Le Brexit n’est pas une catastrophe

Les 28 pays de l'Union européenne actuelle.
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Publié 15/07/2016 par François Bergeron

Plus je lis et réfléchis sur le Brexit, plus je pense que c’est un geste courageux et, à long terme, une bonne affaire… n’en déplaise à mes amis universitaires cosmopolites, selon qui c’est une initiative rétrograde de vieux xénophobes tarés.

La nouvelle première ministre Theresa May, qui avait pourtant fait campagne aux côtés de David Cameron pour rester au sein de l’Union européenne, semble déterminée à respecter le résultat du référendum du 23 juin.

C’est déjà un progrès: dans plusieurs autres pays où des constitutions européennes ont été soumises au vote populaire, la plèbe a voté contre mais les dirigeants ont passé outre.

Mme May vient de confier le ministère des Affaires extérieures à l’ancien maire de Londres, le coloré, dynamique, mais absolument pas «diplomate» Boris Johnson.

Cela rappellera aux Ontariens le bon souvenir de Mike Harris, qui avait nommé ministre de l’Éducation le décrocheur John Snobelen, un entrepreneur qui n’avait pas la langue dans sa poche et qui, après la politique active, était devenu chroniqueur de journal. (On lui doit nos 12 conseils scolaires de langue française.)

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Deux autres politiciens conservateurs pro-Brexit s’occuperont du Commerce international (Liam Fox) et d’un nouveau – et temporaire – secrétariat d’État à la Sortie de l’Union européenne (David Davis).

Comme le Bloc québécois à Ottawa au lendemain d’un vote en faveur de la souveraineté du Québec, le United Kingdom Independance Party est appelé à disparaître du paysage politique britannique.

Son chef Nigel Farage, l’autre ténor du camp du «leave», a déjà annoncé son retour à la vie privée. Ce n’est pas une fuite ou une abdication de responsabilités, comme certains l’ont dit, mais au contraire un geste éminemment démocratique, laissant les coudées franches au gouvernement conservateur dont il ne faisait pas partie de toute façon.

C’était d’ailleurs la stratégie de Cameron que d’éliminer ce parti qui volait de plus en plus de votes au sien d’une élection à l’autre… sauf qu’il prévoyait le faire en triomphant du référendum plutôt qu’en le perdant!

Autre bienfait inattendu du Brexit: l’opposition travailliste est fracturée, une majorité de ses élus estimant que le chef Jeremy Corbyn est en partie responsable de la défaite du «remain», n’ayant fait campagne que mollement pour rester dans les bonnes grâces des nationalistes en vue des prochaines élections.

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Historiquement, le Parti travailliste a d’ailleurs pris beaucoup de temps à apprécier l’Union européenne. Opposé à son mandat libre-échangiste initial, il s’est rallié à l’UE quand elle est devenue une grosse bureaucratie interventionniste comme les socialistes les aiment. Les Conservateurs ont fait le cheminement intellectuel inverse.

Nonobstant la réémergence du séparatisme écossais sous la bannière du fédéralisme européen, cette sortie du Royaume-Uni de l’UE, qu’on veut compléter d’ici deux ans, serait salutaire à la fois pour les Britanniques, qui s’affranchiront d’institutions devenues nuisibles, et pour les autres Européens, qui cesseront de croire qu’elles sont intouchables.

L’Angleterre ne part pas à la dérive dans l’Atlantique. Elle reste l’une des grandes nations du Vieux Continent. Il faut espérer que sa décision de quitter l’UE incitera ses voisins à repenser leurs arrangements communs – peut-être en examinant comment se débrouillent des pays modernes et prospères comme la Norvège et la Suisse, qui n’ont jamais fait partie de l’UE mais qui n’en sont pas moins «européens».

Les 27 membres de l’UE pourraient, par exemple, décider de se débarrasser de leur Parlement supranational de Bruxelles. À elle seule, une telle réforme parviendrait peut-être un jour à convaincre les Anglais de réintégrer l’UE – car, en démocratie, rien n’est irréversible.

Il n’y a rien de pire qu’une assemblée au mandat grandiose, mais désoeuvrée, élue presque confidentiellement et qui s’accommode un peu trop bien de son obscurité. Résultat: des débats stériles et des résolutions symboliques, compensés par l’adoption de règlements tatillons sur la fabrication des bouilloires, la forme des bananes ou la durée des vidéos pris par les appareils photo. Le Parlement européen prend rarement des décisions importantes et conséquentes, sauf quand les gouvernements nationaux ont besoin de lui refiler le blâme de situations impopulaires.

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L’Europe est un continent d’États-nations aux langues et aux coutumes très diverses. Ce n’est pas un défaut, juste une réalité différente de celle des États-Unis, que certains bâtisseurs de l’UE ont pris pour modèle, un peu étourdiment. Aux USA, les différences entre le Nord et le Sud et l’Est et l’Ouest ne sont pas aussi importantes que les caractéristiques communes. (Mais on commencera peut-être à revisiter ça après les élections de novembre…)

L’UE (avec l’OTAN) a atteint son objectif premier: garantir la paix en Europe après deux grandes guerres et face à la menace soviétique. Tant mieux si plusieurs pays européens souhaitent continuer de coordonner leur action, promouvoir la libre circulation des biens et des personnes, utiliser une monnaie commune.

Il est indéniable qu’on avait commencé à instiller un certain «patriotisme» continental, notamment chez les jeunes, et on pouvait même imaginer que l’organisation se confondrait un jour avec le continent au complet, incluant la Russie.

Mais on déchante lorsqu’on est forcé de rembourser les dettes de partenaires imprévoyants ou délinquants, ou lorsque l’ouverture des frontières amène des hordes déstabilisantes de réfugiés des guerres au Moyen-Orient et en Afrique, ou même seulement des pays de l’Est encore en développement.

Il n’y a pas qu’en Angleterre que l’Union européenne est discréditée. Ne pas le reconnaître et faire comme si de rien n’était – ou, pire, chercher à «punir» les Anglais – feraient tomber d’autres dominos. Si l’intelligence et la finesse sont réellement l’apanage des fédéralistes, c’est le temps de le démontrer.

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Auteur

  • François Bergeron

    Rédacteur en chef de l-express.ca. Plus de 40 ans d'expérience en journalisme et en édition de médias papier et web, en français et en anglais. Formation en sciences-politiques. Intéressé à toute l'actualité et aux grands enjeux modernes.

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