pissenlit. Il fallait éviter de l’écrire selon la forme anglaise «dandelion».

Les rhizomes (et non «rizomes») sont des tiges souterraines vivaces, généralement à peu près horizontales, émettant chaque année des racines et des tiges aériennes.

Dans l’adjectif sibyllin, il fallait éviter le piège d’inverser le «i» et le «y». Il signifie «caché, obscur».

Dans la locution encore eût-il fallu, il ne fallait pas mettre de «t» à «fallu» puisqu’il s’agit du participe passé.

Il ne fallait pas mettre de «y» dans le nom de Iphigénie, titre d’une œuvre de Racine.

Les échoppes achalandées comprenaient deux erreurs: échoppe prend deux «p» et comme il s’agit d’un nom féminin, il fallait accorder «achalandées».

Deux erreurs aussi pour cette amphigourie puisque «amphigouri» (langage ou écrit obscur, embrouillé, peu intelligible) est un nom masculin.

Enfin, il fallait accorder possibles puisqu’il s’agit ici de l’adjectif, qui se rapporte aux fantaisies.

* * *

Voilà. J’espère que vous avez apprécié l’exercice. Combien aviez-vous repéré de fautes dans le texte truqué? Dites-vous que si c’est plus de dix, vous êtes parmi les meilleurs!

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