La Tosca et la dolce vita

Donna Leon, Brunetti en trois actes, roman traduit de l’anglais par Gabriella Zimmerman, Paris, Éditions Calmann-Lévy, 2016, 342 pages, 29,95 $.
Juan Joseph Ollu, Dolce vita, roman, Montréal, Annika Parance Éditeur, 2016, 444 pages, 26,95 $.

Donna Leon, Brunetti en trois actes, roman traduit de l’anglais par Gabriella Zimmerman, Paris, Éditions Calmann-Lévy, 2016, 342 pages, 29,95 $. Juan Joseph Ollu, Dolce vita, roman, Montréal, Annika Parance Éditeur, 2016, 444 pages, 26,95 $.


21 février 2017 à 9h34

L’Américaine Donna Leon vit depuis plus de trente ans à Venise, où se déroulent toutes les enquêtes du commissaire Guido Brunetti. Elles ont conquis des millions de lecteurs à travers le monde. Je vous ai déjà parlé de L’Inconnu du Grand Canal et de Deux veuves pour un testament. La nouvelle enquête s’intitule Brunetti en trois actes.

La Tosca de Giacomo Puccini est présentée à la Fenice, le grand opéra de Venise, et le rôle-titre est interprété par la diva Flavia Petrelli. Le spectacle s’achève par une pluie de roses jaunes. Le commissaire Brunetti et son épouse Paola assistent à la représentation. Ils découvriront que des centaines d’autres roses attendent la diva dans sa loge et des dizaines dans son appartement.

Donna Leon
Donna Leon

Un admirateur ou une admiratrice secrète se cache derrière ces bouquets «d’une beauté perverse» puisqu’ils sont suivis de menaces, de gestes empreints de folie, voire de criminalité. Brunetti est chargé de mener une enquête; il plonge dès lors dans la psyché d’une fanatique obsessionnelle.

Au début, le commissaire se dit qu’une femme violente est un oxymore. Brunetti découvre peu à peu que la haine, tout comme l’amour, peut s’inviter sans être appelée et n’en faire qu’à sa tête.

L’auteure démontre comment les fans croient poser des gestes pour dire combien le spectacle leur a plu, mais ce qui est vraiment recherché consiste à laisser un souvenir, quand ce n’est pas une demande d’amour. Un accès de rage peut parfois prendre le dessus.

L’enquête se complique à qui mieux mieux et vise à «abattre des poulets sur le balcon pour décrypter leurs entrailles». Autant Puccini insuffle une grande puissance à ses personnages, la soprano Floria Tosca et le baron Scarpia, autant Leon insuffle à Brunetti une rage de démasquer l’incarnation d’un mal fou.

L’auteure décrit fort bien tout ce qui se trame dans l’arrière-scène d’un opéra. Le personnel technique, écrit-elle, n’hésite pas à dire qu’il travaille dans un cirque et qu’il est entouré de fauves. Être sur scène est comparé à «être en Enfer».

Dolce vita

Je vous ai aussi parlé du premier livre de Juan Joseph Ollu, Un balcon à Cannes. Il récidive avec un roman intitulé Dolce vita et examine les sentiments amoureux les plus extrêmes. Son écriture fluide et sa langue châtiée sont au service d’une quête de liberté et d’absolu.

Ce livre met en scène un lycéen et un prof. Maximilien, 18 ans, est beau, grand, musclé, lascif et égoïste. Il couche avec plein de nanas sans vouloir s’embarrasser de sentimentalité. Il ne vit que pour le skate, le culte du corps et le sexe rapide.

Juan Joseph Ollu
Juan Joseph Ollu

Adrien, 26 ans, remplace un prof d’études cinématographiques. Il dégage un charme ambigu, «une harmonie qui attire et accroche le regard». Ce nouveau venu au Lycée Molière voit en Maximilien quelque chose dont l’étudiant n’a pas conscience.

Les deux hommes sont tour à tour virils, raffinés et lascifs. Alors qu’Adrien sort d’une rupture avec son amant, Maximilien se rend compte que ses désirs ont des horizons inédits. La seule présence d’Adrien lui fait ressentir plus de sensations fortes que le sexe en général.

«Ce n’était pas que physique, c’était entier: je voulais le connaître, lui parler, l’écouter, le découvrir et me l’attacher, peu importe comment.»

Le lycéen découvre un monde dont il n’avait jusqu’ici jamais soupçonné l’existence, «un univers inconnu vers lequel il glissait irrémédiablement, vers lequel il se sentait inexorablement entraîné».

