L’anti-racisme français à l’école de Black Lives Matter

Black Lives Matter, Hands Up United
Rokhaya Diallo (au centre) avec des militantes américaines contre le racisme.
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Publié 12/07/2016 par François Bergeron

Trayvon Martin à Sanford (2012), Michael Brown à Ferguson (2014),  Freddie Gray à Baltimore (2015), Alton Sterling à Bâton Rouge et Philando Castile à St-Paul (cette semaine), Zyed Benna et Bouna Traoré à Clichy-sous-Bois (2005)…

Les Français connaissent bien les noms des victimes et les circonstances révoltantes dans lesquelles des Noirs américains ont été abattus par des policiers, mais ils sont bien moins au fait des cas semblables qui se produisent chez eux.

L’exception est sans doute l’affaire de Clichy-sous-Bois, où deux jeunes poursuivis par des policiers ont été électrocutés dans le transformateur où ils s’étaient cachés. Leur mort avait déclenché trois semaines d’émeutes dans les banlieues des grandes villes.

La militante anti-racisme française Rokhaya Diallo dénonce cet apparent désintérêt, dans son pays, pour les violences et les persécutions dont sont victimes Arabes et Africains en France, mais elle-même reste fascinée par la brutalité policière américaine.

En effet, son film De Paris à Ferguson: coupables d’être Noirs commence en France, mais se transporte rapidement aux États-Unis, où elle va à la rencontre de militantes de Black Lives Matter, Hands Up United et Millenial Activists United, les principaux organismes de sensibilisation à la violence policière raciste.

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Le conseiller consulaire et éducateur Marc Cormier l’a projeté jeudi soir à l’Université de Toronto dans le cadre du Festival de films ReelHeART, un événement auquel a participé Rokhaya Diallo via Skype. Une dizaine de personnes seulement s’y sont déplacées,  pourtant après une fin de semaine marquée par le coup d’éclat de Black Lives Matter à la Pride de Toronto et au lendemain des tragédies en Louisiane et au Minnesota.

«Les médias français couvrent cette actualité américaine, mais pas les morts occasionnées par la police française», dénonce Rokhaya Diallo. Les militants américains qui croisent la cinéaste française ne se montrent pas spécialement étonnés par l’exposé qu’elle leur fait de la situation dans son pays. «La suprématie blanche mondiale opère de la même façon partout», commente l’un d’eux.

Issus des milieux populaires, responsables religieux ou étudiants, les correspondants américains de Rokhaya Diallo s’inscrivent dans la lignée des Martin Luther King et Rosa Parks, mais ils revendiquent leur autonomie. «This is not your mama’s civil rights movement», proclament-elles (car ce sont presque toutes des femmes).

Reconnaissant avoir pleuré de joie à l’élection de Barack Obama en 2008, ces activistes conviennent que peu de choses ont changé ou que l’évolution est trop lente. D’aucuns affirment que la situation a peut-être empiré, les mouvements suprémacistes redoublant d’efforts sous un président noir.

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Rokhaya Diallo reste admirative devant la résistance américaine, mieux organisée et plus déterminée, selon elle, parce que les minorités font partie de l’histoire des États-Unis depuis sa fondation. «En France, les minorités viennent de l’extérieur et sont le fait de la colonisation.»

Et contrairement aux Américains, les Français auraient de la difficulté, dit-elle, à «verbaliser la question raciale», ce qui équivaut à vivre dans le «déni».

Auteur

  • François Bergeron

    Rédacteur en chef de l-express.ca. Plus de 40 ans d'expérience en journalisme et en édition de médias papier et web, en français et en anglais. Formation en sciences-politiques. Intéressé à toute l'actualité et aux grands enjeux modernes.

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