La relation entre les deux hommes est un mélange de faim abyssale, de désir frénétique, d’espoir et de désespoir. L’un et l’autre ne s’attardent pas aux étiquettes liées à l’orientation sexuelle, l’identité ou la ghettoïsation.

Maximilien n’avait jamais «soupçonné qu’on pouvait avoir autant de plaisir, en tout cas pas comme ça, entre mecs.»

L’auteur parsème son récit de réflexions du genre: «l’amour et le cul ça va ensemble, mais ça se sépare aussi, et le premier n’empêche pas le second, non? Ce n’est pas parce qu’on couche à droite et à gauche qu’on ne peut pas éprouver des sentiments sérieux pour une seule personne, non?»

Le jeune professeur est source de déstabilisation, au point où Maximilien le perçoit parfois comme «cette tapiole de merde qui se foutait de ma gueule». Adrien persiste à dire qu’il ne peut pas et ne veut pas aimer Maximilien. Ce dernier est déterminé à lui prouver le contraire.

Inscrivez-vous à nos infolettres gratuitement:

Récemment

Restez à jour dans votre propre fil d'actualité

Parlons chanson… avec Luc De Larochellière

Luc De Larochellière (Photo: Panneton-Valcourt)
Au fil des ans et des albums, Luc De Larochellière s’inscrit dans la durée en signant une œuvre qui se démarque tant par ses...
En lire plus...

24 avril 2017 à 20h48

Quand les Autochtones passent derrière la caméra

Kathleen Ivaluarjuk Merritt et Susan Aglukark pratiquent le chant de gorge dans les espaces du Grand Nord.
Quoi de mieux pour comprendre l’histoire, la culture et la créativité des Premières Nations qu’en les faisant passer derrière la caméra? C’est à travers une...
En lire plus...

24 avril 2017 à 20h44

Y a de la joie, y a de la création

Toronto, par Bruno Roux.
Quatre artistes et amis français de Toronto exposent leurs œuvres –des peintures et des sculptures qui éveillent la joie – depuis le 19 avril et jusqu’au...
En lire plus...

24 avril 2017 à 20h42

Le Cuba hors plages vous attend

L'hôtel Los Jazmines.
Selon le bureau du tourisme cubain, 98% des Canadiens qui voyagent à Cuba vont essentiellement dans des centres de vacances tout inclus. «Je rencontre...
En lire plus...

24 avril 2017 à 20h40

Winnipeg, la porte de l’Ouest

Le site historique La Fourche. (Photo: Sandra Dorélas)
On connaît Winnipeg, capitale du Manitoba, pour son équipe de hockey, les Jets, et pour son fameux personnage Winnie l’ourson. Mais Winnipeg, c’est évidemment...
En lire plus...

24 avril 2017 à 20h38

Molière reste d’actualité

Monsieur Jourdain interprété par François-Michel Pellequer.
La troupe des Anciens de l’Université de Toronto s’est attaquée au Bourgeois gentilhomme, les 21 et 22 avril au théâtre George Ignatieff. Mise en...
En lire plus...

24 avril 2017 à 20h36

Pas d’erreur pour les élèves du Collège français

La troupe de «Erreur des pompes funèbres en votre faveur», à l'issu de leur première.
Peut-être que les pompes funèbres se sont trompées sur le nom du défunt, mais le Collège français a eu raison de faire confiance à ses...
En lire plus...

24 avril 2017 à 20h34

La francophonie canadienne a souvent fait bon usage du Sénat

rep-francophoniecanadienne
«Les sénateurs des communautés francophones et acadienne du Canada (CFC) ont souvent mobilisé l’opinion publique sur les questions linguistiques, une tradition qui se poursuit....
En lire plus...

24 avril 2017 à 20h32

La marijuana n’aurait jamais dû être illégale

marijuana-prison
Dans ses récentes communications, le gouvernement libéral de Justin Trudeau a confirmé vouloir «légaliser, réglementer et restreindre» l’accès à la marijuana d’ici l’été 2018....
En lire plus...

24 avril 2017 à 20h30

Le «porte-parole de la Terre» à la TSF

Yann Arthus-Bertrand a visité le ravin de la TSF, un projet du club de l'environnement animé par Josette Bouchard.
Cette année, la célébration de la Semaine de la Terre a revêtu un éclat particulier et demeurera un événement dans la mémoire collective de...
En lire plus...

24 avril 2017 à 20h28

Pour la meilleur expérience sur ce site, veuillez activer Javascript dans votre navigateur